Cette nouvelle maladie liée à l’inflammation qui progresse

Nous explorons ici les causes de l'augmentation de l'oesophagite éosinophilique et les avancées récentes dans le traitement de cette maladie.

L’inflammation est un processus biologique complexe qui joue un rôle essentiel dans la réponse immunitaire de l’organisme. Cependant, lorsque l’inflammation devient chronique, elle peut conduire à des maladies graves et potentiellement invalidantes. Au cours des dernières années, on a observé une augmentation considérable de la prévalence de maladies inflammatoires, telles que l’oesophagite éosinophilique. Cette maladie inflammatoire, peu connue du grand public, suscite de plus en plus d’intérêt dans la communauté médicale en raison de sa progression alarmante. Nous explorons ici les causes de cette augmentation et les avancées récentes dans le traitement de cette maladie.

L’oesophagite éosinophilique : une maladie en expansion

L’oesophagite éosinophilique est une maladie inflammatoire de l’oesophage caractérisée par une accumulation excessive de cellules immunitaires appelées éosinophiles. Cette inflammation peut être considérée comme une maladie moderne, car elle a été décrite pour la première fois en 1993. Elle affecte principalement les enfants et les jeunes adultes, en particulier les hommes, et est souvent associée à des troubles atopiques tels que l’eczéma, l’asthme et la rhinite allergique.

Chez les adultes, les symptômes de l’oesophagite éosinophilique se manifestent sous la forme de dysphagie (difficulté à avaler) et d’impaction alimentaire (aliments bloqués dans l’oesophage), tandis que chez les enfants, on observe principalement un refus de manger, des vomissements et des douleurs abdominales ou thoraciques.

La fréquence du diagnostic de l’oesophagite éosinophilique a considérablement augmenté ces dernières années dans les pays occidentaux, devenant ainsi l’une des principales causes d’impaction alimentaire chez les enfants et les adultes de moins de 50 ans. Les raisons de cette augmentation rapide ne sont pas encore pleinement comprises, mais plusieurs hypothèses ont été avancées.

Les causes de l’expansion de l’oesophagite éosinophilique

1) L’hypothèse de l’hygiène

Selon cette théorie, une hygiène excessive réduirait l’exposition aux infections et aux microbes pendant la petite enfance, ce qui perturberait le microbiome et l’éducation du système immunitaire. Cette perturbation pourrait entraîner une augmentation de la prévalence des maladies allergiques, auto-immunes et inflammatoires.

2) Changements alimentaires

Les modifications apportées au processus de production des aliments, telles que l’utilisation d’hormones et d’antibiotiques dans l’élevage d’animaux, l’ajout d’additifs alimentaires et la consommation accrue d’aliments ultra-transformés, perturbent également le microbiome et pourraient favoriser l’émergence de maladies inflammatoires.

3) Diminution de l’infection par Helicobacter pylori

La fréquence de l’infection par la bactérie intestinale Helicobacter pylori a considérablement diminué ces dernières décennies. Bien que cette diminution soit bénéfique pour la prévention du cancer de l’estomac, cette bactérie active jouait un rôle dans la régulation de la réponse immunitaire, offrant une certaine protection contre l’oesophagite éosinophilique et d’autres maladies inflammatoires ou allergiques.

4) Reflux gastro-oesophagien

Le reflux gastro-oesophagien, caractérisé par le remontée de l’acide de l’estomac dans l’oesophage, est en forte hausse ces dernières années, en particulier en raison de l’augmentation du nombre de personnes en surpoids. Le contact de l’acide avec la paroi de l’oesophage peut altérer son intégrité et permettre aux antigènes présents dans les aliments de pénétrer à l’intérieur des cellules, déclenchant ainsi une réponse inflammatoire.

Nouveaux traitements pour l’oesophagite éosinophilique

Bien que les régimes d’éviction, qui excluent les principaux allergènes alimentaires, soient actuellement utilisés pour traiter l’oesophagite éosinophilique, ces traitements échouent dans de nombreux cas. Par conséquent, de nouvelles options thérapeutiques sont nécessaires pour améliorer la prise en charge de cette maladie.

Une avancée majeure dans ce domaine a été réalisée grâce à une étude clinique de phase 3 portant sur l’utilisation du dupilumab, un anticorps qui bloque les interleukines 4 et 13 impliquées dans la réponse inflammatoire. Cette étude a démontré qu’une dose hebdomadaire de cet anticorps, administrée par injection sous-cutanée, permettait de réduire significativement le nombre d’éosinophiles dans les tissus de l’oesophage chez 60 % des patients, par rapport à seulement 5 % des patients sous placebo.

En plus de réduire l’inflammation, le dupilumab a également amélioré les symptômes de dysphagie et la qualité de vie des patients, sans effets secondaires majeurs. Ce nouveau médicament pourrait donc constituer une avancée majeure dans le traitement de l’oesophagite éosinophilique.

 

L’inflammation est un processus biologique normal, mais lorsqu’elle devient chronique, elle peut entraîner des maladies inflammatoires graves. L’oesophagite éosinophilique est l’une de ces maladies qui connaît une progression alarmante ces dernières années. Les causes de cette augmentation restent encore peu comprises, mais des hypothèses telles que l’hygiène excessive, les changements alimentaires, la diminution de l’infection par Helicobacter pylori et le reflux gastro-oesophagien ont été avancées.

Heureusement, de nouvelles avancées dans le traitement de l’oesophagite éosinophilique sont en cours, notamment grâce à l’utilisation d’un anticorps qui bloque l’inflammation. Ce nouveau médicament pourrait offrir de nouvelles perspectives de traitement pour les patients atteints de cette maladie. Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents de cette maladie et développer des traitements encore plus efficaces.

 

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Francois Lehn