Trop d’antibiotiques donnés aux enfants perturbent la flore intestinale

En perturbant la fonction des bactéries intestinales, la sur-utilisation d’antibiotiques chez les enfants pourrait avoir des conséquences à long terme sur leur métabolisme et favoriser l’accumulation excessive de graisse. 

On estime qu’un enfant en France reçoit en moyenne trois traitements aux antibiotiques au cours de ses deux premières années de vie et jusqu’à 10 traitements avant d’atteindre l’âge de 10 ans. C’est énorme, d’autant plus que plusieurs de ces traitements sont totalement inutiles, car l’infection qu’ils sont censés soigner est provoquée par des virus et ceux-ci sont insensibles aux antibiotiques.

Un des grands problèmes associés à l’abus d’antibiotiques est l’acquisition d’une résistance par les bactéries. Même si la plupart des bactéries sont éliminées lors d’un traitement aux antibiotiques, la pression évolutive fait en sorte que certaines d’entre elles peuvent acquérir la capacité de résister et même de transmettre les gènes responsables de cette résistance à d’autres espèces. Le Center for Disease Control américain a récemment répertorié 17 microorganismes résistants aux antibiotiques qui sont responsables du décès de 23 000 personnes annuellement. Si elle n’est pas contenue, l’émergence de ces souches bactériennes résistantes risque donc de provoquer une des plus graves crises sanitaires du 21e siècle.

Un autre problème associé à l’usage excessif d’antibiotiques est que ces médicaments ne font pas de distinction entre les bonnes et les mauvaises bactéries. Les bactéries de la flore intestinale, par exemple, sont essentielles au fonctionnement du système immunitaire et de plus en plus d’études suggèrent que leur destruction par les antibiotiques pourrait contribuer à la hausse inquiétante de plusieurs maladies auto-immunes, comme les maladies inflammatoires de l’intestin, le diabète de type 1, les allergies et l’asthme.

Les antibiotiques prédisposeraient à l’obésité infantile

Une autre fonction des bactéries intestinales est de contrôler le métabolisme, ce qui soulève la possibilité que la surutilisation d’antibiotiques pourrait entraîner des perturbations métaboliques et favoriser l’excès de poids. On sait depuis les années 1940 que l’administration d’antibiotiques à des animaux d’élevage (même en bonne santé) accélère grandement leur croissance et leur prise de poids, et on peut donc se demander si l’administration répétée de ces médicaments au cours des premières années de vie d’un enfant pourrait avoir un effet similaire et «reprogrammer» le métabolisme pour accélérer la croissance.

Il semble que cela pourrait être le cas. En utilisant un modèle qui mime l’administration d’antibiotiques à des enfants, une équipe de scientifiques américains a remarqué que des doses thérapeutiques d’amoxicilline (l’antibiotique le plus souvent prescrit chez les enfants) provoquent des changements majeurs dans la composition de la flore intestinale. Ces modifications sont de longue durée, étant encore observées plusieurs mois après la fin du traitement, et sont associées à une accélération significative de la croissance des os et de la masse corporelle comparativement aux modèles n’ayant pas reçu d’antibiotiques.

Il est encore trop tôt pour déterminer si l’administration répétée d’antibiotiques en bas âge pourrait prédisposer les enfants au surpoids et à l’obésité, mais, chose certaine, la possibilité d’un impact majeur sur le poids corporel associé à l’abus d’antibiotiques devrait nous inciter à la prudence et à utiliser ces médicaments seulement en cas de nécessité, en suivant à la lettre les recommandations des spécialistes de la santé.

Source

(1) Blaser M. «Antibiotic overuse: Stop the killing of beneficial bacteria.» Nature 2011; 476: 393-394.

(2) Nobel YR et coll. «Metabolic and metagenomic outcomes from early-life pulsed antibiotic treatment.» Nat Commun. 2015; 6: 7486.

 

Marie Desange est journaliste santé, passionnée tant par les dernières recherches en scientifiques en nutrition, neurosciences et bien être que par les nouvelles approches de santé qui ne sont pas encore passées par le filtre des études scientifiques, mais qui marchent.Ostéopathie, chiropractie, acupuncture, neuro-feedback, méditation, aromathérapie, homéopathie, médecine chinoise ou Indienne (Ayurveda), shiastu, soins énergétiques, techniques corporelles ou thérapies psychologiques, toutes ces disciplines méritent d’être mises en avant pour que les lecteurs puissent être bien informés et faire leur choix sur ce qui peut les aider.De plus, la pratique journalistique lui permet de rencontrer toujours plus d’acteurs de ces nouvelles approches et de sélectionner ceux qui ont une particularité et une réelle maîtrise de ce qu’ils proposent. Les soins complémentaires et les nouvelles approches de santé doivent être rigoureux et sans danger pour les personnes qui se tournent vers elles. Avec le temps et l’expérience, Marie sait sélectionner ce qui peut apporter, selon les cas, de vrais bénéfices pour le mieux être des personnes qui le recherchent. `Journaliste pour le journal on-line pressesante.com, Marie a encore plein de supers sujets sous le coude à vous proposer, que vous ne lirez pas ailleurs.

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