Emile Servan-Schreiber : « on peut devenir plus intelligent, ensemble »

Interview. A  l’occasion de la sortie de son livre « Supercollectif. La nouvelle puissance de nos intelligences, nous avons pu rencontrer Emile Servan-Schreiber, frère de David Servan-Schreiber, et parler intelligence collective, réseau ou de l’intelligence émotionnelle  des femmes qui leur permet, en groupe, de prendre de meilleures décisions que les hommes. Il a également accepté de revenir sur ses derniers souvenirs avec son frère  David avant que la maladie, contre laquelle il a si bien lutté, ne finisse par l’emporter.

François Lehn : Dans votre livre « Supercollectif » vous parlez de la possibilité d’accroitre sa propre intelligence. Y a t-il une méthode pour devenir plus intelligent ?

Emile Servan-Schreiber :

« Il est très difficile d’augmenter soi-même sa propre intelligence, ou son propre QI et aucun complément alimentaire ne le permet. En revanche, il  est possible d’obtenir plus d’intelligence,  en se servant de celle des autres. De nos jours, nous avons tous les moyens de le faire de façon simple. Avant, il fallait passer par le courrier ou par le téléphone pour demander des avis. Aujourd’hui, on peut envoyer des mails, ou aller sur des réseaux sociaux et poser des questions à notre réseau et obtenir des réponses très rapidement et ainsi utiliser l’intelligence des autres. Dans les temps futurs, des réseaux nous permettrons d’utiliser le réseau des autres. Et ainsi de démultiplier les intelligences ».

François Lehn : Dans votre livre vous parlez également de l’intelligence émotionnelle et de la capacité plus grande des femmes à en faire usage. Sont-elles plus intelligentes que les hommes ?

Emile Servan-Schreiber :

« En meeting, avec des gens différents, s’il n’y a qu’une personne qui pend la parole, ça ne contribue pas à l’intelligence du groupe. Cela n’offre pas l’opportunité de s’écouter. On s’est rendu compte en écoutant beaucoup de groupes dans plusieurs entreprises aux USA et en France, que les femmes avaient tendance à résoudre les problèmes plus vite que les groupes d’hommes. En creusant l’affaire, nous avons découvert que cette capacité est due à une sensibilité sociale supérieure des femmes, la capacité à deviner quelle est l’émotion de l’autre en regardant ses yeux. Derrière cette aptitude,  se cache la capacité à mieux discerner les non dit, le langage non-verbal.

Ce qui a pour effet direct d’augmenter « la bande passante du réseau » c’est à dire d’augmenter le nombre d’informations disponibles pour prendre ensuite une bonne  décision.  En groupe, les femmes sont également plus soucieuses de l’égalité du temps de parole. Tout ce qui va encourager les individus à s’exprimer, va dans le bon sens et en groupe, les femmes le permettent et l’encouragent plus facilement que les hommes ».

François Lehn : Dans votre livre « Supercollectif » vous parlez de l’intelligence de groupe. Les manifestations  hebdomadaires en France depuis quelques mois en sont-elles un exemple d’après vous ?

Emile Servan-Schreiber :

« Oui, les groupes peuvent être intelligents, on a tendance à penser que nous sommes moins intelligent en groupe, en foule. Il est vrai cependant qu’être en groupe peut mener les gens à adopter des comportements contraires à celui de leur quotidien, portés par le mouvement de la foule et du conformisme.

Pour qu’un groupe soit intelligent, il doit obéir à certaines procédures.  Il y a une recette à l’intelligence collective.  Si on suit cette recette le groupe devient intelligent. Cette recette dépend de trois choses :

  • avoir beaucoup de diversité d’opinions, avoir des choses différentes à dire et à entendre
  • chacun doit être encouragé à contribuer et à apporter au groupe,
  • une méthode qui va extraire et synthétiser le contenu

Si on suit cette recette ca donne un résultat intelligent. »

François Lehn : Accepteriez-vous de nous parler de vos derniers souvenirs avec David Servan-Schreiber, votre frère, que vous avez accompagné jusqu’au terme de sa maladie ?

Emile Servan-Schreiber

« Je me souviens des dernières conversations que nous avons eu avec David alors qu’il était très faible mais que son esprit était encore très lucide.  Plusieurs notions  étaient importantes pour lui, comme notamment celle de lien social, de connexion aux autres. Comme psychiatre et homme de lien, il en savait toute l’importance. Il me parlait aussi beaucoup de résilience et de guérison suite à un traumatisme ou à un choc.  Pour lui, comme pour moi, tout ce qui est vivant est en lien, en réseau, On n’est pas vivant tout seul, on n’est pas intelligent tout seul. Nous étions bien d’accord sur l’idée que c’est l’intelligence sociale qui fait avancer. Celui qui est intelligent, résilient,  c’est celui qui va demander, qui fait fonctionner l’intelligence relationnelle. David ne parlait pas  d’intelligence collective comme moi, il  préférait parler de l’intelligence de la vie ».

Si vous souhaitez commander le livre pour en savoir plus sur l’intelligence collective, il paru chez Fayard et disponible chez tous les bons libraires.

https://www.fayard.fr/documents-temoignages/supercollectif-la-nouvelle-puissance-de-nos-intelligences-9782213710075

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