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ScienceActualité

Alzheimer : Quand la difficulté à marcher révèle la maladie avant la perte de mémoire ?

une nouvelle étude suggère qu'il pourrait y avoir un lien entre la difficulté à marcher et le développement précoce de la maladie d'Alzheimer.

La maladie d’Alzheimer évoque surtout des trous de mémoire, des pertes de repères ou des difficultés à reconnaître ses proches. Mais selon les dernières avancées, il est temps de regarder les premiers signes autrement. Des chercheurs britanniques ont découvert que bien avant que la mémoire ne flanche sévèrement, une difficulté à marcher, à tourner ou à s’orienter pourrait déjà trahir l’installation de la maladie. Décryptage d’un changement de paradigme dans le dépistage, avec enjeux immenses pour le grand public et le monde médical.

Marche et orientation spatiale : la nouvelle frontière du diagnostic

Oubliez l’image classique où Alzheimer débute uniquement par la perte de mémoire. Les études cliniques récentes avancent que des anomalies de la marche ou de l’orientation émergent parfois plusieurs années avant les troubles mnésiques sévères. Cela s’explique : la maladie cible de façon précoce certaines zones cérébrales comme l’hippocampe, impliqué non seulement dans la mémoire, mais aussi dans la navigation spatiale, la capacité à trouver son chemin et à anticiper les mouvements physiques. Dès lors, erreurs de direction, difficulté à se repérer dans des environnements nouveaux ou familiers, hésitations à tourner lors de la marche… Forment autant de signaux faibles à repérer.

Les grandes enquêtes sur le sujet mobilisent des outils inédits : réalité virtuelle, parcours balisés ou questionnaires de navigation. L’un des protocoles les plus innovants, mené par une équipe de l’University College London, a permis d’identifier ces troubles sur des personnes présentant déjà des biomarqueurs précoces de la maladie, mais pas encore de symptômes pleinement visibles. Dans ces tests, la surestimation des virages et la variabilité accrue du sens de l’orientation distinguent les personnes à risque des sujets sains du même âge.

Que révèlent concrètement les dernières recherches ?

L’apport de la réalité virtuelle et de la médecine de précision a marqué un tournant décisif. Dans l’étude britannique publiée en 2023, trois groupes ont été comparés : des jeunes adultes, des seniors en bonne santé et des personnes âgées avec troubles cognitifs légers. Seuls ceux avec des signes biologiques d’Alzheimer (biomarqueurs positifs) ont montré ces erreurs de navigation dès les premiers exercices, alors que les autres ne présentaient pas plus de difficultés que les témoins jeunes ou âgés.

Ce qui ressort : ces manifestations relèvent de processus pathologiques propres à la maladie d’Alzheimer, et non du vieillissement normal ou d’un simple déclin cognitif lié à l’âge. Les chercheurs insistent : les difficultés à marcher ou à s’orienter pourraient servir d’indicateur sensible pour repérer la maladie à un stade où l’intervention médicale est la plus efficace.

Pourquoi détecter Alzheimer de plus en plus tôt ?

Identifier la maladie d’Alzheimer avant qu’elle ne détruise irréversiblement les réseaux neuronaux permet d’agir plus efficacement pour ralentir son évolution. Or, la course contre la montre débute souvent bien avant l’apparition des premiers symptômes classiques. Aujourd’hui, la maladie reste en grande partie sous-diagnostiquée en phase silencieuse : de nombreuses personnes la développent de 10 à 20 ans avant les premiers oublis marquants.

Poser un diagnostic précoce, alors que l’autonomie est encore préservée, offre d’immenses bénéfices : accompagnement, adaptation du mode de vie, traitement, planification familiale. Certains médicaments ou interventions lifestyle sont plus performants à ce stade initial. Les recommandations nationales insistent donc sur l’importance de repérer au plus tôt toute plainte inhabituelle liée à l’orientation spatiale ou à la marche, même si les performances mnésiques restent stables (source : Société Alzheimer France, 2025).

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Les biomarqueurs révolutionnent la détection des formes précoces

Ce n’est plus la simple observation clinique qui fait foi actuellement. Les nouveaux tests biologiques utilisent des marqueurs détectables dans le sang ou le liquide céphalo-rachidien. Les dosages de protéines amyloïdes et tau, leur ratio, mais aussi l’imagerie cérébrale avancée permettent aujourd’hui de valider le diagnostic d’une maladie d’Alzheimer plusieurs années avant les premiers symptômes physiques.

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Des adaptations récentes des guidelines internationales (NIA, Association Alzheimer 2024) proposent désormais une approche combinée clinique-biologique, où l’analyse des troubles de la marche ou de la navigation intègre les parcours objectifs de dépistage. À terme, cela devrait déboucher sur des programmes de diagnostic de masse, avec des tests standardisés en cabinet, sans lourdeur ni perte de temps.

Diagnostic accessible : quels nouveaux outils pour les médecins ?

La recherche avance vers des techniques pratiques et peu invasives. Parmi elles, le test des parcours en réalité virtuelle – désormais approuvé par plusieurs équipes européennes – ou des logiciels d’oculométrie (analyse des mouvements des yeux et de la pupille devant des stimuli dynamiques), viennent compléter les batteries neuropsychologiques classiques.

Même en dehors des laboratoires spécialisés, certains outils de repérage cognitifs rapides (test de l’horloge, rappels de mots, orientation dans une pièce) aident à guider le diagnostic. Ils ne remplacent cependant pas un bilan cognitif complet et, en cas de doute, une référence à un centre mémoire reste essentielle pour poser le diagnostic et planifier la suite (source : Fondation France Alzheimer 2025).

La marche, reflet du cerveau : implications pratiques pour les proches et aidants

Les proches jouent un rôle décisif dans la détection des premiers signes. S’il est normal, avec l’âge, d’être parfois moins rapide ou d’avoir de légers oublis, la combinaison de difficultés à suivre un itinéraire familier, de perte de repères dans des magasins ou lors des promenades quotidiennes doit alerter.

Il convient de signaler toute dérive rapide ou inhabituelle au médecin. Plus vite la plainte est considérée, plus tôt un plan de soin personnalisé pourra se mettre en place. Une consultation ne mène pas systématiquement à un diagnostic formel d’Alzheimer, mais permet d’écarter d’autres causes, de rassurer et d’accompagner (source : Cap Retraite, 2023).

Quels facteurs de risque, et peut-on prévenir l’évolution ?

L’âge reste le principal facteur de risque, mais toutes les études indiquent l’importance de l’hygiène de vie (activité physique, alimentation saine, stimulation intellectuelle) et la gestion active des facteurs cardiovasculaires (hypertension, diabète, cholestérol, tabagisme) dans la prévention. Les projections internationales prévoient un doublement du nombre de malades en Europe d’ici 20 à 30 ans si aucun progrès n’est fait en matière de prévention.

Les bilans précoces favorisent la mise en œuvre d’un plan d’action ciblé : activités cognitives adaptées, maintien de la vie sociale et physique, surveillance du sommeil, contrôle des troubles anxieux… C’est la combinaison de ces facteurs qui fait reculer l’apparition des signes majeurs et améliore la qualité de vie des patients et familles.

Vers une société du dépistage actif : enjeu de santé publique

La pression sur les systèmes de santé est déjà immense : avec le vieillissement de la population, près d’un million de personnes en France vivent aujourd’hui avec la maladie d’Alzheimer ou une forme apparentée. Le diagnostic précoce, facilité par les nouveaux outils innovants, devient un pilier incontournable pour gérer l’explosion attendue des cas, prévenir la dépendance et optimiser l’accès aux traitements.

Parmi les perspectives, les autorités de santé encouragent la formation des professionnels à reconnaître les signaux faibles : modifications subtiles de la marche, hésitations lors de changements de direction, pertes fréquentes dans des lieux connus… Des campagnes de sensibilisation visent déjà le grand public pour favoriser la demande de dépistage dès l’apparition de ces symptômes.

À retenir

  • Des anomalies de la marche et de l’orientation spatiale peuvent signaler Alzheimer bien avant l’apparition des troubles majeurs de la mémoire.
  • La combinaison de tests cliniques et biologiques, y compris les biomarqueurs et l’imagerie de pointe, transforme le diagnostic précoce.
  • Un repérage rapide des troubles permet d’adapter l’accompagnement, d’ouvrir l’accès plus tôt aux traitements et d’alléger le fardeau familial.
  • Prévenir la maladie passe aussi par le maintien d’un mode de vie actif et équilibré, la gestion des facteurs de risque, et la stimulation cognitive régulière.

Sources et ressources

  • Université College London, étude Current Biology 2023
  • Société Alzheimer France, guide 2025
  • Fondation Alzheimer, 2025, Les 10 signes à repérer
  • Cap Retraite, 2023, Symptômes de la maladie d’Alzheimer
  • France Alzheimer, juillet 2025, Repérer Alzheimer dès les premiers signes
  • Institut National du Vieillissement, Guidelines 2024
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