Les perturbateurs endocriniens peuvent interférer avec le fonctionnement des hormones et favoriser le risque de cancers.
Les perturbateurs endocriniens, des substances chimiques diffusées de l’extérieur dans le corps, peuvent interférer avec l’action des hormones. À travers un certain nombre de mécanismes, ils ont été liés à plusieurs cancers, notamment ceux de la thyroïde, du sein et de la prostate.
Les personnes déjà atteintes peuvent aussi redouter que d’y être exposé(e) n’accentue la progression ou la métastase des tumeurs. L’exposition chronique à de faibles doses d’une combinaison de ces produits chimiques est un facteur très préoccupant.
Le lien potentiel entre ces substances rencontrées chaque jour et les problèmes de santé (allant du cancer à une diminution du QI chez les enfants) peut être déconcertant. Avoir conscience des endroits où ces produits chimiques se cachent et apporter des changements simples à son mode de vie peut réduire les risques pour la santé dus à l’exposition.
Comment définir les perturbateurs endocriniens ?
Ce sont des produits chimiques « exogènes » (provenant de l’extérieur du corps) qui peuvent interférer avec l’action des hormones dans l’organisme.
Lors de l’évaluation pour la santé des effet des produits chimiques dans l’environnement, l’approche conventionnelle consiste à examiner l’impact de fortes doses sur une courte période. Avec les perturbateurs endocriniens, une exposition à de faibles doses sur une période prolongée (et la combinaison d’un certain nombre de ces produits chimiques) est plus préoccupante. Selon de nombreux chercheurs, ce point a été largement sous-estimé.
Où se trouvent les perturbateurs endocriniens ?
Partout : par exemple, boîtes de conserve métalliques (revêtement intérieur), produits d’hygiène-beauté, de ménage, bouteilles en plastiques, jouets, tickets de caisse jusqu’au gel désinfectant pour les mains, etc.
Même certains aliments peuvent en contenir comme les viandes, le poisson et les produits laitiers. Les légumes et les produits agricoles contaminés peuvent également en diffuser.
Quelles substances chimiques sont considérées comme des perturbateurs endocriniens ?
Les exemples de perturbateurs endocriniens sont le bisphénol A, les phtalates, les dioxines, les parabènes, les pesticides, les polychlorobiphényles et les polybromodiphényléthers :
- variétés de phtalates : BBP, DBP, DEHP, DEP, DiDP, DiNP, DnHP, DnOP,
- variétés de parabènes : méthylparabène, éthylparabène, propylparabène et le butylparabène.
Il est important de se concentrer sur l’ensemble plutôt que sur des produits chimiques spécifiques. Considérer l’exposition à ce groupe de substances dans son ensemble est similaire à l’approche adoptée par les chercheurs sur la pollution de l’air.
Lorsque l’air a été évalué pour des composés spécifiques susceptibles de provoquer le cancer du poumon, il n’y avait pas d’association forte. Mais regarder la pollution de l’air dans son ensemble a rendu le risque réel beaucoup plus clair. Les particules fines présentes dans l’air sont désormais classées comme cancérogènes pour l’homme.
Quel est le mécanisme des perturbateurs endocriniens ?
Ils imitent les effets des hormones naturelles du corps mais ce n’est pas le seul le mécanisme. Certains autres ont été impliqués dans des cancers qui ne sont pas considérés comme sensibles aux hormones.
Une étude de synthèse de 2020 énumère les manières spécifiques dont ils ont un effet sur l’organisme :
- agoniste des récepteurs : le produit chimique peut imiter l’effet d’une hormone naturelle (comme l’estrogène ou les hormones thyroïdiennes) en se liant directement au récepteur (par exemple, les récepteurs des estrogènes),
- antagoniste des récepteurs : le produit chimique peut se lier au récepteur et empêcher l’hormone naturelle de le faire,
- expression des récepteurs : il peut altérer l’expression (le nombre de récepteurs) présente pour les hormones naturelles. Par exemple, le BPA semble affecter l’expression des récepteurs des estrogènes dans le cerveau,
- transduction du signal : il existe de nombreuses voies de signalisation impliquées dans le système endocrinien. Un produit chimique peut agir en interférant avec ou en perturbant une grande variété de celles-ci dans le corps impliquant des hormones,
- altérations épigénétiques : des changements non génétiques qui affectent la façon dont l’ADN est « lu » peuvent en résulter (observé avec des cellules de cancer de l’ovaire en laboratoire),
- synthèse des hormones : la production d’hormonale pourrait être affectée de nombreuses manières, entraînant une augmentation ou une diminution de nombreuses hormones,
- transport des hormones,
- taux d’hormones dans le sang,
- dégradation des hormones dans le corps (et élimination de l’organisme) : un produit chimique peut affecter le métabolisme de l’hormone dans le foie de sorte qu’une hormone n’est pas dégradée aussi rapidement que d’habitude, ou l’est plus rapidement,
- Prolifération / différenciation / apoptose.
Les conséquences de ces mécanismes peuvent varier en fonction de l’âge, du sexe, et même des changements de saison ou de l’heure de la journée (rythmes circadiens) où l’exposition se produit.
Quel rôle jouent les perturbateurs endocriniens dans le cancer ?
La relation précise entre les produits chimiques perturbateurs endocriniens et la cause ou la progression du cancer n’est pas encore connue et ne le sera peut-être jamais.
Il n’est tout simplement pas éthique d’exposer un groupe de personnes à un produit chimique (ou à un cocktail chimique) pour voir ce qui se passe.
Au lieu d’études prospectives, la majeure partie des informations provient d’études rétrospectives qui regardent en arrière et comparent deux groupes de personnes. Malheureusement, les études rétrospectives sont beaucoup moins précises.
Plusieurs de ces produits chimiques ont été évalués en laboratoire et/ou dans des études sur les animaux, mais ces études ne se transposent pas nécessairement aux humains.
Les voies de signalisation impliquées dans le système endocrinien ne peuvent pas être répliquées dans une boîte de cultures cellulaires et nous savons, par le passé, que certaines expositions sûres chez les animaux ne le sont pas chez les humains, et vice versa.
Bien que les produits chimiques perturbateurs endocriniens aient été liés à de faibles nombres de spermatozoïdes, à un QI inférieur chez les jeunes garçons nés de mères exposées, à l’obésité,etc., le lien avec le cancer peut être plus difficile à étudier.
Par exemple, une exposition pendant la grossesse entraînant des changements chez les jeunes enfants ou sur le nombre de spermatozoïdes est plus facile à surveiller. Une exposition globale produite des décennies plus tôt (en raison de la période de latence du cancer) est plus difficile à analyser.
Quel est l’effet de l’exposition globale aux perturbateurs endocriniens ?
Il est préoccupant. La majorité des études se sont concentrées sur des produits chimiques spécifiques (par ex, BPA ou dioxines) et non sur la globalité.
Une étude de 2019 a examiné l’exposition maternelle aux produits chimiques perturbateurs endocriniens et l’effet sur l’intelligence d’enfants de 7 ans nés de ces mères. Les garçons qui avaient eu une exposition supérieure à la moyenne à un mélange de 26 perturbateurs endocriniens différents au cours du premier trimestre présentaient une baisse moyenne de QI de 1,9 à l’âge de 7 ans.
Le produit chimique, le plus fortement associé à l’exposition, était le bisphénol F, souvent trouvé dans les emballages alimentaires. Du fait de la tendance à passer au « sans BPA », de nombreuses personnes peuvent désormais être exposées à plus de bisphénol F.
Quels sont les types de cancer liés à l’exposition aux perturbateurs endocriniens ?
Les études portant sur les perturbateurs endocriniens spécifiques se sont jusqu’à présent concentrées sur leur effet potentiel sur les cancers sensibles aux hormones.
Il est possible que des cancers comme le cancer du sein, de la prostate, de l’utérus, de l’ovaire, du testicule et de la thyroïde puissent être influencés par des produits chimiques qui imitent les effets des hormones dans le corps.
En examinant les mécanismes ci-dessus, on peut craindre que certains cancers non considérés comme sensibles aux hormones puissent être causés ou affectés par les PE. Le BPA, principalement lié à des cancers sensibles aux hormones par le passé, semble également associé à des cancers non sensibles aux hormones comme le cancer des os (ostéosarcome), du col de l’utérus, du poumon et le méningiome.
Quelles sont les conséquences des perturbateurs endocriniens sur les cancers déclarés ?
Ils peuvent jouer un rôle dans la progression ou la propagation de cancers déclarés. Cela est difficile à étudier en dehors du laboratoire mais quelques préoccupations ont été notées.
En laboratoire, il a été constaté que l’exposition à de faibles doses de perturbateurs endocriniens provoque des changements dans les cellules cancéreuses qui peuvent conduire à une progression. Dans les cellules du cancer du sein, l’exposition globale à de faibles doses de PE a entraîné la prolifération des cellules du cancer, ainsi que l’activation de l’aromatase (une enzyme qui convertit les androgènes en estrogènes dans les tissus après la ménopause). Chez les femmes qui ont eu un cancer du sein et qui sont ménopausées, il a été constaté que la prise d’un inhibiteur de l’aromatase réduit de moitié le risque de récidive.
De même, des études évaluant des cellules de cancer de l’ovaire ont révélé que l’exposition à des perturbateurs endocriniens provoque des changements dans la façon dont l’ADN est lu (changements épigénétiques) associés à la progression, à la propagation et à la résistance au traitement.
Certaines personnes ont fait remarquer qu’après le diagnostic d’un cancer, il est trop tard pour se préoccuper de l’environnement. En examinant la biologie du cancer, cette croyance est fausse. Les tumeurs cancéreuses ne sont pas simplement un clone anormal de cellules qui reste inchangé. Elles évoluent continuellement et développent de nouvelles mutations. C’est la raison pour laquelle une résistance se développe à de nombreux traitements. Comme les cellules cancéreuses ont tendance à se diviser plus rapidement que les cellules normales, il pourrait y avoir davantage de dommages liés aux expositions environnementales.
Comment réduire l’exposition aux perturbateurs endocriniens ?
Beaucoup de personnes qui étudient ce domaine se demandent pourquoi il n’y a pas plus de politiques en place pour protéger le public. En attendant, la meilleure façon de se protéger des PE est d’être soi-même vigilent(e).
La vie comporte des risques et plutôt que de devenir fanatique d’un produit chimique et d’en oublier les autres tout aussi ou plus dangereux, on peut faire des changements simples et globaux dans son quotidien pour se protéger des agents cancérigènes. La combinaison de PE, plutôt qu’un seul produit chimique, est également coupable.
Voici comment commencer :
Éviter le plastique quand c’est possible
La plupart des récipients alimentaires en plastique contiennent des produits chimiques perturbateurs endocriniens, même les produits qui ne contiennent pas de BPA :
- garder le plastique hors du micro-ondes et des voitures chaudes,
- passer à des récipients de conservation en verre pour les restes de nourriture, c’est un investissement salutaire,
- utiliser des bouteilles d’eau en métal plutôt qu’en plastique,
- prendre du papier sulfurisé plutôt qu’au film plastique étirable.
Passer au sans-parfum
Beaucoup de produits du quotidien sont parfumés et la plupart des parfums contiennent des perturbateurs endocriniens. Cette odeur agréable associée à la propreté peut en réalité être l’odeur des phtalates.
Se passer des produits qui promettent la « facilité »
Ustensiles de cuisine antiadhésifs, tapis et meubles résistants aux taches, ces petits luxes sont une source importante de perturbateurs endocriniens. Heureusement, il existe des alternatives, les vieilles poêles en fonte de grand-mère sont beaucoup plus faciles à entretenir aujourd’hui.
S’intéresser aux étiquettes
La lecture des étiquettes ne concerne pas uniquement les articles en boîtes et en bocaux. On peut tout vérifier, du rideau de douche au revêtement de sol, pour voir s’il est étiqueté sans PVC.
Il y a quelques réserves. Tous les produits chimiques ne sont pas forcément répertoriés, ceux qui le sont peuvent porter plusieurs noms. Le but n’est pas de se concentrer sur l’évitement d’une exposition spécifique mais de réduire la charge quotidienne globale de PE.
Acheter des produits frais au supermarché
La plupart des boîtes de conserve sont tapissées de plastiques classés comme perturbateurs endocriniens. S’assurer que tout ce qui est acheté frais (comme le poisson) est emballé dans du papier de boucher plutôt que dans du plastique. (C’est un moyen de réduire son exposition à d’autres substances liées au cancer.)
Envisager un filtre à eau
L’eau de la ville contient du fluorure, mais également des substances allant des hormones aux molécules de médicaments. Des réglementations sont en place, mais personne ne sait ce qui représente un niveau d’exposition « sûr » pour certaines de ces substances. Un système d’osmose inverse est idéal pour filtrer l’eau mais même un filtre de cuisine vaut mieux que rien.
Éviter les tickets de caisse en papier
Les reçus imprimés sur du papier thermique sont une source moins connue mais importante de perturbateurs endocriniens.
Nettoyer sainement
Les produits utilisés pour « nettoyer » la maison introduisent un certain nombre de PE en même temps. Voir quelle part de la maison est nettoyable uniquement au bicarbonate de soude, vinaigre, jus de citron et huile d’olive. Éviter le savon antibactérien dans la cuisine et utilisez plutôt de l’eau et du savon ordinaire
Profiter de quelques plantes d’intérieur
Les plantes peuvent être très efficaces pour absorber certains produits chimiques de l’air intérieur selon des recherches menées à la NASA.
Prendre du recul
Pour réduire l’exposition aux perturbateurs endocriniens, inutile de devenir fanatique et de mettre en péril sa relation avec des proches moins impatients de changer leur mode de vie.
Dans ce contexte, les hormones de stress produites dans l’organisme pourraient être plus préjudiciables que les produits chimiques touchés, sentis et mangés. La modération est clé. En d’autres termes, mieux vaut boire de l’eau dans une bouteille en plastique que de risquer la déshydratation.
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