Protection contre le froid : ces gènes de Néandertal en nous

L’héritage fabuleux légué par Darwin est encore d’actualité, comme en témoigne la découverte que nos gènes contiennent des fragments d’ADN provenant des hommes de Néandertal. A chaque fois que vous vous rasez, coupez les cheveux, que vous vous occupez de ces phanères qui servent à nous protéger du froid, vous pouvez remercier les gènes de l’homme de Néandertal toujours actifs en vous.

Travailleur infatigable et méticuleux, Darwin a profité de ses longs voyages autour du monde pour observer en détail un nombre impressionnant d’espèces animales et végétales. Sa grande découverte a été de remarquer l’existence d’une grande diversité entre les individus d’une même espèce, surtout lorsqu’ils vivent dans un environnement distinct.

Il proposa que ces différences étaient le résultat d’une longue série de transformations biologiques qui permet aux espèces de s’adapter à leur environnement, par exemple en améliorant leur accès à la nourriture (le long cou de la girafe, par exemple) ou encore en étant moins visible pour les prédateurs (la fourrure blanche des ours polaires).

Les individus qui sont les mieux adaptés ont tendance à survivre plus longtemps et parviennent par conséquent à transmettre leurs caractéristiques à leur descendance. Grâce à cette sélection naturelle, la vie est donc un processus très dynamique, en constante évolution depuis son apparition sur Terre.

Certains trais de l’homme de Néandertal subsistent encore en nous

La sélection naturelle a évidemment aussi joué un rôle important dans l’évolution de l’espèce humaine. Selon les fossiles qui ont été découverts jusqu’à présent, on sait que nos ancêtres sont apparus en Afrique il y a environ 3 millions d’années et ont émigré par vagues successives vers le reste du monde, notamment en Europe. Un des premiers groupes à s’installer hors d’Afrique est l’homme de Néandertal (Homo neanderthalensis), une espèce qui était très semblable à l’homme moderne, mais qui n’a cependant pas réussi à s’adapter à son environnement et s’est éteinte il y a environ 30 000 ans. Par contre, on sait depuis plusieurs années qu’avant de disparaître, les hommes de Néandertal ont été en contact avec la dernière vague d’humains provenant d’Afrique, celle qui allait donner naissance à l’homme tel qu’on le connaît auourd’hui. Est-ce que ces interactions ont été étroites au point de favoriser la reproduction entre les deux espèces et de permettre ainsi un échange de leur matériel génétique? Il semble que oui, et que certains traits développés par les Néandertaliens subsistent encore aujourd’hui à l’intérieur de nous.

La protection contre le froid: un cadeau légué par Néandertal

Grâce à un échantillon d’ADN de très bonne qualité, prélevé à partir d’un os d’orteil d’un squelette datant de 130 000 ans, deux équipes de chercheurs ont pu déterminer avec précision la séquence du génome de l’homme de Néandertal et  le comparer avec celui de l’homme moderne. Ils ont tout d’abord observé que la majorité de notre matériel génétique ne contient aucune trace d’ADN néandertalien, fort probablement parce que ces gènes ne présentaient aucun avantage évolutif pour s’adapter à l’environnement.

Par contre, certaines régions de notre ADN sont particulièrement riches en gènes qui proviennent directement de l’homme de Néandertal, notamment ceux responsables de la synthèse de kératine, une protéine fibreuse qui joue un rôle important dans la structure de la peau, des cheveux et des ongles et qui permet une meilleure protection dans des environnements plus froids.

La prochaine fois que vous irez chez le coiffeur ou chez l’esthéticienne, rappelez-vous que vos cheveux et votre peau sont des produits de l’évolution, hérités de la rencontre de nos lointains ancêtres avec une espèce plus primitive. L’homme de Néandertal est disparu depuis longtemps, mais la mémoire de son existence sommeille encore aujourd’hui dans chacun de nous.

Sources
Sankararaman s et coll. The genomic landscape of neanderthal ancestry in present-day humans. Nature,
Vernot B et akey JM. resurrec- ting surviving neandertal lineages from modern human genomes. Science