Homéopathie: les preuves scientifiques de son efficacité

Depuis un an, l’homéopathie est sous les feux nourris d’attaques en provenance de certains médecins, d’académies savantes ou du ministère de la santé. On lui reproche ,bien trop rapidement, son manque d’efficacité thérapeutique, la prise de risque pour les patients qui ne prennent pas de « vrais médicaments » et qui risquent d’aggraver leur état, un coût pour l’Etat lié à son remboursement et pour les plus virulents, des accusations de charlatanisme à l’encontre des médecins homéopathes qui la prescrivent.

A y regarder de plus prés pourtant, il y a bien des études sérieuses qui montrent le bénéfice thérapeutique de l’homéopathie, sur le faible coût pour le patient et la Sécurité Sociale et sur la baisse de la prise de médicaments classiques.. qui eux, ont des coûts certains et des effets secondaires.

Les attaques contre l’homéopathie en France  depuis un an se concentrent surtout sur la prétendue faible valeur des preuves scientifiques de son efficacité et de son mode d’action. Pour le mode d’action, la science doit effectivement encore apporter des explications quant à l’hypothèse de la « mémoire de l’eau » qui serait à l’oeuvre dans le fonctionnement d’un médicament homéopathique.

Rappelons qu’un médicament homéopathique est fabriqué suite à de multiples dilutions d’un principe actif dans de l’eau. Ce mélange qui, au premier stade contient bien des molécules du principe actif à l’échelle pondérale (quantifiable), va ensuite être dilué et dilué, etc.. jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune trace quantifiable du principe actif. L’eau ayant servi à sa dilution a elle gardé la « mémoire » de l’effet du principe actif. C’est une théorie qui a été explorée notamment par le chercheur Jacques Benveniste et qui s’est traduite par une publication dans le prestigieux journal scientifique Nature en 1988. (Human basophil degranulation trigged by very dilute antiserum against IgE. Nature 1988 333:816-818)

La recherche sur le de mode de fonctionnement de l’homéopathie n’a pas beaucoup avancé depuis, mais pour ce qui est des preuves scientifiques, il n’y a qu’à se baisser pour les ramasser. La dernière en date est la plus significative.

Une étude menée pendant 7 ans sur 8559 patients

L’étude EPI 3 a été réalisé entre 2005 et 2012 et coordonnée par le cabinet indépendant LASER, dirigé par le Professeur Lucien Abenhaïm, ancien Directeur Général de la Santé. EPI 3, la plus vaste étude réalisée à ce jour en médecine générale en France, décrit et compare les pratiques médicales. L’objectif principal de cette étude a été d’évaluer la place de l’homéopathie en médecine générale en France. Elle a permis aussi de décrire et comparer les patients selon les pratiques (conventionnelle, homéopathique ou mixte) choisies par leur médecin généraliste, qu’il soit ou non leur médecin traitant.

Le recueil des données sur le terrain a eu lieu entre les mois de mars 2007 et juillet 2009. Lancée en 2005, regroupant 8 559 patients et 825 médecins participants, le programme de recherche EPI 3 a nécessité 5 ans de travail : 1 an pour le protocole, 1 an et demi pour le recrutement, 1 an pour le recueil des données médecins et patients, et 1 an pour l’analyse des données.La première publication est intervenue en 2011 ; la dernière en 2016.

3 cohortes de patients avec des pathologies qui représentent 50 % des consultations

Trois cohortes de patients ont été suivi pour décrire l’impact et l’intérêt de santé publique des stratégies thérapeutiques adoptées dans 3 groupes de pathologies :

– les douleurs musculo-squelettiques (DMS)

– les troubles anxio-dépressifs et du sommeil (SAD),

– et les infections des voies aériennes supérieures (IVAS).

Les patients de ces 3 cohortes présentaient des pathologies fréquentes qui représentent 50 % des motifs de consultation en médecine générale.

Le programme EPI 3 a permis d’évaluer les pratiques médicales à partir de 3 critères d’évaluation :

– L’évolution clinique des patients suivis par les différents types de médecins : est-ce que les pathologies pour lesquelles les patients ont consulté sont améliorées ?

– L’impact sur la consommation médicamenteuse : les patients consomment-ils plus ou moins de médicaments conventionnels ?

– La perte de chance potentielle : certains patients échappent-ils à un traitement qui leur serait plus adapté et cela induit-il des complications ?

En termes de prévalence, plus de la moitié des patients de l’étude ont consulté pour des douleurs musculo‐squelettiques, de l’anxiété, de la dépression et les troubles du sommeil.

Les 3 cohortes du programme de recherche EPI 3, ont fait l’objet de publications scientifiques dans des revues de référence à comité de lecture.

Homéopathie: des bénéfices sur les douleurs musculo-squelettiques, les infections ORL et les troubles anxieux et dépressifs

1) Résultats pour la cohorte douleur musculo‐squelettique dite DMS (1 153 patients, 12 mois de suivi).

Les patients suivis par un médecin homéopathe présentent une amélioration clinique comparable par rapport aux patients suivis par des médecins à pratique conventionnelle. Ils ont utilisé 2 fois moins d’AINS (Anti-Inflammatoires Non Stéroïdiens) que les patients suivis par des médecins à pratique conventionnelle. Ces patients sont donc moins exposés aux effets indésirables des AINS.Ces pathologies représentent environ 10 % des motifs de consultation en médecine générale en France.

2) Résultats pour cohorte infections des voies aériennes supérieures dite IVAS (518 adultes et enfants, 12 mois de suivi)

Pour les patients suivis par un médecin homéopathe l’amélioration des symptômes est comparable et les probabilités de complication sont globalement les mêmes dans les différents groupes. Ils ont consommé 2 fois moins d’antibiotiques et d’antipyrétiques / anti-inflammatoires par rapport aux patients suivis par des médecins à pratique conventionnelle. Rappelons que dans ces pathologies, les autorités de santé sont confrontées à un mésusage des antibiotiques.

3) Résultats pour la cohorte sommeil anxiété dépression dite SAD (710 patients, 12 mois de suivi)

Le taux d’amélioration clinique de leur anxiété ou dépression est légèrement supérieur pour les patients des médecins homéopathes par rapport aux patients suivis par des médecins à pratique conventionnelle (test statistique à la limite de la significativité). Les patients suivis par un médecin homéopathe ont utilisé 3 fois moins de psychotropes que les patients suivis par des médecins à pratique conventionnelle. Les probabilités de complication sont comparables dans les différents groupes.Dans ce domaine, la France se caractérise par une surconsommation de benzodiazépines.

Homéopathie: des résultats probants

L’étude a permis de conclure que l’homéopathie :

– présente une évolution clinique comparable,

– avec une consommation moindre de médicaments posant des questions de mésusage et donc de santé publique,

– et sans perte de chance (risque de complications),

Par ailleurs, l’intérêt économique d’une prise en charge homéopathique a fait l’objet d’une publication. Un patient suivi par un médecin homéopathe coûte 35 % de moins à la Sécurité Sociale, en prenant en compte le coût de la consultation et le coût de la prescription.

Sources

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Who seeks primary care for musculoskeletal disorders (MSDs) with physicians prescribing homeopathy and other complementary medicine ?

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« ROSSIGNOL M.; BEGAUD B.; AVOUAC B.; LERT F.; ROUILLON F.; BENICHOU J.; MASSOL J.; DURU G.; MAGNIER A.M.; GUILLEMOT D.; GRIMALDI-BENSOUDA L.; ABENHAIM L.
Benchmarking clinical management of spinal and non-spinal disorders using quality of life.
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« GRIMALDI-BENSOUDA L.; BEGAUD B.; LERT F.; ROUILLON F.; MASSOL J.; GUILLEMOT D.; AVOUAC B.; DURU G.; MAGNIER A.M.; ROSSIGNOL M.; ABENHAIM L.; EPI3-LA-SER group.
Benchmarking the burden of 100 diseases.
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« GRIMALDI-BENSOUDA L.; ENGEL P.; MASSOL J.; GUILLEMOT D.; AVOUAC B.; DURU G.; LERT F.; MAGNIER A.M.; ROSSIGNOL M.; ROUILLON F.; ABENHAIM L.; BEGAUD B.; EPI3-LA-SER group. Who seeks primary care for sleep, anxiety and depressive disorders from physicians prescribing homeopathic and other complementary medicine?

Results from the EPI3 population survey. BMJ Open, 2012, 2(6): e001498. doi: 10.1136/bmjopen- 2012-001498. ; 1-10. »

« LERT F.; GRIMALDI-BENSOUDA L.; ROUILLON F.; MASSOL J.; GUILLEMOT D; AVOUAC B.; DURU G.; MAGNIER A.M.; ROSSIGNOL M.; ABENHAIM L.; BEGAUD B.; EPI3-LA-SER Group.
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« ROSSIGNOL M.; BEGAUD B.; ENGEL P.; AVOUAC B.; LERT F.; ROUILLON F.; BENICHOU J.; MASSOL J.; DURU G.; MAGNIER A.M.; GUILLEMOT D.; GRIMALDI-BENSOUDA L.; ABENHAIM L.; EPI3-LA-SER group.
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