Nutrition

Pourquoi certains aliments causent des migraines

Environ 20 % des femmes et 6 % des hommes sont aux prises avec des migraines récurrentes. Ces migraines prennent généralement la forme de douleurs intenses localisées d’un seul côté de la tête (le mot migraine provient du grec êmikraníon, qui signifie «douleur touchant la moitié du crâne»).

Elles s’accompagnent de nausées, de vomissements et/ou d’une sensibilité à la lumière et au bruit. Dans certains cas, les épisodes de migraine peuvent aussi être précédés par des perturbations sensorielles appelées aura (flashs, taches visuelles, scintillements). Tous ces facteurs font en sorte que les migraines sont parmi les céphalées les plus incapacitantes. Les personnes touchées pouvant devenir complètement inaptes à accomplir leur routine habituelle pendant les crises.

Ce qui, dans les aliments, déclenche des migraines

Les nitrates, retrouvés dans plusieurs aliments, peuvent être transformés en nitrites par les bactéries présentes dans la bouche. Lorsqu’ils atteignent la circulation sanguine, ces nitrites sont convertis en monoxyde d’azote. Cette molécule provoque ensuite une vasodilatation des vaisseaux sanguins qui améliore la circulation du sang et diminue la pression artérielle.

Bien que ces phénomènes soient positifs pour la santé cardiovasculaire, ils pourraient paradoxalement contribuer au développement des migraines. La vasodilatation des artères des méninges (couche protectrice du cerveau) cause une augmentation du flux sanguin et une inflammation qui peut stimuler certains nerfs crâniens et déclencher la douleur.

80% des insuffisants cardiaques qui prennent des médicaments ont des migraines

On sait depuis longtemps que les aliments riches en nitrates (vin, chocolat, légumes verts à feuilles, charcuteries) favorisent la survenue d’épisodes de migraine et c’est pour cette raison qu’on conseille aux migraineux d’éviter autant que possible ces aliments. Certains médicaments pour le cœur (la nitroglycérine, par exemple) contiennent aussi des nitrates et près de 80 % des patients qui prennent des médicaments pour traiter l’angine de poitrine ou l’insuffisance cardiaque font état de maux de tête comme effet secondaire. Il est donc possible qu’il existe un lien entre la production de monoxyde d’azote par la flore bactérienne buccale et le déclenchement des migraines.

Les migraineux ont une flore bactérienne buccale typique

Pour explorer cette possibilité, des scientifiques de l’Université de Californie à San Diego ont analysé la composition de la flore bactérienne provenant de volontaires migraineux et l’ont comparée à celle de non-migraineux.

Ils ont observé des différences significatives entre les deux, notamment la présence chez les migraineux de taux plus élevés de Rothia mucilaginosa et Haemophilus parainfluenzae, deux espèces connues pour être les principaux producteurs de nitrites de la cavité buccale. Cette différence se traduit vraisemblablement par une plus grande quantité de nitrites formés au niveau de la bouche, car l’analyse plus poussée des gènes bactériens associés à la flore buccale indique une plus grande abondance de gènes qui participent à cette transformation (nitrate reductase, nitrite reductase et nitric oxide [NO] reductase).

Modifier la flore buccale pour prévenir les migraines

Dans l’ensemble, ces observations suggèrent donc que la flore bactérienne buccale contribue à la transformation des nitrates de l’alimentation (ou de médicaments) en nitrites, ceux-ci étant par la suite convertis en monoxyde d’azote qui dilate les vaisseaux sanguins et provoque une crise migraineuse.

Ce résultat surprenant ouvre donc potentiellement la porte à de nouvelles approches pour le traitement de certains types de migraines, basées sur la prévention des crises à la source, c’est-à-dire en modifiant la flore bactérienne buccale.

Source
Gonzalez A: Migraines are correlated with higher levels of nitrate-, nitrite-, and nitric oxide-reducing oral microbes in the American Gut Project Cohort. mSystems; 1. pii: e00105-16.

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