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Vous croisez moins souvent vos collègues et les journées vous semblent plus solitaires ? La solitude au travail prend plusieurs formes, et la fréquence des échanges est associée à chacune d’elles.
Une étude allemande publiée en 2026 aide à distinguer ces expériences. Elle invite aussi à la prudence : voir davantage ses collègues ne suffit pas nécessairement à faire disparaître le sentiment de solitude.
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Solitude au travail : ce que révèle l’étude allemande
La solitude apparaît lorsqu’une personne ressent un écart entre les relations qu’elle souhaite et celles qu’elle vit. Au travail, cet écart peut se manifester de plusieurs façons. Des chercheurs de l’Institut fédéral allemand pour la sécurité et la santé au travail ont analysé les réponses de 7 798 salariés âgés de 25 à 65 ans, recueillies en 2023 et 2024. Leur étude, publiée dans Scientific Reports, distingue trois expériences évaluées séparément.
Manquer de compagnie, se sentir exclu ou se dire solitaire
Environ 26 % des personnes interrogées déclaraient manquer parfois de la compagnie de leurs collègues. Près de 17 % se sentaient parfois mises à l’écart. Quand la question portait directement sur le fait de se sentir seul au travail, cette proportion tombait à 8 %.
Ces chiffres ne décrivent pas trois degrés d’un même état. On peut regretter des échanges trop rares sans avoir le sentiment d’être exclu. De même, répondre « oui » à une question sur la solitude suppose de reconnaître et de nommer ce sentiment. La présentation des résultats de l’étude allemande permet de retrouver ces distinctions.
Des différences selon l’âge, le genre et le contrat
Les salariés plus jeunes déclaraient plus souvent se sentir seuls. Les femmes rapportaient davantage un sentiment d’exclusion que les hommes. Quant aux personnes en contrat à durée déterminée, elles signalaient plus fréquemment l’exclusion et la solitude que celles en contrat à durée indéterminée.
Ces écarts sont des associations statistiques. L’étude ne montre pas pourquoi ils existent. Elle ne permet pas, par exemple, d’attribuer le sentiment d’exclusion des femmes à une cause unique. La situation professionnelle et les relations quotidiennes méritent d’être examinées ensemble, sans transformer une différence observée en explication démontrée.
Pourquoi voir moins souvent ses collègues peut compter
Le résultat le plus constant concerne les contacts directs entre collègues. Les personnes qui en avaient moins souvent rapportaient plus fréquemment les trois expériences étudiées : manque de compagnie, exclusion et solitude déclarée. Le lien persistait après la prise en compte de plusieurs caractéristiques personnelles et professionnelles, dont l’âge, le genre et la situation d’emploi.
Un lien régulier, sans preuve de causalité
Que signifie ce résultat pour une équipe ? Les occasions de se parler pourraient compter davantage que le seul nombre de personnes présentes dans l’organisation. Les échanges avec des clients, des patients, des passagers ou des élèves n’étaient d’ailleurs associés à aucune des trois formes étudiées. Le contact professionnel ne remplace donc pas forcément une relation entre collègues.
Mais l’enquête photographie une situation à un moment donné. Elle ne permet pas de dire si des contacts rares favorisent la solitude ou si une personne déjà isolée recherche moins les échanges. Les deux phénomènes peuvent aussi se renforcer mutuellement. Associer n’est pas prouver une cause : cette réserve est essentielle avant de proposer des solutions.
Le télétravail ne suffit pas à expliquer la solitude
Travailler davantage depuis chez soi était associé à un sentiment plus fréquent de manque de compagnie. Après ajustement pour d’autres caractéristiques, ce mode de travail n’était toutefois pas associé au fait de se déclarer seul. Les salariés à domicile plus de la moitié du temps présentaient même une probabilité ajustée plus faible de se sentir exclus.
Ce résultat peut surprendre. Une enquête mondiale de Gallup sur la solitude des salariés rapporte, elle, davantage de solitude chez les personnes entièrement à distance que chez celles travaillant uniquement sur site. Les populations et les questions diffèrent. Il serait donc trompeur d’en tirer une règle unique sur le télétravail.
Comment favoriser des liens plus réguliers au travail
Ces résultats donnent une piste aux équipes, sans fournir de recette éprouvée. Préserver du temps pour parler entre collègues paraît raisonnable, sur site comme à distance. L’étude allemande n’a cependant pas testé si multiplier les échanges réduit la solitude ou améliore la santé mentale.
Garder une place pour les échanges informels
Une journée remplie de réunions laisse parfois peu de place aux conversations spontanées. Les responsables peuvent ménager des temps d’équipe réguliers, où chacun peut aussi parler d’une difficulté ou demander un avis. Lorsque cela convient aux personnes concernées, une rencontre en présence offre une autre occasion de créer du lien.
À distance, un appel ou une visioconférence peut maintenir le contact. Il importe toutefois de ne pas confondre disponibilité et obligation permanente : ajouter des réunions à un agenda chargé pourrait réduire le temps nécessaire au travail lui-même. Une revue sur le télétravail et l’isolement rappelle que ces questions touchent aussi la santé et la satisfaction professionnelles, sans fixer de fréquence idéale pour les échanges.
Créer des occasions sans imposer la sociabilité
Les moments de discussion facultatifs laissent une place à ceux qui souhaitent échanger, sans mettre les autres en difficulté. Certaines personnes préfèrent une conversation à deux à une réunion de groupe. D’autres ont besoin d’un rendez-vous prévu à l’avance pour pouvoir participer.
L’écoute des préférences compte autant que l’existence d’un créneau. Si un salarié se sent exclu, lui proposer davantage de conversations ne réglera pas forcément ce qu’il vit. Mieux vaut chercher à comprendre ce qui manque dans ses relations de travail avant de multiplier les occasions de contact.
À retenir : préserver les liens et poursuivre les recherches
Manquer de compagnie, se sentir exclu et sentir la solitude au travail sont trois expériences distinctes. Dans cette étude, des échanges moins fréquents avec les collègues étaient associés à chacune d’elles.
Ces résultats ont des limites : les données ont été recueillies à un même moment, les trois questions n’étaient pas validées pour cet usage et l’échantillon ne couvrait pas toute la population active allemande. Suivre les salariés dans le temps aiderait à comprendre dans quel sens ces liens se construisent et quelles formes de contact leur sont utiles.
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