Solitude : les effets durables des activités en nature

Auteur: François Lehn

relu par Dr Muriel Dodin

Publié le :

Solitude : les effets durables des activités en nature
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Les activités en nature peuvent atténuer la solitude, avec des améliorations observées jusqu’à un an dans une étude menée à Barcelone. Ce ressenti ne dépend pas seulement du nombre de contacts : une personne entourée peut se sentir seule.

Les sorties accompagnées comme les pratiques individuelles ont donné des résultats encourageants, à interpréter selon le dispositif étudié.

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Les activités en pleine nature peuvent-elles soulager durablement la solitude ?

Une étude randomisée publiée dans The Lancet Regional Health Europe a suivi trois cent vingt adultes souffrant de solitude, vivant dans douze quartiers modestes de Barcelone. La répartition aléatoire permettait de comparer deux façons de proposer des activités en nature.

Leur score de solitude a diminué, en moyenne, de onze pour cent après trois mois, de douze pour cent après six mois et de dix-sept pour cent après un an. Ces chiffres décrivent une évolution moyenne, pas une disparition de la solitude chez chaque participant.

Des activités collectives et individuelles ont aidé les participants

Pendant neuf semaines, la moitié des participants rejoignait un groupe de huit à dix personnes. Les séances duraient deux heures, une fois par semaine, avec deux animateurs formés. Jardinage, observation des oiseaux et créations artistiques en plein air figuraient au programme.

L’autre moitié recevait une sélection comparable d’activités gratuites et faciles d’accès, à pratiquer seul. Les deux approches ont été associées à une diminution de la solitude. L’essai comparait donc deux propositions actives, plutôt qu’une activité à une absence d’intervention.

Le soutien du groupe semble précieux pour les personnes les plus fragilisées

Les personnes dont le bien-être émotionnel était plus faible au départ semblaient davantage bénéficier du programme collectif. L’encadrement et les rencontres régulières pourraient avoir joué un rôle, sans que leur contribution respective soit établie.

Cette observation ne signifie pas que le groupe convient à tous. Les préférences, la fatigue ou l’appréhension des rencontres peuvent orienter vers une activité individuelle. Les résultats ne permettent pas non plus de définir une fréquence idéale pour chaque personne.

Comment la nature et les liens sociaux peuvent agir ensemble

Pourquoi ces activités peuvent-elles aider ? Plusieurs explications sont envisagées. Elles concernent à la fois la qualité des relations, le cadre naturel et les souvenirs associés, sans qu’un mécanisme unique soit démontré.

La solitude est un ressenti, pas seulement un manque de contacts

La solitude correspond à un écart ressenti entre les relations souhaitées et celles que l’on entretient. L’isolement social désigne plutôt un manque objectif de contacts. Les deux situations peuvent se rejoindre, mais ne se confondent pas : on peut vivre seul sans souffrir de solitude.

Cette distinction aide à comprendre pourquoi multiplier les rencontres ne suffit pas toujours. Leur qualité, le sentiment d’être compris et la possibilité de partager une activité comptent aussi. Une solitude durable est associée à des problèmes de santé mentale et physique, dont la dépression et les maladies cardiovasculaires. Ces associations ne prouvent pas, à elles seules, une cause directe.

Des activités en nature propices aux rencontres

Jardiner ou observer les oiseaux permet d’échanger sans devoir parler immédiatement de sa solitude. L’attention se porte sur une tâche commune. Les rendez-vous réguliers peuvent ensuite faciliter la familiarité et créer des occasions de reprendre contact.

Dans une présentation des travaux de RECETAS, la psychologue environnementale Louise Chawla évoque aussi l’apaisement procuré par la nature. Les sons, les odeurs et les paysages peuvent favoriser ce calme. Le souvenir d’un lieu agréable pourrait prolonger ce réconfort, même après la sortie. Cette piste reste une explication possible, distincte des effets mesurés par l’essai.

Une prescription sociale peut ouvrir la porte aux activités de proximité

La prescription sociale consiste à orienter une personne vers des ressources locales qui répondent à ses besoins. Un professionnel de santé peut proposer un jardin partagé, une marche accompagnée ou un club d’observation des oiseaux. L’objectif est de rendre ces possibilités accessibles, plutôt que de laisser chacun chercher seul une activité adaptée.

Le projet RECETAS, coordonné par Jill Litt, professeure de santé environnementale à l’université du Colorado à Boulder, a étudié ce modèle dans six villes. Des essais randomisés ont été conduits à Barcelone, Prague et Helsinki. Marseille, Cuenca et Melbourne ont accueilli des études quasi expérimentales, dont la méthode ne permet pas les mêmes conclusions.

L’essai RECETAS enregistré à Barcelone place les activités collectives et l’accès à la nature au cœur de l’intervention. Mais disposer d’un parc ne suffit pas à rendre une sortie possible. La proximité, la gratuité, les déplacements et l’adaptation aux capacités physiques comptent aussi. Une activité trop coûteuse ou difficile à rejoindre risque d’écarter les personnes auxquelles elle devrait profiter.

Cette démarche complète les soins habituels. Elle ne remplace pas une évaluation médicale lorsque la détresse persiste, ni une prise en charge psychologique lorsqu’elle est nécessaire. Les résultats obtenus à Barcelone soutiennent cette orientation, sans garantir un effet identique dans chaque ville. Les ressources disponibles, les habitudes locales et l’accompagnement proposé peuvent modifier l’expérience des participants.

À retenir

Les activités en nature, seules ou partagées, constituent une piste prometteuse pour atténuer la solitude. Les améliorations observées à Barcelone se prolongent jusqu’à un an, sans démontrer que chaque personne en bénéficiera autant.

L’enjeu est de mieux relier espaces verts, associations et professionnels de santé. Ces liens peuvent faciliter l’accès à des activités proches, gratuites ou abordables.

Chacun peut chercher une pratique compatible avec ses envies et ses moyens, sans considérer la nature comme un traitement suffisant.

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