La stigmatisation des personnes en surpoids nuit à la qualité des soins qu’ils reçoivent selon cette étude

Auteur: François Lehn

relu par Dr Muriel Dodin

Publié le :

La stigmatisation des personnes en surpoids nuit à la qualité des soins qu’ils reçoivent selon cette étude
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Consulter pour une fatigue persistante et repartir avec pour seul conseil de perdre du poids laisse la plainte initiale sans réponse. Promouvoir la santé exige une écoute clinique complète, sans faire de l’amaigrissement une condition préalable à des soins attentifs.

Pour les personnes de forte corpulence, les remarques sur le poids peuvent aussi s’ajouter à des obstacles matériels et à la crainte du jugement. Créer des soins inclusifs demande donc de revoir les pratiques professionnelles autant que les lieux d’accueil, en commençant par la place accordée à la perte de poids.

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Aller au-delà de la perte de poids pour créer des environnements de soins véritablement inclusifs

La stigmatisation liée au poids désigne les préjugés et les traitements injustes envers les personnes de forte corpulence. Elle comprend, par exemple, les suppositions concernant leur volonté ou leurs habitudes alimentaires. Les travaux du Rudd Center de l’Université du Connecticut documentent ces préjugés dans plusieurs domaines, dont les soins.

Lorsqu’une consultation ramène systématiquement les symptômes au poids, elle risque de restreindre l’évaluation clinique. Le motif de consultation mérite pourtant une investigation adaptée, que la personne souhaite ou non modifier son poids. La confiance repose notamment sur cette reconnaissance.

Une promotion de la santé centrée sur l’amaigrissement peut aussi faire peser une responsabilité excessive sur l’individu. Or, les possibilités de prendre soin de soi dépendent de conditions concrètes. Les revenus déterminent en partie l’accès à l’alimentation et au logement. Les transports, les horaires de travail et le coût des consultations influencent également le recours aux soins.

La promotion de la santé inclusive à l’égard des corpulences prend ces contraintes en compte. Elle soutient des objectifs pertinents pour la personne, comme mieux dormir ou retrouver une activité physique confortable, sans imposer une diminution du poids comme mesure unique de réussite.

Cette démarche n’exclut pas de parler du poids lorsqu’il présente un intérêt clinique. Elle demande d’en expliquer la pertinence, de recueillir l’accord de la personne et de discuter des options sans jugement. L’accès à une prise en charge complète reste indépendant du résultat sur la balance.

Comment la stigmatisation du poids nuit à la santé et éloigne des soins

Les expériences répétées de jugement sont associées au stress, aux conduites alimentaires perturbées et aux idées suicidaires. Une revue systématique sur les comportements alimentaires décrit des liens entre la stigmatisation du poids et des pensées ou comportements alimentaires problématiques.

Ces associations demandent une lecture rigoureuse. Elles ne permettent pas d’attribuer chaque difficulté psychologique à une seule cause, ni de prédire le parcours d’une personne. Elles justifient cependant de considérer le jugement lié au poids comme un risque à prévenir.

La peur d’un accueil humiliant peut aussi conduire à reporter une consultation, éviter une salle de sport ou renoncer à certaines activités. L’anticipation du jugement compte donc autant que les remarques explicites. Pour réduire ces obstacles, les établissements disposent de moyens concrets, dans leur communication comme dans leur organisation.

Employer des mots neutres et respectueux

Un vocabulaire respectueux commence par l’écoute des préférences individuelles. Certaines personnes utilisent le mot “gros” pour parler d’elles-mêmes ; d’autres préfèrent “de forte corpulence” ou ne souhaitent pas qualifier leur corps. Un terme accepté par une personne ne convient pas automatiquement à une autre.

Les mots “surpoids” et “obésité”, courants dans les classifications médicales, peuvent être vécus comme stigmatisants. Leur emploi doit répondre à un besoin précis, plutôt que devenir une manière habituelle de désigner le patient. Dans l’échange clinique, demander quels mots la personne préfère permet d’éviter des formulations blessantes.

Les établissements peuvent également revoir leurs affiches, formulaires et sites internet. Les messages associant minceur, mérite et bonne santé réduisent la diversité des situations à une norme corporelle. Une communication plus utile décrit les services proposés et les bénéfices recherchés, sans promesse de transformation physique.

Enfin, expliquer la raison d’une pesée et recueillir l’accord du patient préserve sa participation aux décisions. Si cette mesure suscite de l’anxiété, l’équipe peut discuter de sa nécessité et des modalités adaptées. La neutralité du langage doit accompagner un véritable respect du consentement.

Cette attention concerne aussi les échanges entre collègues et les dossiers médicaux. Une remarque dépréciative peut compromettre la confiance, même lorsqu’elle ne s’adresse pas directement au patient.

Montrer des corps de tailles diverses dans les campagnes

Les images de prévention contribuent à définir les personnes auxquelles un service semble s’adresser. Lorsque seuls des corps minces apparaissent dans les supports consacrés au mouvement, une partie du public peut difficilement s’y reconnaître.

La campagne australienne This Girl Can de VicHealth, menée dans l’État de Victoria entre 2018 et 2024, a soutenu la pratique d’activités physiques adaptées aux envies des femmes. Elle illustre l’intérêt de montrer des participantes de corpulences diverses en mouvement, plutôt que de présenter l’exercice comme une correction de l’apparence.

Dans les communications de santé, cette diversité doit concerner des personnes pleinement visibles, engagées dans des activités ordinaires. Les cadrages centrés uniquement sur le ventre ou sur une balance réduisent au contraire les individus à une caractéristique corporelle.

La représentation gagne aussi à éviter les récits “avant-après”. Une personne de forte corpulence peut figurer dans une campagne pour parler de plaisir de bouger, de prévention ou de participation sociale, sans récit d’amaigrissement. Toutefois, une image accueillante perd sa crédibilité si l’inscription au programme expose ensuite à des commentaires désobligeants.

Adapter les lieux, le mobilier et le matériel

L’inclusion se vérifie dès l’arrivée dans un établissement. Des sièges suffisamment larges et solides, dont certains sans accoudoirs, permettent de s’asseoir confortablement. Des passages dégagés facilitent également les déplacements et évitent de devoir solliciter une aide pour accéder à un espace commun.

Dans les salles de consultation, plusieurs tailles de brassards sont nécessaires pour mesurer correctement la pression artérielle. Un brassard trop petit peut surestimer la mesure. Les tables d’examen, les balances et les vêtements de soin doivent également convenir aux personnes accueillies, dans le respect des limites d’utilisation du matériel.

Les équipements adaptés doivent être disponibles sans demande exceptionnelle ni discussion publique sur le corps du patient. Les ranger dans une réserve éloignée peut prolonger l’attente et attirer inutilement l’attention. L’organisation pratique compte donc autant que l’achat.

Dans les clubs sportifs et les structures de loisirs, la même logique s’applique aux appareils, aux vestiaires et aux tenues proposées. Le matériel doit permettre une pratique sûre et confortable pour différentes corpulences.

Enfin, associer les usagers au choix du mobilier aide à repérer des obstacles que les équipes n’avaient pas identifiés. Leur participation complète l’examen des caractéristiques techniques ; elle ne le remplace pas.

S’appuyer sur les ressources et les données disponibles

Une revue de portée sur l’inclusion corporelle a cartographié les initiatives existantes. Elle recense 58 études et 27 initiatives dans les soins, l’éducation, le sport et les loisirs. Celles-ci comprennent des recommandations, des campagnes, des programmes et des stratégies locales.

Une revue de portée décrit l’étendue des connaissances disponibles. Elle ne démontre pas, à elle seule, l’efficacité de chaque intervention. Les évaluations rapportées suggèrent des bénéfices possibles concernant la satisfaction à l’égard de l’apparence et l’intention de pratiquer une activité physique. Ces résultats ne suffisent pas à établir des effets cliniques durables ou une participation accrue à long terme.

L’intention de bouger et la pratique effective sont deux résultats différents : évaluer uniquement la première ne démontre pas une amélioration durable de l’accès à l’activité physique.

Plusieurs ressources australiennes offrent néanmoins des points d’appui. Le guide Towards Size Inclusive Health Promotion, de Better Health Network, propose des recommandations pour une promotion de la santé plus inclusive.

Les Eating Disorder Safe Principles, de la National Eating Disorders Collaboration, encadrent la communication concernant la santé, l’alimentation et le corps. Le programme Body Blocks, de The Embrace Collective, figure aussi parmi les initiatives identifiées.

Ces outils peuvent guider une révision des pratiques. Ils ne remplacent toutefois ni les moyens matériels, ni la formation, ni l’évaluation locale. Leur utilisation exige aussi de tenir compte du public accueilli et du contexte institutionnel.

Financer, évaluer et inscrire l’inclusion dans la durée

Une affiche respectueuse ou une formation ponctuelle ne corrige pas l’ensemble des obstacles. Une réponse institutionnelle suppose de reconnaître la stigmatisation du poids comme un enjeu de santé publique, avec des responsabilités précises et des moyens identifiés.

Les budgets doivent couvrir le matériel adapté, mais aussi le temps nécessaire pour revoir les procédures et former les équipes. L’accueil administratif compte autant que la consultation : les échanges téléphoniques et les modalités d’inscription influencent déjà l’expérience du service.

Les politiques internes doivent préciser comment signaler un traitement dégradant et comment l’établissement y répond. Associer des personnes de différentes corpulences à leur élaboration permet d’intégrer des difficultés concrètes. Cette contribution mérite une place formelle, plutôt qu’une consultation symbolique sans suite.

L’évaluation doit ensuite porter sur des résultats cohérents avec les objectifs annoncés. Le sentiment de respect, la possibilité d’utiliser le matériel, le bien-être et la participation aux activités apportent des informations utiles. Les établissements peuvent aussi suivre les renoncements aux soins et les plaintes relatives à l’accueil.

Enfin, les décideurs doivent actualiser les politiques et financer les pratiques inclusives dans la durée. Une baisse du poids moyen ne permet pas, à elle seule, de conclure qu’un service est devenu plus accessible. Les indicateurs doivent rendre compte de l’expérience et de la santé des personnes accueillies.

Faire de l’accueil respectueux une exigence de soin

Améliorer la santé ne doit pas dépendre d’une injonction à maigrir lorsque l’on est en surpoids. Des soins inclusifs prennent les symptômes au sérieux et rendent les équipements accessibles, tout en respectant les choix des patients.

Les professionnels, les établissements et les décideurs ont chacun une responsabilité concrète dans cette démarche. Revoir les mots employés, adapter les espaces et financer ces changements permet de faire du respect de toutes les corpulencesune exigence quotidienne, indépendante de tout objectif de perte de poids.

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