Surveiller sa fréquence cardiaque : est-ce utile avant de se coucher ?

Auteur: Aline Legrand

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Surveiller sa fréquence cardiaque : est-ce utile avant de se coucher ?
Bryan Johnson, pionnier américain de la longévité, estime que sa fréquence cardiaque au repos avant de se coucher prédit la qualité de son sommeil. Les spécialistes ne sont pas nécessairement du même avis.

C’est une théorie séduisante mais la fréquence cardiaque est un facteur parmi d’autres d’un sommeil de qualité. Le stress, l’alcool, les repas tardifs et d’autres aspects du mode de vie peuvent l’augmenter tout comme le risque de mal dormir. Plutôt que surveiller sa fréquence cardiaque de manière obsessionnelle, les spécialistes recommandent de se concentrer sur des habitudes de coucher saines (horaire régulier, exercice physique et limitation des écrans et de l’alcool avant d’aller au lit).

À quoi sert réellement de surveiller sa fréquence cardiaque au repos ?

Le nombre de battements du cœur par minute en état de détente et d’immobilité est un excellent indicateur général de la santé cardiaque de base et de la condition physique.

La plupart des adultes en bonne santé ont une fréquence cardiaque au repos normale comprise entre 60 et 100 battements de cœur par minute, tandis que les athlètes très entraînés peuvent descendre jusqu’à 40.

La fréquence cardiaque change tout au long de la journée et d’un jour à l’autre. Elle est étroitement liée à d’autres facteurs, explique Luis F. Buenaver, directeur du programme de médecine comportementale du sommeil à Johns Hopkins. Le stress, la caféine, les médicaments, l’alcool et la maladie peuvent l’augmenter tandis que les techniques de relaxation l’abaisser.

Avant de se coucher, une fréquence cardiaque plus basse reflète généralement que le corps passe dans un état de relaxation plus propice au sommeil, mais être détendu n’est pas nécessairement synonyme de bien dormir.

Quel est le rapport entre la fréquence cardiaque au repos et  la qualité du sommeil ?

La fréquence cardiaque au repos avant de se coucher peut être une donnée utile, qui n’est pas nécessairement le meilleur ou le seul indicateur de la qualité du sommeil.

Une fréquence cardiaque élevée montre que le système nerveux est stimulé, ce qui peut rendre l’endormissement plus difficile mais un rythme cardiaque élevé ne signifie pas forcément mal dormir.

La fréquence cardiaque au repos s’apparente à une préparation physiologique du coucher, selon Henry Yaggi, directeur du programme de médecine du sommeil à Yale.

Bon nombre des éléments qui perturbent le sommeil (stress, consommation d’alcool ou des repas/collations tardifs) peuvent également l’augmenter. Une fréquence cardiaque élevée ne provoque pas nécessairement un mauvais sommeil, elle peut simplement refléter d’autres facteurs qui affectent les deux. Pour Luis F. Buenaver, si la fréquence cardiaque est élevée, la question à se poser est : pourquoi ?

D’autres mesures utiles avant le coucher incluent la variabilité de la fréquence cardiaque et la pression artérielle. Les spécialistes sont d’accord que les meilleurs prédicteurs du sommeil ne sont peut-être pas mesurables par un tracker des indicateurs de santé. Des éléments plus subjectifs (quantité d’exercice physique pratiqué pendant la journée, niveau de stress ou degré de relaxation avant de se coucher), peuvent être aussi valides pour prédire la qualité du sommeil.

Se sentir reposé le matin est également un bon signe de la qualité du sommeil, indépendamment de ce que la fréquence cardiaque prédisait avant le coucher, rappelle Henri Yaggi.

Faudrait-il surveiller sa fréquence cardiaque avant de se coucher ?

Pour avoir une idée de son niveau de relaxation, pourquoi pas, mais pour prédire la qualité du sommeil ce n’est pas valide.

Si la fréquence cardiaque est élevée avant d’aller au lit (et si l’on craint de passer une piètre nuit de sommeil à cause de cela), on risque d’empêcher involontairement un bon sommeil.

Les spécialistes affirment que l’anxiété liée au sommeil et une focalisation démesurée sur son contrôle et son optimisation deviennent de plus en plus courantes. Certains appellent orthosomnie la fixation maladive sur l’atteinte d’un sommeil « parfait », alimentée par les données des appareils connectés. Avec la popularité croissante de la technologie numérique, des patients arrivent en consultation très anxieux et incapables de s’endormir parce que leur tracker indique qu’ils ne le pourront pas, témoigne Henry Yaggi.

Au lieu de compter sur des mesures chiffrées, il est recommandé de privilégier une bonne hygiène de sommeil : éviter les écrans avant le coucher, maintenir un horaire de sommeil régulier, faire de l’exercice fréquemment et limiter la nourriture et l’alcool à l’approche de l’heure d’aller au lit.

Si jeter un coup d’œil à la fréquence cardiaque avant le coucher est nécessaire, la considérer plutôt comme un indicateur de détente, nuance Luis F. Buenaver : si elle est élevée, c’est le signal de faire quelques exercices de relaxation avant de d’aller au lit.

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