Santé mentale des ados : les conflits avec le père ralentissent les recours aux soins

Auteur: François Lehn

relu par Dr Muriel Dodin

Publié le :

Santé mentale des ados : les conflits avec le père ralentissent les recours aux soins
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Les adolescents qui rapportent davantage de conflits avec leur père recourent moins souvent aux soins de santé mentale spécialisés. C’est le constat d’une étude norvégienne publiée en 2026, qui révèle une association, sans démontrer de lien causal.

Ce résultat invite à examiner la place des relations familiales dans la recherche d’aide, sans les isoler des besoins médicaux.

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Les conflits avec les pères peuvent freiner le recours aux soins de santé mentale

Les travaux de Mina Moeineslam et de ses collègues portent sur l’utilisation des services spécialisés. Ils ne mesurent donc pas toutes les formes de soutien auxquelles un adolescent peut avoir accès.

Ce que l’étude norvégienne a observé chez 822 adolescents

Publiée dans European Child & Adolescent Psychiatry, cette étude longitudinale norvégienne s’appuie sur la Trondheim Early Secure Study, ou TESS. Les chercheurs ont suivi 822 jeunes, entre 12 et 18 ans, lors de quatre enquêtes.

Ils ont examiné la proximité ressentie avec la mère, le père et le meilleur ami, ainsi que les conflits dans ces relations. Le suivi permet d’étudier les liens entre ces expériences et le recours ultérieur aux services. Il ne suffit cependant pas à établir qu’une relation familiale détermine le parcours de soins.

Le conflit avec le père ressort, contrairement à la proximité

Les conflits avec le père étaient associés à un moindre recours aux soins spécialisés. Ce lien persistait après la prise en compte des symptômes, des difficultés quotidiennes, du besoin perçu d’aide et des consultations antérieures.

Les analyses intégraient aussi d’autres facteurs, dont la santé mentale des parents et les événements de vie stressants. La proximité avec le père ne présentait pas la même association. Les relations avec la mère et le meilleur ami non plus.

Ces résultats distinguent donc conflit et proximité affective. Ils ne permettent pas d’affirmer que l’ensemble des relations familiales influence de manière identique l’accès aux soins.

Pourquoi une relation tendue peut compliquer la recherche d’aide

Comment comprendre ce lien ? Dans la présentation des résultats par la NTNU, les chercheurs avancent plusieurs explications possibles. Ces hypothèses concernent surtout les premières étapes de la demande d’aide.

Les parents et les amis peuvent aider avant les soins spécialisés

Lorsqu’ils rencontrent des difficultés psychologiques, les jeunes peuvent d’abord se confier à leurs parents ou à leurs amis. Ils recherchent alors une écoute, du réconfort ou une aide pour comprendre ce qu’ils ressentent.

Une relation tendue peut rendre cette confidence plus difficile. L’adolescent peut hésiter à évoquer son mal-être, par crainte d’un désaccord ou d’une réaction négative. Ce mécanisme reste une hypothèse dans cette étude : les chercheurs ne démontrent pas que les conflits empêchent systématiquement de parler. Un autre proche peut aussi offrir un espace de confiance.

Les désaccords peuvent modifier la perception du besoin d’aide

Les tensions peuvent également influencer la manière dont un parent interprète les difficultés de son enfant. Reconnaître une souffrance psychologique et estimer qu’une consultation est nécessaire sont deux étapes distinctes.

L’adolescent et son père peuvent ne pas partager la même appréciation de la situation. Un désaccord pourrait alors compliquer le soutien à la démarche de soins, sans suffire à l’expliquer. L’étude ne permet pas de déterminer quel mécanisme intervient, ni dans quel sens les difficultés relationnelles et psychologiques s’influencent. Elle ne justifie pas non plus d’attribuer aux pères une responsabilité générale dans l’absence de consultation.

Comment faciliter l’accès des jeunes à un soutien psychologique

Les relations avec les proches comptent, mais elles ne résument pas le parcours de soins. La gravité des symptômes, leurs conséquences quotidiennes et les critères cliniques interviennent aussi dans l’accès aux services spécialisés.

Écouter et accompagner sans remplacer les soignants

Une écoute sans jugement peut aider un adolescent à exprimer ses difficultés. Prendre son ressenti au sérieux ne suppose pas de poser un diagnostic, ni d’avoir immédiatement une solution.

Un retrait durable, une détresse persistante ou des difficultés qui perturbent la vie quotidienne méritent une attention. L’Organisation mondiale de la santé rappelle l’importance de repérer et de prendre en charge les problèmes de santé mentale à l’adolescence. Selon la situation, un proche peut proposer son aide pour contacter un professionnel.

Le soutien familial ou amical reste complémentaire aux soins. Il peut parfois atténuer les difficultés, mais il ne remplace pas une évaluation lorsqu’elle est nécessaire.

Ce que les résultats ne permettent pas encore de conclure

Le suivi dans le temps renforce l’intérêt de cette observation, sans transformer l’association en preuve de causalité. D’autres éléments peuvent intervenir dans le recours aux soins, même après les ajustements statistiques.

L’absence d’association avec la mère ou le meilleur ami ne signifie pas que ces relations sont sans importance. Elles peuvent compter au moment de se confier ou de recevoir un soutien affectif, avant toute orientation spécialisée.

Lars Wichstrøm, responsable de TESS, appelle à poursuivre les recherches pour mieux comprendre ces liens. Les résultats obtenus dans cette cohorte norvégienne ne permettent pas non plus de présumer une situation identique dans tous les systèmes de santé.

En quelques mots

Les conflits avec le père sont associés à un moindre recours aux services spécialisés en santé mentale, sans en expliquer à eux seuls l’utilisation. Leur rôle doit être compris avec les besoins cliniques et les autres conditions d’accès à l’aide.

Une écoute attentive peut faciliter l’expression du mal-être. Lorsque les difficultés le nécessitent, aider le jeune à rencontrer un professionnel reste une démarche utile, même si les tensions familiales ne sont pas résolues.

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