Montrer le sommaire Cacher le sommaire
Une étude américaine associe le TDAH à un risque accru de troubles cognitifs après cinquante ans, sans démontrer qu’il les provoque.
Ces résultats sur le TDAH et démence appellent une lecture prudente : une association statistique ne prédit pas l’avenir d’une personne. Pour comprendre leur portée, il faut distinguer les difficultés cognitives observées, les hypothèses biologiques et les mesures utiles au quotidien.
Douleurs chez les femmes : onze zones plus fréquemment touchées
Odorat : votre alimentation influe sur la qualité de votre sens olfactif
Le TDAH est-il un facteur de risque de démence ?
Des chercheurs américains ont analysé les données de santé et les données génétiques de 187 341 adultes âgés de cinquante ans ou plus. Parmi eux, 3 026 avaient un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou TDAH.
Leur étude publiée dans JAMA Psychiatry retrouve une association avec les troubles cognitifs survenant à un âge avancé. Elle apporte un élément supplémentaire à un domaine de recherche encore incomplet.
Ce que l’étude a observé chez les adultes de 50 ans et plus
Au cours du suivi, 6,7 % des participants avec un TDAH ont développé des troubles cognitifs. Cette proportion était de 3,4 % chez les participants sans TDAH. La majorité des personnes concernées par ce trouble n’a donc pas présenté cette évolution pendant la période étudiée.
Après prise en compte de facteurs comme l’âge, le sexe et les maladies associées, le risque observé était plus de quatre fois supérieur. Ce résultat ajusté et les proportions brutes correspondent à deux lectures statistiques différentes. On ne retrouve pas directement le premier en divisant les deux pourcentages.
Autre distinction importante : un trouble cognitif ne signifie pas nécessairement une démence. Il peut toucher la mémoire, l’attention, le langage ou la capacité à organiser une tâche. Sa gravité et ses conséquences sur la vie quotidienne varient.
Un trouble cognitif léger peut laisser une autonomie largement préservée. La démence correspond à une altération plus importante, qui compromet cette autonomie. Certaines personnes présentant des difficultés cognitives évolueront vers une démence, mais cette progression n’est pas systématique.
Ces résultats concernent donc un ensemble de difficultés plus large que la seule maladie d’Alzheimer. Ils ne permettent pas d’affirmer que le TDAH entraîne une maladie neurodégénérative précise.
Le risque génétique lié au TDAH apporte un autre indice
Les chercheurs ont aussi examiné un score génétique de prédisposition au TDAH. Ce score regroupe l’effet statistique de nombreuses variations génétiques. Il ne constitue ni un diagnostic ni une mesure directe des symptômes d’une personne.
Les participants ayant le score le plus élevé présentaient des chances statistiques de démence supérieures de 35 % à celles du groupe ayant le score le plus faible. Ce résultat génétique renforce l’intérêt scientifique de l’association.
Il faut cependant lire ce chiffre correctement. Il ne signifie pas que ces personnes avaient une probabilité de 35 % de développer une démence. Il ne correspond pas non plus à une augmentation de trente-cinq points de pourcentage. Il exprime une différence relative entre deux groupes.
Dans sa présentation des résultats de recherche, l’université de Pittsburgh souligne le lien observé entre TDAH et déclin cognitif. Le rôle exact des gènes reste à préciser.
Une prédisposition génétique peut agir par plusieurs voies, parfois communes à différents troubles. Le score ne permet donc pas de séparer complètement l’effet du TDAH de celui d’autres caractéristiques biologiques ou médicales. Il n’offre pas davantage une prédiction individuelle fiable.
Pourquoi le TDAH pourrait-il influencer la santé cognitive ?
Les mécanismes restent incertains. Le TDAH peut s’accompagner de difficultés de sommeil, de régulation émotionnelle ou d’organisation quotidienne. Ces dimensions peuvent interagir avec la santé physique et les conditions de vie pendant plusieurs décennies.
L’étude américaine ne permet pas de déterminer quelle part revient à chaque facteur, ni d’établir une cause unique.
Sommeil, santé physique et réserve cognitive pourraient compter
Douglas Teixeira Leffa, médecin et chercheur associé à ces travaux, évoque plusieurs processus susceptibles de se combiner. Les troubles du sommeil, le stress chronique, l’inactivité physique et la consommation de substances font partie des pistes examinées.
La santé cardiovasculaire et métabolique pourrait aussi intervenir. L’hypertension, le diabète ou d’autres problèmes médicaux peuvent peser sur le fonctionnement cérébral. Leur présence doit être considérée séparément du diagnostic de TDAH, même lorsque plusieurs difficultés coexistent.
Une autre hypothèse concerne la réserve cognitive, c’est-à-dire la capacité à maintenir ses performances malgré certaines modifications cérébrales. Une compensation moins efficace pourrait rendre des difficultés visibles plus tôt. Cette possibilité ne signifie pas que les personnes ayant un TDAH possèdent une intelligence moindre.
La dépression et l’anxiété peuvent également affecter l’attention, la mémoire et le sommeil. Une synthèse scientifique sur le TDAH adulte souligne l’importance des facteurs psychiatriques partagés dans l’interprétation du risque.
Les ajustements statistiques réduisent l’influence de certains facteurs connus. Ils ne suppriment pas toutes les explications possibles. La qualité du sommeil, l’histoire médicale ou les conditions sociales ne sont pas toujours décrites avec la même précision dans les données de santé.
TDAH et démence : ce que les marqueurs biologiques ne disent pas
Des travaux suisses publiés en 2025 ont exploré une autre piste. Des chercheurs des Hôpitaux universitaires de Genève et de l’Université de Genève ont étudié trente-deux adultes ayant un TDAH, âgés de vingt-cinq à quarante-cinq ans, et vingt-neuf adultes témoins.
Ils ont utilisé une technique d’IRM pour examiner la répartition du fer dans le cerveau. Ils ont aussi mesuré dans le sang les neurofilaments à chaîne légère, ou NfL. Ces protéines peuvent signaler une atteinte des cellules nerveuses, sans en préciser seules la cause.
Les chercheurs ont observé des différences de répartition du fer dans certaines régions cérébrales et des concentrations sanguines de NfL plus élevées. Ces observations justifient des recherches supplémentaires, mais leur portée reste limitée.
L’étude concernait un petit groupe d’adultes jeunes. Elle ne démontre pas que ces participants développeront une démence, ni que les différences observées expliquent l’association retrouvée chez les personnes plus âgées.
Un biomarqueur n’est donc pas un verdict. Pour comprendre sa signification, il faut suivre son évolution et la comparer aux changements cognitifs réels. Un dosage sanguin isolé ou une image cérébrale ne suffit pas à établir le mécanisme d’une future démence.
Que faire pour protéger sa santé cérébrale en vieillissant ?
Ces résultats ne justifient ni l’alarmisme ni une modification automatique du traitement. La plupart des participants ayant un TDAH n’ont pas développé de troubles cognitifs pendant le suivi.
À ce jour, aucun traitement du TDAH n’a démontré qu’il prévient la démence. La prise en charge garde son intérêt pour les symptômes, le fonctionnement quotidien et les troubles associés.
Repérer les changements nouveaux sans les confondre avec le TDAH
Une attention fluctuante peut gêner l’enregistrement d’une information. La personne a alors l’impression d’oublier, alors que l’information n’a pas été correctement mémorisée au départ. Ce type de difficulté peut exister depuis longtemps chez un adulte ayant un TDAH.
Le repère utile est le changement par rapport au fonctionnement habituel. Une difficulté nouvelle, plus fréquente ou plus gênante mérite une discussion avec un professionnel de santé. Elle ne doit pas être attribuée automatiquement à un diagnostic ancien.
Une désorientation inhabituelle, des problèmes nouveaux pour gérer les tâches courantes ou une dégradation remarquée par l’entourage appellent aussi une évaluation. Ces signes ne prouvent pas une démence. Ils permettent d’orienter l’examen clinique.
Le médecin peut rechercher plusieurs explications, dont un sommeil insuffisant, un épisode dépressif, une affection médicale ou les effets de certains médicaments. L’histoire des symptômes aide à distinguer les difficultés anciennes d’une évolution récente.
L’objectif est d’identifier un problème pouvant bénéficier d’une prise en charge, sans interpréter chaque oubli comme un signe de maladie. Le National Institute on Aging rappelle que la santé cognitive dépend aussi de la santé générale, des traitements et des habitudes quotidiennes.
Les habitudes favorables au cerveau et les prochaines études
Les conseils destinés aux adultes ayant un TDAH rejoignent ceux de la population générale. Une activité physique régulière, adaptée à l’état de santé, contribue au bon fonctionnement cardiovasculaire. Un sommeil de qualité mérite aussi une attention particulière lorsque les nuits sont courtes ou perturbées.
La prise en charge de l’hypertension, du diabète et des autres risques métaboliques fait partie du suivi médical. Éviter le tabac et les consommations nocives de substances reste également utile. Ces mesures répondent à des risques connus, indépendamment du lien encore incertain avec le TDAH.
Les relations sociales et les activités intellectuelles ont aussi leur place. Lire, apprendre ou participer à une activité collective entretient l’engagement quotidien. Aucune activité isolée ne garantit cependant une protection contre la démence.
Dans ses repères sur la prévention d’Alzheimer, le National Institute on Aging distingue les pistes encourageantes des interventions dont l’efficacité reste à démontrer. Cette prudence s’applique aussi aux traitements du TDAH.
Les prochaines études devront suivre des personnes bien caractérisées pendant plusieurs décennies, avec des évaluations cognitives répétées. Elles devront documenter les traitements, la sévérité des symptômes, les maladies associées et les habitudes de vie.
Douglas Teixeira Leffa souligne l’intérêt d’associer ces informations aux données génétiques et aux biomarqueurs. Ces suivis pourraient aider à comprendre les différences entre les personnes et à repérer les besoins de soutien plus tôt, sans provoquer d’inquiétude inutile.
À retenir
Le lien statistique entre TDAH et démence mérite d’être étudié, mais il ne permet pas de prévoir le devenir d’une personne. Les résultats disponibles ne prouvent pas que le TDAH provoque une maladie neurodégénérative.
Le repère reste un suivi médical adapté, attentif aux changements nouveaux et à la santé générale. Des recherches de longue durée devront préciser le rôle respectif des symptômes, des gènes, des traitements et des conditions de vie.
PRESSE SANTÉ s'efforce de transmettre la connaissance santé dans un langage accessible à tous. En AUCUN CAS, les informations données ne peuvent remplacer l'avis d'un professionnel de santé.