Sénior: les tests cognitifs peuvent révéler un risque d’AVC

Auteur: François Lehn

relu par Dr Muriel Dodin

Publié le :

Sénior: les tests cognitifs peuvent révéler un risque d’AVC
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Une étude récente associe des résultats cognitifs plus faibles dans la soixantaine à un risque d’AVC plus élevé.

Ce lien mérite attention, mais un score isolé ne permet pas de prévoir un accident vasculaire cérébral. Pour comprendre ces résultats sans s’alarmer, il faut distinguer association statistique et prédiction individuelle.

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Un score cognitif plus faible dans la soixantaine peut signaler un risque d’AVC

Une étude observationnelle publiée dans le JAHA a suivi quatre mille neuf cent douze personnes. Parmi elles, trois mille quatre-vingt-quatorze avaient entre soixante et soixante-neuf ans. Aucune n’avait d’antécédent connu de démence, d’AVC ou d’accident ischémique transitoire au départ. Après douze virgule trois ans de suivi moyen, cinq cent soixante-douze personnes avaient subi un AVC.

Dans la soixantaine, les scores faibles étaient associés à un risque accru de quatre-vingt-six pour cent pour les capacités générales de réflexion. L’augmentation atteignait soixante-huit pour cent pour la mémoire épisodique et soixante-six pour cent pour la vitesse de traitement. Ces hausses sont relatives : elles ne correspondent pas à la probabilité individuelle de subir un AVC.

La mémoire et la vitesse de réflexion ressortent davantage

La mémoire épisodique permet de se rappeler des événements vécus. La vitesse de traitement correspond à la rapidité avec laquelle le cerveau analyse une information. Ces fonctions mobilisent plusieurs réseaux cérébraux, sensibles aux lésions des petits vaisseaux.

La fluidité verbale, c’est-à-dire la facilité à produire des mots, ne montrait pas la même association. Certains aspects des fonctions exécutives, qui permettent d’organiser et de contrôler les actions, ne la montraient pas non plus.

Le lien observé n’était pas le même après soixante-dix ans

Chez les personnes plus âgées, l’association n’était plus statistiquement significative après prise en compte de facteurs médicaux et comportementaux. Cela ne signifie pas que leur risque d’AVC disparaît.

Avec l’âge, les difficultés cognitives peuvent avoir plusieurs origines. Un résultat moins bon peut alors renseigner moins directement sur l’état des vaisseaux cérébraux. Cette explication reste à vérifier.

Des AVC silencieux pourraient expliquer une partie de cette association

Un AVC silencieux ne provoque pas de symptômes immédiatement reconnaissables. Il peut pourtant laisser une lésion cérébrale. Des atteintes répétées des petits vaisseaux pourraient également perturber les réseaux nécessaires à la mémoire et au traitement des informations. Une fragilité vasculaire préexistante expliquerait alors une partie du lien observé.

Le chirurgien vasculaire Christopher Yi, juge cette hypothèse plausible. Des lésions sans manifestations évidentes pourraient affecter les capacités cognitives et témoigner d’une maladie vasculaire sous-jacente. Celle-ci pourrait aussi augmenter le risque d’un AVC ultérieur présentant des symptômes.

L’étude n’a toutefois pas utilisé l’imagerie par résonance magnétique pour confirmer ce mécanisme. Elle ne permet donc pas de savoir si les participants concernés avaient déjà des lésions silencieuses. Des recherches associant tests cognitifs, imagerie et suivi prolongé devront examiner cette piste.

Un score faible ne suffit pas à évaluer votre risque d’AVC

Les résultats ne prouvent pas qu’une baisse des capacités cognitives provoque un AVC. Une maladie vasculaire commune pourrait contribuer aux deux phénomènes. L’association persistait chez les sexagénaires après plusieurs ajustements, mais ceux-ci ne suppriment pas toutes les explications possibles. Un test peut aussi être influencé par la fatigue, les conditions de passation ou le niveau d’éducation.

Les facteurs vasculaires restent essentiels à surveiller

L’hypertension, le diabète, le tabac, l’excès d’alcool et le manque d’activité physique demeurent des facteurs de risque reconnus. Le cholestérol et la fibrillation auriculaire doivent également être pris en compte. Cette dernière est un trouble du rythme cardiaque qui peut favoriser la formation de caillots.

Plusieurs de ces facteurs endommagent aussi les vaisseaux alimentant le cerveau et peuvent affecter les fonctions cognitives. Leur recherche reste donc centrale, même lorsque la mémoire semble préservée. Un bon résultat cognitif ne permet pas d’écarter un risque vasculaire.

Les tests doivent encore démontrer leur utilité clinique

Le neurologue Derk Wolfgang Krieger estime prématuré d’intégrer les tests cognitifs au dépistage courant du risque d’AVC. Les résultats doivent être reproduits dans d’autres populations. Il faut aussi montrer que ces tests apportent une information supplémentaire aux évaluations vasculaires existantes.

Une autre question compte : une décision médicale fondée sur ces scores améliore-t-elle la santé des patients ? L’étude ne répond pas à cette question. Une association intéressante pour la recherche ne suffit pas à établir l’utilité d’un dépistage systématique.

Protéger sa santé vasculaire aide aussi le cerveau

La prévention repose d’abord sur les facteurs modifiables. L’American Stroke Association rappelle l’importance des facteurs de risque accessibles à la prévention, dont l’hypertension, le tabagisme et l’inactivité physique. Faire contrôler sa tension, sa glycémie et son cholestérol permet d’identifier des anomalies parfois sans symptômes. Leur suivi se décide avec un professionnel de santé.

Bouger régulièrement, selon ses capacités, éviter le tabac et limiter l’alcool constituent des mesures générales utiles. En présence d’un diabète ou d’une fibrillation auriculaire, le suivi et les traitements prescrits gardent toute leur importance. L’objectif est de réduire le risque vasculaire connu, sans attendre un résultat cognitif préoccupant.

Si votre mémoire change ou si certaines tâches deviennent plus difficiles, parlez-en à un professionnel de santé. Il pourra examiner l’évolution, les médicaments et les autres causes possibles. Un test isolé n’est pas un diagnostic.

À retenir

La santé cérébrale et la santé vasculaire sont étroitement liées. Un score cognitif faible dans la soixantaine peut être un signal à examiner, mais ne prédit pas seul un AVC.

La priorité reste la prévention des facteurs de risque connus. Les futures études devront confirmer l’association et déterminer si les tests cognitifs améliorent réellement l’évaluation et la prise en charge.

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