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Obésité et maladies infectieuses: pourquoi un décès sur dix serait lié au surpoids et à l’obésité

L’obésité ne pèse pas seulement sur le cœur ou la glycémie, elle peut aussi aggraver l’issue d’une maladie infectieuse

Quand on pense à l’obésité, on pense souvent au cœur et au diabète. On pense moins aux infections, comme la grippe, la Covid-19 ou une pneumonie. Pourtant, les données récentes pointent un lien net entre excès de poids et formes graves.

En 2023, des chercheurs ont estimé qu’environ 0,6 million de décès par maladies infectieuses, sur 5,4 millions au total, étaient liés à l’obésité. Cela représente 10,8%, soit près d’un décès sur dix. Ce chiffre ne dit pas que l’obésité “cause” toutes ces infections. Il suggère qu’elle peut peser lourd sur l’issue, quand l’infection frappe.

Que montre l’étude, et comment l’expliquer sans jargon ? Et surtout, que pouvez-vous faire, dès maintenant, pour réduire le risque (vaccins, suivi, perte de poids) sans tomber dans la culpabilité ?

Ce que dit la grande étude, en mots simples

L’analyse la plus commentée a été publiée dans The Lancet en 2026. Elle s’appuie sur de grandes cohortes au Royaume-Uni et en Finlande, avec plus de 540.000 adultes. Les participants ont été suivis longtemps, en moyenne 13 à 14 ans, après une mesure de leur corpulence au départ.

Les chercheurs n’ont pas seulement regardé l’IMC. Quand les données le permettaient, ils ont aussi utilisé le tour de taille, ou le ratio taille sur hauteur. L’idée est simple, l’excès de graisse abdominale compte aussi, pas seulement le chiffre sur la balance.

Le critère principal était clair, une infection “sévère”, définie comme une hospitalisation ou un décès liés à une maladie infectieuse. Pour élargir la vue, l’équipe a aussi produit des estimations mondiales à partir de la base Global Burden of Disease (GBD).

Un risque plus élevé d’hospitalisation ou de décès, surtout quand l’IMC monte

Le résultat central tient en une phrase, plus l’IMC augmente, plus le risque de forme grave monte. Les adultes avec une obésité (IMC à partir de 30) avaient environ 70% de risque en plus d’être hospitalisés ou de mourir d’une infection, par rapport à un IMC dit “sain” (18,5 à 24,9).

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Quand l’IMC atteignait 40 ou plus, le risque grimpait encore, autour de trois fois celui observé chez les personnes de poids “sain”. Le point important, c’est la progression. On n’observe pas un seuil magique, mais une pente régulière.

Ce type de résultat parle à beaucoup de cliniciens. Une infection, c’est un feu. Un corps en bonne forme l’éteint vite. Un corps déjà sous tension peut manquer d’air, et le feu prend plus.

Quels pays semblent les plus touchés, et pourquoi ces chiffres restent des estimations

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L’estimation mondiale pour 2023 évoque 10,8% des décès infectieux liés à l’obésité. Certains pays ressortent plus haut. Les chercheurs estiment qu’au Royaume-Uni, environ 17% des décès liés aux infections pourraient être attribuables à l’obésité, soit près d’un sur six. Aux États-Unis, l’estimation monte à 26%, soit environ un sur quatre.

Ces chiffres restent des modèles, pas des comptes exacts. Une co-autrice, la Dre Sara Ahmadi-Abhari (Imperial College London), rappelle un point simple, les données GBD sur l’obésité et les décès par infection peuvent être moins fiables dans les pays à faibles moyens. Quand les registres sont incomplets, l’incertitude augmente. Il faut lire ces résultats comme un ordre de grandeur, utile pour guider la santé publique.

Pourquoi l’obésité peut aggraver une infection

L’étude observe un lien solide, mais ne “prouve” pas une cause unique. En santé, c’est fréquent. Plusieurs routes peuvent mener au même résultat.

Les travaux antérieurs cités par les auteurs suggèrent trois pistes. D’abord, une réponse immunitaire moins bien réglée. Ensuite, une inflammation de fond, qui fatigue l’organisme. Enfin, des troubles du métabolisme, qui modifient l’énergie disponible pour se défendre.

On peut imaginer le système immunitaire comme une équipe de pompiers. S’il est déjà mobilisé sur des petites alertes internes (inflammation chronique), il reste moins de force quand un vrai incendie arrive. Cela ne veut pas dire que tout le monde tombe malade plus souvent. Cela peut vouloir dire que, quand on tombe malade, la pente est plus raide.

On ne tombe pas toujours plus malade, mais on récupère plus difficilement

Dans ce travail, la gravité est mesurée par l’hôpital ou le décès. C’est concret. Une infection “sévère”, c’est une respiration qui se dégrade, une fièvre qui dure, une déshydratation, ou des complications qui imposent une surveillance.

Beaucoup de personnes avec obésité vivent sans infections répétées. Le message n’est pas “vous allez tout attraper”. Le message est plutôt, si une infection sérieuse survient, le corps peut avoir plus de mal à tenir la distance.

Ce n’est pas seulement à cause du diabète ou des maladies du cœur

On pourrait penser que le risque vient surtout du diabète, ou d’une maladie cardiaque associée. Or, les chercheurs rapportent que le lien entre obésité et infections sévères persistait aussi chez des personnes sans syndrome métabolique, sans diabète, et sans maladie du cœur.

Ils indiquent aussi que l’association ne s’explique pas entièrement par des facteurs de mode de vie, comme l’activité physique, même si celle-ci reste importante pour la santé globale. En pratique, plusieurs éléments se cumulent, sommeil de mauvaise qualité, essoufflement, inflammation, ou accès plus tardif aux soins. L’obésité n’est pas “un seul problème”, c’est souvent un faisceau de contraintes.

Quelles infections sont concernées, et lesquelles le sont moins

L’ampleur du travail impressionne par son périmètre. Les auteurs ont analysé 925 maladies infectieuses, incluant infections bactériennes, virales, parasitaires et fongiques. Ils ont aussi fait un zoom sur des infections fréquentes, pour parler un langage proche du terrain.

Le constat général est cohérent, l’obésité s’associe à plus de formes graves pour de nombreuses infections du quotidien. Cela rejoint ce que beaucoup ont vu pendant la pandémie de Covid-19, mais l’étude élargit au-delà.

Des risques plus élevés pour la grippe, la Covid-19, la pneumonie et des infections courantes

Dans les infections examinées de près, on retrouve la grippe, la Covid-19, la pneumonie, la gastroentérite, les infections urinaires, et les infections des voies respiratoires basses. Pour la plupart, l’obésité est associée à plus d’hospitalisations et à plus de décès que chez les personnes de poids “sain”.

Cela ne veut pas dire que chaque rhume finit mal. Cela veut dire qu’au niveau d’une population, la probabilité de basculer vers une forme grave est plus élevée. Et quand l’obésité devient plus fréquente, ce sur-risque se voit dans les chiffres des hôpitaux.

HIV et tuberculose, un lien moins clair dans cette étude

Un résultat attire l’attention, l’obésité ne semblait pas augmenter le risque de formes graves du VIH ou de la tuberculose dans leurs analyses. Ce point rappelle une idée simple, chaque infection a ses propres mécanismes, et ses propres facteurs de risque.

Pour ces maladies, le dépistage, l’accès aux traitements, et le suivi médical restent les leviers majeurs. L’obésité peut compliquer la santé, mais elle ne résume pas le risque infectieux.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant pour réduire le risque

On peut agir sans viser la perfection. Le bon réflexe, c’est de réduire les chances de forme grave, surtout avant l’hiver et les vagues de virus. Pour une personne avec obésité, les gestes “banals” comptent plus, car le point de départ est moins favorable.

Le premier levier est la vaccination, quand elle est recommandée. La grippe et la Covid-19 restent au premier plan, car elles touchent beaucoup de monde. Le pneumocoque peut aussi être proposé selon l’âge, l’état de santé, et l’avis médical. Un médecin, ou même une pharmacie, peut aider à faire le point sur les rappels.

Le second levier, c’est la perte de poids, même modeste. Dans cette étude, les personnes avec obésité qui perdaient du poids avaient environ 20% de risque en moins de formes graves que celles qui restaient obèses. Ce n’est pas une promesse au cas par cas. C’est un signal populationnel, qui suggère un bénéfice possible.

Dans la vraie vie, “perdre du poids” ne se résume pas à “manger moins”. Un suivi peut aider, surtout si le sommeil est court, si le stress est fort, ou si le budget limite l’accès à des aliments simples et sains. Bouger un peu plus, mieux répartir les repas, et traiter un trouble du sommeil peuvent déjà changer le terrain.

A retenir

L’obésité ne pèse pas seulement sur le cœur ou la glycémie, elle peut aussi aggraver l’issue d’une infection. Les estimations mondiales suggèrent qu’en 2023, près d’un décès infectieux sur dix était lié à l’obésité, avec des niveaux plus élevés au Royaume-Uni et aux États-Unis. Le risque de forme grave augmente avec l’IMC, et il existe des gestes utiles, vaccins à jour, suivi médical, et perte de poids même modeste. Si vous avez des facteurs de risque, parlez-en à un professionnel de santé avant la prochaine saison virale.

 

 

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