Nutrition : le surpoids ne dit pas tout du risque de décès prématuré

Auteur: François Lehn

relu par Dr Muriel Dodin

Publié le :

Nutrition : le surpoids ne dit pas tout du risque de décès prématuré
Le surpoidsn'exclut pas un risque nutritionnel. Dans cette cohorte, trois indices étaient associés à une mortalité plus élevée, même après plusieurs ajustements.
Montrer le sommaire Cacher le sommaire

Un poids élevé peut coexister avec un état nutritionnel défavorable, parfois invisible sur la balance. Une étude menée à Leipzig associe certains scores nutritionnels à une mortalité plus élevée, sans démontrer que la malnutrition provoque ces décès.

Ces résultats invitent à regarder au-delà du poids, tout en distinguant un indicateur de risque d’un diagnostic individuel.

Régime riche en protéines : quels risques pour les reins ?
Fatigue persistante : le manque de ces deux nutriments serait en cause

Les scores nutritionnels révèlent ce que l’IMC ne dit pas

L’indice de masse corporelle (IMC) rapporte le poids à la taille. Il permet de situer une corpulence, mais décrit mal les réserves musculaires et les marqueurs biologiques liés à la nutrition. Deux personnes de corpulence comparable peuvent donc présenter des profils nutritionnels différents.

Quatre outils étudiés chez plus de 8 000 adultes

L’analyse publiée dans Nutrients porte sur 8 398 habitants de Leipzig, en Allemagne. Ils appartiennent à la cohorte LIFE-Adult, consacrée à l’étude des maladies et de leurs déterminants dans la population générale. Le suivi médian atteignait environ 7,5 ans. Pendant cette période, 444 décès, toutes causes confondues, ont été recensés.

Les chercheurs ont comparé quatre indices. Le PNI combine l’albumine sanguine et les lymphocytes, des cellules immunitaires. Le CONUT ajoute le cholestérol à ces paramètres. Le NRI associe l’albumine à des données pondérales. Enfin, le TCBI repose sur les triglycérides, le cholestérol et le poids. Ces mesures renseignent sur différents aspects de l’état nutritionnel, sans mesurer directement les repas consommés.

Le risque nutritionnel existait aussi en cas de surpoids

L’IMC moyen était de 27,5 kg/m². Environ deux participants sur trois étaient en surpoids ou obèses, contre seulement 1 % en insuffisance pondérale. Pourtant, l’IMC ne différait pas significativement entre les groupes définis par le PNI.

Cette proximité des corpulences montre pourquoi le poids seul ne suffit pas. Une masse corporelle importante ne garantit pas un état nutritionnel satisfaisant. Elle peut masquer des différences biologiques que les indices étudiés permettent de repérer, sans établir à eux seuls une dénutrition.

PNI, NRI et CONUT étaient associés à davantage de décès

Les chercheurs ont examiné les liens entre les scores initiaux et les décès survenus pendant le suivi. Leurs modèles statistiques tenaient compte de facteurs démographiques, sociaux, comportementaux et médicaux. L’objectif était de limiter l’influence de caractéristiques pouvant expliquer une partie des différences observées.

Les scores les plus défavorables signalaient un risque accru

Après ces ajustements, le groupe au PNI le plus bas présentait un risque de décès supérieur à deux fois celui du groupe au PNI le plus élevé. Le groupe au NRI le plus bas avait un risque environ deux fois supérieur. La catégorie CONUT la plus élevée était associée à un risque presque trois fois supérieur.

Ces résultats, rapportés dans une analyse de l’étude publiée dans Nutrients, concernent des comparaisons entre groupes. Ils ne donnent pas une probabilité personnelle de décès. Le TCBI, contrairement aux trois autres indices, ne présentait plus d’association indépendante avec la mortalité après ajustement.

Une association persistante ne démontre pas une cause

Les participants au PNI le plus faible étaient généralement plus âgés et plus souvent des femmes. Les cancers et les maladies rénales chroniques étaient également plus fréquents dans ce groupe. Ces différences rappellent que les marqueurs nutritionnels s’inscrivent dans un état de santé plus large.

Même après ajustement, une étude observationnelle ne peut exclure tous les facteurs de confusion. Une maladie peut modifier les paramètres biologiques et augmenter le risque de décès. L’association statistique ne permet donc pas d’attribuer les décès au seul mauvais état nutritionnel, ni d’affirmer qu’améliorer un score réduirait ce risque.

Mieux repérer les risques sans diagnostiquer avec un score seul

Ces observations soulèvent une question pour le dépistage : une évaluation nutritionnelle plus complète apporte-t-elle des informations utiles au-delà de la corpulence ? La cohorte fournit des arguments pour poursuivre cette recherche. Elle ne suffit pas à définir une conduite médicale fondée sur un indice isolé.

Les résultats biologiques demandent une interprétation clinique

L’albumine, présente dans plusieurs scores, peut varier avec l’inflammation ou certaines maladies. Les lymphocytes et les lipides sanguins dépendent aussi de facteurs autres que l’alimentation. Un résultat défavorable doit donc être replacé dans le contexte médical de la personne.

L’évaluation nutritionnelle peut intégrer l’évolution du poids, les apports alimentaires, la force musculaire et les maladies associées. Ces éléments complètent les analyses sanguines. Les auteurs mettent en garde contre l’utilisation du PNI comme outil autonome de décision clinique. Un score ne remplace ni l’examen médical ni l’analyse de la situation individuelle.

Une cohorte informative, mais des limites de généralisation

Le protocole de LIFE-Adult concerne une population urbaine de Leipzig. Les personnes ayant accepté de participer pouvaient être en meilleure santé et davantage attentives à leur santé que les non-participants. Cette sélection peut limiter la généralisation des résultats et sous-estimer la fréquence des difficultés nutritionnelles.

Des études prospectives et des essais cliniques restent nécessaires. Ils devront déterminer si l’ajout de ces scores améliore l’évaluation du risque, puis si les interventions décidées à partir des résultats améliorent la santé. Repérer une association est une étape de recherche ; démontrer l’utilité d’un dépistage en est une autre.

En quelques mots

Le surpoidsn’exclut pas un risque nutritionnel. Dans cette cohorte, trois indices étaient associés à une mortalité plus élevée, même après plusieurs ajustements.

L’intérêt est celui d’une évaluation plus complète, attentive aux données biologiques autant qu’à la corpulence. Un score isolé ne prédit pas le devenir individuel et ne prouve aucune cause. Son utilité pour la prévention doit encore être confirmée.

Vous avez aimé cet article ?

Carences en magnésium : 11 graines et fruits à coques indispensables
Foie en bonne santé : 4 aliments à éviter d’urgence

PRESSE SANTÉ s'efforce de transmettre la connaissance santé dans un langage accessible à tous. En AUCUN CAS, les informations données ne peuvent remplacer l'avis d'un professionnel de santé.

Donnez votre avis

★★★★★

Soyez le 1er à noter cet article
ou bien laissez un avis détaillé


Vous aimez cet article ? Partagez !



Presse Santé est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris :

Partagez votre avis

Partagez votre avis