Jeûne intermittent et cancer : en prévention ou en traitement ?
Le jeûne intermittent est devenu très populaire. Des questions se posent sur son rôle potentiel en prévention et en traitement du cancer. Que sait-on ?

Des premiers résultats d’études sur le jeûne intermittent et cancer indiquent qu’il pourrait améliorer l’efficacité des traitements et réduire les effets secondaires. Mais leur nombre est trop limité à ce jour. Pour le cancer du sein, cependant, il est prouvé que le jeûne prolongé de nuit peut réduire le risque de récidive. Pour en savoir plus sur le cancer du rein et d’autres types de cancers, il est important de consulter des sources fiables.
Cet article passe en revue certaines des études réalisées : mécanismes potentiels associés au jeûne intermittent sur les cellules cancéreuses, risques et effets secondaires possibles.
D’ores et déjà, le jeûne intermittent ne peut se substituer à un suivi par un oncologue et au traitement prescrit par lui.
Avant d’aborder jeûne intermittent et cancer, de quoi parle-t-on ?
- Le jeûne : c’est une privation de nourriture et d’apport en eau, pratique dangereuse sans avis médical pour tous et les personnes atteintes d’un cancer.
- Le jeûne intermittent : est une démarche de modification des habitudes alimentaires en s’abstenant de manger pendant une période donnée. Certains régimes de jeûne intermittent impliquent une abstinence complète d’aliments (mais pas de l’eau) pendant un certain temps, alors que d’autres permettent de petites quantités de nourriture ou de boissons non aqueuses.
Types de jeûne intermittent
- Jeûne prolongé de nuit : ce régime est le plus couramment étudié en ce qui concerne le cancer (prolongation de la période entre le dîner et le petit déjeuner). Il s’agissait probablement de l’alimentation “normale” de nos ancêtres lorsque manger n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui. La pratique courante est la méthode 16/8 : les aliments sont consommés entre 12 heures et 20 heures (16 heures d’abstinence alimentaire et huit heures sans restrictions).
- Alimentation à durée limitée : assez similaire au jeûne prolongé de la nuit mais les heures pour manger et jeûner sont définies,
- Jeûne à court terme : il en existe plusieurs types. Par exemple, dans le jeûne alternatif, alternance entre des jours sans restrictions et des jours où environ 25 % des calories sont consommées. Avec le jeûne d’une journée entière, les gens mangent normalement (sans restrictions) cinq jours par semaine et consomment, soit aucune calories, soit 25% de leur apport quotidien moyen deux jours par semaine.
Ce qui n’est pas un jeûne intermittent
Le jeûne intermittent :
- ne limite pas l’apport en eau : l’eau et les boissons sans calories sont généralement autorisées,
- ne définit pas les aliments qui doivent être consommés ou pas,
- ne restreint pas la prise de médicaments ou de compléments alimentaires,
- ne définit pas ou ne limite pas le nombre de calories consommées en dehors du jeûne.
Histoire du jeûne intermittent
Par le passé, le jeûne intermittent (ou, du moins, le jeûne prolongé nocturne ou à durée limitée) étaient probablement des habitudes alimentaires régulières de nos ancêtres. Jusqu’à tout récemment (et c’est encore le cas dans certaines régions du monde), la plupart des gens n’avaient pas la possibilité de prendre un encas avant de se coucher ou un petit déjeuner comme on le connaît aujourd‘hui.
Le concept de jeûne, commun à plusieurs religions, a été décrit dans des textes anciens. Le jeûne était souvent considéré comme une pratique spirituelle avec des bienfaits du jeûne pour la santé.
Dans le règne animal, le jeûne intermittent (jeûne prolongé de nuit) est également une pratique courante. Certains animaux jeûnent aussi durant des périodes d’hibernation.
Peut-on traiter un cancer avec un jeûne intermittent ?
La recherche scientifique est débutante dans ce domaine. Cette pratique pourrait peut-être avoir des avantages pour certains malades du cancer.
En théorie
La théorie derrière le jeûne intermittent et le cancer repose sur les différentes façons dont les cellules s’adaptent au stress :
- on pense que les cellules saines sont beaucoup plus aptes à s’adapter à une diminution des nutriments dans leur environnement,
- les cellules cancéreuses, au contraire, continuent de croître et ont donc un plus grand besoin de nutriments. Pendant un traitement de chimiothérapie, elles sont affaiblies par le stress oxydatif et les dommages à l’ADN dus au jeûne, ce qui peut les rendre plus réceptives à la chimiothérapie.
Études précliniques
- Des recherches sur les animaux (pas nécessairement transposables aux humains) ont suggéré que la restriction calorique sur une base intermittente (un jeûne prolongé pendant la nuit) peut être associée à de meilleurs résultats contre le cancer, au moins chez la souris.
- Les études portant sur des cellules cancéreuses humaines cultivées en laboratoire sont également prometteuses. Par exemple, le jeûne à court terme semble améliorer la résistance au stress des cellules normales tout en rendant les cellules cancéreuses plus sensibles aux toxines. On pense que les cellules cancéreuses, qui se développent et se divisent très rapidement, sont moins capables de s’adapter aux changements de leur environnement, comme une pénurie à court terme de nourriture.
- Des études portant sur les humains sans cancer ont également suggéré que le jeûne intermittent pourrait être bénéfique aux personnes atteintes de cancer.
Études sur les humains
Selon les premières études, le jeûne à court terme peut améliorer l’efficacité du traitement et en réduire la toxicité.
- Les nombreuses études menées jusqu’à présent ont porté principalement sur la sécurité du jeûne intermittent chez les personnes atteintes de cancer.
- En 2018, une étude a été réalisée pour explorer l’impact du jeûne à court terme sur la chimiothérapie. Des femmes atteintes de cancer à l’ovaire ou au sein ont reçu pour consigne de commencer de jeûner 36 heures avant leur perfusion et d’arrêter 24 heures après leur perfusion. Celles qui jeûnaient avaient une meilleure qualité de vie et ressentaient moins de fatigue pendant la chimiothérapie et moins d’effets secondaires.
Quel est l’effet du jeûne intermittent sur les récidives du cancer ?
La récidive du cancer est redoutée par les personnes diagnostiquées à un stade précoce et est une cause majeure de décès.
Par exemple, la majorité des femmes atteintes d’un cancer du sein de stade IV ont été diagnostiquées à un stade précoce et ont ensuite connu une récidive métastatique. Quand le cancer du sein devient métastatique, l’espérance de vie moyenne n’est que de trois ans, même si certaines personnes vivent beaucoup plus longtemps.
Des études récentes montrent que le risque de récidive du cancer du sein ne diminue pas après cinq ans chez les femmes atteintes d’un cancer du sein positif aux récepteurs d’œstrogènes. Elles ont mis en évidence la nécessité de trouver des moyens de réduire le risque de récidive. Les femmes atteintes d’un cancer du sein positif aux hormones sont plus susceptibles de récidiver après cinq ans que dans les cinq premières années suivant le diagnostic.
Une étude de 2016 a analysé le rôle que pourrait jouer un jeûne prolongé la nuit dans la récidive du cancer du sein.
- Plus de 2 000 femmes diagnostiquées pour un diagnostic de cancer du sein à un stade précoce entre 1995 et 2007 (et qui n’étaient pas diabétiques) ont été évaluées.
- Celles qui jeûnaient de nuit pendant une courte période (inférieure à 13 heures entre le repas du soir et le petit déjeuner) étaient 36 % plus susceptibles de récidiver d’un cancer du sein que celles qui jeûnaient la nuit pendant plus de 13 heures.
- L’augmentation du risque de récidive n’était pas associée à une augmentation de la mortalité par cancer du sein ou à une mortalité globale mais des périodes de suivi plus longues pourraient révéler une association.
- Pour les auteurs, la prolongation de la durée du jeûne nocturne pourrait être une méthode simple non médicamenteuse pour réduire la récidDans les études portant sur des malades du cancer, à ce stade, seuls des effets secondaires légers ont été observés : brouillard cérébral, maux de tête, étourdissements, nausées et faiblesse. Ils peuvent aussi avoir faim au début, surtout s’ils ont l’habitude de collations tardives et de petits déjeuners matinaux.
Les crampes de faim transitoires sont probablement plus comportementales que physiologiques car il a été constaté qu’une fréquence d’alimentation plus élevée (manger des repas plus petits et plus fréquents) ne réduit pas la sensation de faim. Par ailleurs, il est important de noter que les bienfaits de l’activité physique sont également étudiés dans la prévention des récidives du cancer, notamment en complément des approches nutritionnelles.
Interactions médicamenteuses
Certains médicaments sont mieux absorbés avec de la nourriture tandis que d’autres le sont mieux à jeun.
Certaines vitamines, comme la vitamine D, nécessitent une certaine quantité de matières grasses pour être bien absorbées et devraient être prises pendant les repas plutôt que durant le jeûne.
Informez votre médecin ou votre pharmacien de votre souhait de pratiquer le jeûne intermittent et des médicaments que vous prenez (contre le cancer ou autres traitements). Il est aussi pertinent de s’informer sur le lien entre activité physique et cancer, car la sédentarité est un facteur de risque important.
Contrôle du poids
La perte de poids est une préoccupation majeure des médecins en cas de cancer.
- La cachexie du cancer, un syndrome de perte de poids involontaire accompagné d’une perte musculaire, est un sujet à discuter avec votre oncologue. Elle pourrait être la cause directe d’environ 20 % des décès par cancer, mais le syndrome est plus large que la perte de poids et peut préexister avant cette perte de poids.
- Le jeûne intermittent semble entraîner une moindre perte de muscle qu’un régime à restriction calorique et par rapport au jeûne classique, il pourrait légèrement augmenter le métabolisme de base.
- Le jeûne intermittent pourrait créer une fixation sur les aliments. Lorsqu’il est pratiqué pour améliorer l’efficacité des traitements ou ralentir la progression d’un cancer, c’est probablement moins préoccupant que s’il est choisi par des personnes ayant des antécédents de troubles alimentaires.
Pour optimiser les résultats, il est conseillé d’adopter une alimentation équilibrée et jeûne adaptée à ses besoins, ce qui peut soutenir la gestion du poids et la santé globale.
Contre-indications
- Les femmes enceintes ou qui allaitent ne devraient pas adopter le jeûne intermittent. Il n’est pas non plus recommandé pour celles qui souhaitent devenir enceintes (risque d’infertilité).
- Les enfants et les adolescents en croissance ne devraient certainement pas pratiquer le jeûne intermittent.
- Cette démarche peut être dangereuse pour les personnes atteintes de diabète, en particulier de type I, bien que dans certaines situations un endocrinologue puisse recommander le jeûne intermittent pour perdre du poids. L’effet peut également différer entre les hommes et les femmes et nécessite une surveillance attentive par un médecin.
- Le jeûne intermittent n’est pas recommandé aux personnes prenant certains médicaments.
Les bienfaits du jeûne intermittent sont encore à l’étude, notamment pour ce qui concerne l’équilibre entre régénération cellulaire et risques potentiels, ce qui implique de rester prudent.
Les recherches scientifiques sur le jeûne intermittent sont relativement nouvelles et, bien que ses mécanismes puissent être bénéfiques en cas de cancer, son rôle potentiel pour traiter et prévenir ces pathologies justifie une des études plus approfondies. Des zones de doute subsistent.
Suivez les conseils de votre médecin oncologue : à ce stade, les preuves de l’efficacité du jeûne intermittent contre le cancer ne sont pas suffisamment solides.
La pratique du jeûne intermittent est plus probante contre l’obésité car il peut améliorer certains paramètres métaboliques des malades. De manière indirecte, ces résultats sont intéressants car les cancers dus à l’obésité sont nombreux et en forte augmentation. Pour ceux qui souhaitent une amélioration de santé globale, il est essentiel de s’informer et de se faire accompagner.
Enfin, il existe de nombreux avantages du jeûne intermittent pour la perte de poids, mais chaque situation doit être évaluée individuellement avec un professionnel de santé.
Sources :
Institut Pasteur : un nettoyage cellulaire pour une meilleure santé ?
Inserm : jeûner pour lutter contre le cancer, vraiment ?
Sante.fr : le jeûne peut-il contribuer à soigner un cancer ?
Science Direct : le jeûne thérapeutique en cancérologie, mode ou réalité ?
Journal of experimental and clinical cancer research : effet du jeûne intermittent sur le traitement du cancer
Nature reviews cancer : jeûne et cancer, mécanismes moléculaires et application clinique
BMC cancer : effets du jeûne intermittent sur la qualité de vie et la tolérance à la chimiothérapie des femmes atteintes d’un cancer du sein et de l’ovaire
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