Glaucome: la façon dont vous dormez augmente la pression dans l’oeil
La posture de sommeil peut influencer la pression intraoculaire et favoriser la survenue du glaucome

Vous vous êtes déjà demandé ce qui se passe dans vos yeux pendant que vous dormez ? Chez beaucoup de personnes, la pression intraoculaire (PIO) monte la nuit. La PIO, c’est la pression du liquide à l’intérieur de l’œil, un peu comme la pression dans un ballon. Quand elle reste trop haute, elle peut abîmer le nerf optique, ce qui peut aggraver un glaucome.
En janvier 2026, une étude publiée dans le British Journal of Ophthalmology a soulevé une idée simple. La façon dont on place sa tête sur des oreillers pourrait augmenter la PIO chez certaines personnes atteintes de glaucome, surtout si le cou se plie.
Ce texte ne remplace pas un avis médical. Si vous avez un glaucome, parlez de toute change de posture de sommeil avec votre ophtalmologue surtout si votre maladie est avancée ou instable.
Pourquoi la pression dans l’œil augmente souvent pendant le sommeil
La PIO n’est pas fixe. Elle bouge au fil de la journée et de la nuit. Un point compte beaucoup, le changement de posture. Passer de debout à allongé modifie la façon dont le sang et les liquides circulent autour de l’œil. Et c’est souvent ce passage à la position couchée qui explique une bonne part de la hausse nocturne.
Dans l’œil, un liquide clair circule en continu. On l’appelle l’humeur aqueuse. Elle nourrit des tissus qui n’ont pas de vaisseaux sanguins, comme la cornée et le cristallin. Elle aide aussi l’œil à garder sa forme, donc sa pression. Ce liquide se forme, puis s’évacue par des voies de drainage. Si l’évacuation ralentit, la pression peut monter.
La nuit, plusieurs facteurs se combinent. La position allongée change la pression dans les veines de la tête et du cou. Cette pression veineuse peut influencer le drainage de l’œil. C’est une mécanique simple à imaginer, comme un évier qui s’écoule moins bien quand le tuyau est pincé.
Le lien entre position du cou, veines jugulaires et drainage de l’œil
L’idée centrale discutée par les chercheurs concerne le cou. Quand on empile des oreillers, la tête peut avancer, et le cou peut se retrouver en flexion (le menton se rapproche du thorax). Cette posture peut comprimer la veine jugulaire, une grande voie de retour du sang depuis la tête vers le cœur.
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Si ce retour veineux devient moins fluide, la pression dans les veines autour de l’œil peut augmenter. Or, le drainage de l’humeur aqueuse dépend, en partie, d’un bon équilibre de pression autour de ces voies de sortie. Un cou plié peut donc agir comme un petit frein, discret, mais présent.
Ce point ne veut pas dire que tout oreiller est “mauvais”. Il rappelle plutôt que la forme du cou, pas juste la hauteur, peut compter. Deux oreillers qui vous mettent la tête “cassée” vers l’avant n’ont pas le même effet qu’un support qui garde la tête dans l’axe.
Pourquoi la nuit compte autant dans le glaucome
Le glaucome abîme le nerf optique. La PIO reste un facteur clé, même si ce n’est pas le seul. Certains patients ont une PIO jugée correcte au cabinet, puis des pics nocturnes passent inaperçus. C’est frustrant, car ces pics peuvent participer à la progression, chez certaines personnes.
La PIO sur 24 heures, et pas seulement à 10 h du matin, donne une vision plus vraie du risque. Les variations comptent aussi. Une pression qui monte et descend beaucoup peut fatiguer des tissus déjà fragiles.
C’est pour cela que la posture de sommeil attire l’attention. C’est un comportement répétitif, long, et souvent identique chaque nuit. Si un petit ajustement réduit une partie de la hausse nocturne, cela mérite au moins une discussion clinique.
Ce que dit la recherche de janvier 2026 sur les oreillers et la PIO
L’étude de janvier 2026 est une étude observationnelle menée chez 144 adultes atteints de glaucome, avec plusieurs profils. Les chercheurs ont inclus des personnes avec glaucome à tension dite normale, d’autres avec pression oculaire élevée, et beaucoup avec glaucome primitif à angle ouvert, la forme la plus fréquente et souvent lente.
Entre octobre 2023 et avril 2024, chaque participant a répondu à des questions de santé (traitements, tabac, alcool), puis a eu un examen ophtalmo complet. La PIO de l’œil droit a été mesurée toutes les deux heures pendant 24 heures, en position assise et allongée.
Le protocole comparait deux situations en position allongée sur le dos. D’abord, à plat. Ensuite, la tête était surélevée avec deux oreillers de taille standard, pour obtenir une inclinaison d’environ 20 à 35 degrés. La PIO était mesurée dix minutes après ce changement de posture.
Le résultat principal est simple. Chez environ deux tiers des participants, la surélévation avec deux oreillers s’est associée à une PIO plus haute. La hausse moyenne était proche de 1,6 mm Hg, et les fluctuations sur 24 heures semblaient plus fortes dans cette posture.
Les chercheurs ont aussi regardé la pression de perfusion oculaire (la pression qui aide le sang à circuler dans les petits vaisseaux de l’œil). Elle était plus basse avec deux oreillers que lorsqu’ils étaient à plat, ce qui peut suggérer un apport sanguin moins bon pendant la nuit.
Qui semblait le plus concerné selon les données
Quand les chercheurs ont séparé les résultats par sous-groupes, certains profils ressortaient. Les jeunes adultes semblaient plus souvent avoir une hausse marquée de PIO avec la tête surélevée. Les personnes avec glaucome primitif à angle ouvert montraient aussi une sensibilité plus forte à ce changement de posture.
Ces signaux sont utiles, car ils donnent des pistes. Ils ne permettent pas de trancher pour chaque patient. Le corps n’a pas le même tonus veineux à 30 ans qu’à 70 ans, et l’anatomie du cou varie beaucoup.
Il faut aussi se rappeler que les sous-groupes étaient de taille limitée. Une différence observée peut être réelle, ou liée au hasard. Le message reste pratique, certaines personnes sont plus sensibles à la posture, et d’autres beaucoup moins.
Pourquoi les résultats restent prudents
Cette étude observe une association. Elle ne prouve pas que les oreillers causent, à eux seuls, une hausse durable de PIO. Le contexte compte, la forme du cou, la durée réelle de la posture, et la position sur le côté.
Il existe aussi des limites de mesure. La PIO a été évaluée surtout sur l’œil droit. La posture testée est précise, mais elle ne reflète pas toutes les nuits. Beaucoup de gens bougent, se tournent, ou glissent sur l’oreiller.
Les chercheurs ont ajouté un petit test chez 20 volontaires sains. Sans oreiller, la veine jugulaire semblait moins “serrée”. Avec oreiller, sa lumière était plus réduite, et le flux sanguin plus rapide, un signe compatible avec une compression. C’est un indice mécanique, pas une preuve clinique finale.
Faut-il essayer de dormir sans oreiller si on a un glaucome
L’idée peut sembler tentante, car elle est simple. Mais elle ne remplace pas les collyres, le laser, ni le suivi. Pensez-y comme à un réglage fin, comme ajuster la hauteur d’une chaise pour moins forcer le dos. Cela peut aider, mais ce n’est pas un traitement complet.
Pour certaines personnes, dormir sans oreiller est inconfortable. Pour d’autres, c’est risqué pour d’autres raisons. Reflux, apnée du sommeil, douleurs du cou, problèmes d’épaule, la posture utile pour l’œil n’est pas toujours la meilleure pour le reste.
L’objectif raisonnable, si votre médecin est d’accord, n’est pas de “tout enlever”. C’est de réduire ce qui plie le cou, et de garder la tête alignée avec le tronc.
Comment tester sans se faire mal au cou
Un test sûr commence lentement. Réduisez la hauteur sur plusieurs nuits, pas d’un coup. Un oreiller très plat, ou une serviette fine pliée, peut suffire au début. Cherchez une sensation simple, le menton ne tombe pas vers la poitrine, et la nuque reste longue.
Sur le dos, vérifiez que la tête ne bascule pas vers l’avant. Sur le côté, le but est le même, garder le cou droit, sans angle net. Si vous avez une douleur cervicale au réveil, ou des maux de tête nouveaux, arrêtez l’essai et revenez à votre posture habituelle.
Gardez aussi un œil sur votre sommeil. Un mauvais sommeil augmente le stress, et vous fatigue. Notez en quelques mots la qualité du repos et les douleurs du matin. Ce petit suivi aide la discussion avec votre soignant.
Quand demander l’avis du médecin avant de changer
Certaines situations demandent un avis avant tout test. Si vous avez une apnée du sommeil connue ou suspectée, un reflux important, une douleur du cou chronique, ou une chirurgie récente, ne changez rien seul. La même prudence s’applique si votre glaucome est avancé, si la PIO est mal contrôlée, ou si votre vision a changé récemment.
Vous pouvez aussi demander si une mesure de PIO à des heures variées a du sens, ou si la question de la PIO nocturne mérite une approche plus large. Parfois, un ajustement de traitement, ou un examen ciblé, donne plus de gain qu’une simple posture.
En quelques lignes
La posture de sommeil peut influencer la pression intraoculaire. Dans une étude de janvier 2026, deux oreillers ont été associés à une PIO plus haute chez beaucoup de patients. Éviter de plier le cou pourrait aider certains profils.
Parlez-en à votre ophtalmologue, et gardez vos traitements. Ne stoppez jamais un collyre sans avis médical.