Médecine douce

À l’adolescence, la perception erronée de son poids prédit un surpoids à l’âge adulte

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L’idée que se font les adolescents de leur corps pèse plus lourd sur leur santé future qu’on ne le croit. Des travaux menés par des chercheurs américains révèlent que s’estimer trop gros, même quand ce n’est pas le cas, augmente significativement le risque de devenir un adulte en surpoids ou obèse. Cette nouvelle donnée interpelle : l’impact de la perception du poids à l’adolescence dépasse largement le seul volet psychologique et s’inscrit dans la prévention de l’obésité.

Une perception faussée du poids, un risque bien réel

Depuis plusieurs années, les spécialistes de la santé s’intéressent aux liens entre estime de soi, gestion du poids et alimentation. Cependant, une publication du Florida State University College of Medicine (Sutin A.R., 2015) démontre que la représentation subjective du poids chez les jeunes pourrait aider à anticiper le développement d’un surpoids à l’âge adulte. Cet enseignement s’appuie sur une cohorte de 6 523 adolescents suivis sur une douzaine d’années. Les jeunes, dont l’âge moyen au départ était de 16 ans, ont vu leur évolution physique et psychologique réévaluée au fil du temps.

Déroulement de l’étude et profil des participants

L’échantillon recruté comportait 58 % de filles. Lors de la première phase de l’étude, chaque participant a été interrogé sur sa propre perception de son poids. Ces premiers résultats ont été corrélés avec leur état de santé douze ans plus tard, à l’entrée dans l’âge adulte.

89 % des garçons à l’image corporelle déformée présentent un risque de surpoids

Les chiffres avancés par l’équipe américaine sont frappants. Chez les garçons qui, adolescents, estimaient à tort être trop gros, l’étude observe un risque de surpoids ou d’obésité adulte accru de 89 %, par rapport à ceux ayant une image corporelle fidèle à la réalité. Le phénomène concerne également les filles, bien que dans une moindre mesure : il subsiste une augmentation de 29 % du risque chez celles qui surestiment leur poids. Cela signifie qu’autant le sexe masculin que le sexe féminin est affecté, mais le déséquilibre de l’image de soi serait particulièrement délétère chez les garçons.

Pourquoi une telle différence entre garçons et filles ?

Plusieurs facteurs psychologiques et sociétaux entrent en jeu. La pression sur le physique, bien que plus souvent abordée chez les jeunes filles, touche aussi les garçons, parfois de façon plus silencieuse. Selon Sutin et son équipe, la surinterprétation du poids pousse souvent les garçons à des comportements paradoxaux comme une restriction alimentaire excessive ou, au contraire, une compensation par l’alimentation, ce qui vient renforcer le cercle vicieux du surpoids (Sutin A.R., 2015).

Le cercle vicieux de l’auto-stigmatisation

La recherche identifie un mécanisme clef : l’auto-stigmatisation. Lorsque l’adolescent s’auto-perçoit négativement, il peut perdre confiance, réduire son activité sociale ou physique, voire adopter des compensations alimentaires délétères. À la longue s’installe une spirale où la perception faussée du corps engendre stress, mal-être et comportements de contrôle inadaptés. Cette dynamique rejoint les constats évoqués par François Lehn, qui insiste sur l’importance de la représentation de soi dans la construction d’un rapport sain à l’alimentation.

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  • L’insatisfaction corporelle multiplie les régimes à répétition, sans gain durable.
  • La baisse d’activité physique par peur du regard des autres peut favoriser la prise de poids.
  • Des émotions négatives répétées sont associées à des grignotages ou à des troubles du comportement alimentaire.

L’environnement social, un terrain fertile pour la stigmatisation

L’école, les réseaux sociaux et parfois même le cercle familial propagent des standards corporels peu adaptés à la diversité des morphologies adolescentes. Selon “Rajeunir”, dès l’adolescence, la comparaison sociale constante et la pression du groupe peuvent renforcer l’écart entre le poids réel et la perception du corps.

Ne pas minimiser le surpoids réel, mais éviter le piège de la dramatisation

Faut-il alors ignorer les situations où un jeune présente effectivement un excès de poids ? Pas du tout. L’étude précise qu’un surpoids avéré pendant l’adolescence reste lui aussi associé à un fort risque d’obésité chez l’adulte. L’enjeu n’est donc pas de nier les données objectives, mais de trouver des messages de prévention adaptés, qui n’alimentent pas l’anxiété ni l’auto-dépréciation.

Prévenir sans stigmatiser : l’équilibre à trouver

  • Adopter un discours sur la santé plutôt que sur l’apparence.
  • Encourager l’estime de soi et la connaissance de son corps.
  • Impliquer les familles et les professionnels dans une approche empathique et éducative.

Selon les travaux de Sutin et al., cela nécessite une intervention précoce, au plus près des jeunes, dans les établissements scolaires notamment (Sutin A.R. et al., Psychological Science, 2015).

Pistes pour les parents et les éducateurs

Les résultats de cette étude appellent à une vigilance accrue, non seulement sur l’état nutritionnel objectif des adolescents, mais aussi sur les messages transmis au quotidien. Plusieurs axes d’action en ressortent :

  • Faire preuve d’écoute et d’ouverture sur la question du poids dès l’adolescence.
  • Valoriser des modes de vie équilibrés, sans focaliser sur la minceur ou la norme.
  • Dépasser les stéréotypes, et replacer la discussion sur le bien-être global.

Les spécialistes s’accordent à considérer qu’une prise en charge holistique, axée sur la santé mentale en complément de la santé physique, maximise les chances d’éviter qu’une perception faussée du poids ne se transforme en réelle difficulté à l’âge adulte (d’après François Lehn).

Ce qu’il faut retenir

Une vision erronée de son propre poids, notamment le sentiment d’être en surpoids alors que ce n’est pas le cas, constitue un puissant facteur de risque pour l’obésité à l’âge adulte, en particulier chez les garçons. S’interroger sur la manière dont les adolescents se perçoivent, accompagner leur développement de façon bienveillante et adopter une communication centrée sur la santé sont les clés pour enrayer ce phénomène. L’étude de Sutin et al. rappelle que la prévention de l’obésité ne peut faire l’économie d’une réflexion sur l’estime de soi et le regard porté sur le corps.

Source : Sutin A.R., Robinson E., Daly M., Terracciano A. (2015). Body weight misperception in adolescence and incident obesity in young adulthood. Psychological Science, 26(3), 507–515. Lire l’étude

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