Activité physique

Troubles bipolaires, dépression, schizophrénie : l’appelle à intégrer l’activité physique dans les soins psychiatriques 

Les chercheurs soulignent que l'activité physique améliore à la fois des symptômes psychiatriques et des marqueurs physiques

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Et si une partie du traitement psychiatrique manquait encore, alors qu’elle est simple, sûre, et souvent gratuite ? En mars 2026, des chercheurs rappellent un fait dur : les personnes vivant avec une schizophrénie, une dépression, ou un trouble bipolaire meurent plus tôt que le reste de la population.

Le point central tient en deux mots : activité physique. Pas comme slogan, mais comme soin, à intégrer dans le suivi, au même titre que les médicaments et la psychothérapie.

Pourquoi l’activité physique devient une question de survie

La psychiatrie soigne l’esprit, mais elle ne peut plus ignorer le corps. Selon une revue scientifique publiée en 2026 dans JAMA Psychiatry (coordonnée par une équipe internationale menée depuis Vienne), les adultes avec des troubles mentaux sévères ont une espérance de vie réduite d’environ dix à vingt ans. Cette différence ne vient pas d’un détail. Elle s’explique surtout par les maladies cardiovasculaires et métaboliques, comme l’infarctus, l’AVC, le diabète, et certains troubles lipidiques.

Or, deux facteurs modifiables reviennent sans cesse : le manque d’activité et la sédentarité prolongée. On parle ici d’un risque comparable à une fuite lente sous l’évier. On ne la voit pas toujours au début, mais elle abîme tout, jour après jour. Les chercheurs soulignent que l’exercice améliore à la fois des symptômes psychiatriques et des marqueurs physiques, tout en restant sous-utilisé dans les services de santé mentale. Ce décalage interroge, car la preuve s’accumule depuis des années, à travers des centaines d’études et de grandes méta-analyses.

L’idée forte, reprise par plusieurs auteurs : on n’accepterait pas un parcours de soins sans médicaments ni psychothérapie, alors l’activité physique devrait suivre le même standard de base, avec une vraie organisation.

Ce que les cliniciens voient, et ce que les chiffres confirment

Les soignants le constatent en consultation : l’énergie manque, la motivation s’effondre, sortir devient difficile. Les données vont dans le même sens. Dans la schizophrénie, la sédentarité dépasse souvent les dix heures assises par jour, ce qui place ces patients parmi les groupes les plus inactifs. Côté recommandations, moins d’une personne sur cinq atteindrait les repères de l’OMS, soit environ cent cinquante minutes d’activité modérée par semaine (ou soixante-quinze minutes d’activité intense).

Pour la dépression et le trouble bipolaire, l’écart existe aussi : ces patients sont nettement moins actifs que leurs pairs, avec un déficit qui peut approcher la moitié selon les études citées par les auteurs. Et il ne s’agit pas seulement d’une conséquence. L’inactivité devient un facteur qui entretient la maladie, parce qu’elle favorise la prise de poids, la résistance à l’insuline, l’hypertension, et une fatigue plus marquée. Ensuite, la fatigue réduit encore l’activité. Le cercle se referme.

À cela s’ajoutent des réalités de terrain : certains traitements augmentent l’appétit, modifient le métabolisme, ou rendent somnolent. De plus, l’isolement social pousse vers des comportements passifs, comme rester longtemps devant la télévision. Les chercheurs signalent d’ailleurs que la sédentarité « mentalement passive » semble liée à de moins bons résultats en santé mentale. Autrement dit, rester assis n’est pas toujours équivalent. Le contexte compte.

Les mécanismes biologiques, sans mystère inutile

Parler d’activité physique en psychiatrie ne relève pas de la morale, ni du simple « bon sens ». Les mécanismes décrits par la littérature sont concrets. La sédentarité et le faible niveau d’exercice aggravent des voies impliquées dans les troubles psychiatriques et leurs complications physiques. Les auteurs rappellent, par exemple, le rôle de l’inflammation. Quand l’organisme reste longtemps inactif, certains marqueurs augmentent, dont la protéine C-réactive et l’interleukine‑six (souvent associées à un terrain cardiométabolique défavorable). Une partie de cette inflammation peut aussi concerner le cerveau, avec des effets possibles sur la cognition, l’attention, et la mémoire.

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Le stress biologique compte aussi. Le système hormonal qui gère la réponse au stress (souvent résumé par l’axe HPA) peut se dérégler, ce qui pèse sur le sommeil, l’humeur, et la récupération. Sur un autre plan, la motivation souffre. Les chercheurs évoquent des circuits dopaminergiques liés à la récompense, utiles pour « avoir envie », initier une action, et maintenir un effort. Quand ces circuits tournent au ralenti, bouger paraît démesuré, même si l’objectif est modeste.

Enfin, l’activité physique est associée à des variations de facteurs neurotrophiques, comme le BDNF, un acteur important de la santé cérébrale. L’exercice ne « répare » pas tout, mais il peut contribuer à un environnement biologique plus favorable. C’est une image simple : le cerveau n’est pas une machine isolée, il ressemble plutôt à un jardin. Sans mouvement, le terrain s’appauvrit. Avec un minimum d’entretien, certaines fonctions reprennent.

L’exercice comme traitement, pas comme conseil moral

La revue de JAMA Psychiatry insiste sur un point : l’exercice structuré apporte des améliorations cliniques mesurables. Les effets rapportés vont de modérés à importants sur les symptômes dépressifs, certains symptômes psychotiques, la cognition, la qualité de vie, et la santé cardiométabolique. Cette phrase mérite un arrêt, car elle change la place de l’activité physique : ce n’est plus un « bonus », c’est une option thérapeutique.

Cela ne veut pas dire que l’exercice remplace un traitement. Il s’ajoute, comme une brique stable. Il ne s’agit pas non plus d’exiger des performances. Les auteurs mettent en avant la personnalisation : choisir des activités compatibles avec les capacités du moment, les préférences, la douleur éventuelle, et le contexte social. Le plaisir n’est pas un détail, car il conditionne l’adhésion. Un patient qui déteste courir n’ira pas courir, même si l’étude est excellente.

Les chercheurs donnent aussi des repères pratiques. Deux séances hebdomadaires de renforcement musculaire sont souvent conseillées, parce que la force protège la santé métabolique, la mobilité, et l’autonomie. En parallèle, les activités de loisir et les déplacements actifs (marcher pour un trajet court, descendre un arrêt plus tôt) semblent offrir des bénéfices intéressants sur le plan psychique, peut-être parce qu’ils s’insèrent mieux dans la vie réelle. Le message reste simple : bouger un peu, souvent, et réduire les longues phases assises.

Comment l’intégrer en consultation, avec la méthode des 5A

Le frein principal n’est pas la science, c’est l’organisation. Beaucoup de psychiatres manquent de temps, d’outils, et de relais. Les auteurs proposent une approche pragmatique, utilisable en routine : le cadre des 5A (Ask, Assess, Advise, Assist, Arrange). L’idée est d’intégrer l’activité physique comme on intègre une mesure de tension artérielle, avec une logique clinique.

D’abord, on pose la question, sur l’activité et sur la sédentarité, sans jugement. Ensuite, on évalue : capacités, comorbidités, douleurs, risques cardiovasculaires, traitements en cours, et motivation. Vient alors le conseil, mais un conseil sur mesure, ancré dans la réalité du patient. Une recommandation utile ressemble à une prescription lisible : quoi, quand, combien de temps, à quel rythme, avec quelle progression.

L’étape suivante consiste à aider. Cela passe par des objectifs modestes, des stratégies pour franchir les obstacles, et parfois un soutien concret, comme un carnet simple, un rappel, ou un plan en cas de rechute. Enfin, on organise le suivi : un point à la prochaine consultation, une orientation vers un professionnel de l’activité physique adaptée quand c’est possible, ou un lien avec des ressources locales. Le fil rouge est important : sans rendez-vous de contrôle, la bonne intention se dissout. Avec un suivi, l’activité devient une habitude, donc un facteur de prévention à long terme.

À retenir, prévention et perspectives

La demande des scientifiques est claire : intégrer l’activité physique dans les soins psychiatriques réduit un risque vital, pas seulement un « mal-être ». Elle peut aussi améliorer des symptômes, la cognition, et la qualité de vie, tout en agissant sur le cœur et le métabolisme.

Pour la prévention, le premier geste reste souvent le plus simple : casser les longues périodes assises, même si l’intensité est faible. Marcher après un repas, bouger quelques minutes entre deux épisodes de fatigue, choisir un trajet à pied quand c’est possible, ces détails s’additionnent. Et quand l’énergie manque, l’objectif n’est pas de « faire du sport », mais de remettre du mouvement dans la journée.

L’étape suivante concerne le système de soins. Former les équipes, créer des relais en activité physique adaptée, et suivre les progrès comme on suit un traitement, voilà la direction. La question finale n’est pas « qui a assez de volonté ? », mais « qui a accès à un cadre qui rend le changement faisable ? ». C’est là que la psychiatrie peut gagner, en années de vie, et en vie tout court.

 

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