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Suivi de ses indicateurs de santé : aident-ils à vivre plus longtemps ?

Selon Zahi Fayad, les données de santé pourraient être mieux employées pour aider à vivre en meilleure santé et plus longtemps.

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Le professeur de radiologie et directeur de l’Institut d’imagerie et d’ingénierie biomédicale à Mount Sinai, Zahi Fayad, en est convaincu et il met lui-même en pratique le suivi de ses indicateurs de santé.

Directeur d’une étude sur la meilleure utilisation possible des données de santé, il a récemment présenté ses outils numériques de prédilection : une bague Oura Ring et une montre connectée Garmin. Il utilise également un capteur d’électrocardiogramme pour mesurer son rythme cardiaque quotidiennement et porte occasionnellement un moniteur de glucose en continu pour suivre son taux de glycémie.

Son équipe développe des capteurs plus performants, plus flexibles et discrets pour suivre les indicateurs de santé comme des pansements sophistiqués, capables de capter des vibrations plus profondes provenant, par exemple, de l’ouverture et de la fermeture des valves cardiaques.

Cet article résume l’entretien durant lequel Zahi Fayad a présenté sa vision des évolutions des soins médicaux et la façon dont la technologie pourrait prolonger la durée de vie en bonne santé. Il n’a aucun doute : la collecte des données de santé va être une révolution. Maîtriser les facteurs de risque des maladies chroniques (cardiaques, diabète et obésité) pourrait aider les médecins et les patients à identifier ces pathologies dès leur début et peut-être à les éviter.

Comment Zahi Fayad s’est-il impliqué dans le suivi de ses indicateurs de santé pour la longévité ?

Au delà de son cas personnel, Zahi Fayad cherche à mieux comprendre l’exposition du corps aux facteurs de mode de vie, en commençant par le système cardiovasculaire.

Avec son équipe, il a réfléchi à la façon dont les processus corporels sont modulés par le système immunitaire à protéger et leur lien avec le cerveau.

Mais examiner tous les facteurs combinés de mode de vie (alimentation, exercice, sommeil et stress) est très compliqué.

Il y a plus de huit ans, un programme de recherches financé par l’organisme américain National Institutes of Health a été lancé. Au départ centré sur des personnes exposées au stress chronique ou à un événement traumatisant, l’objectif était de comprendre comment le système cardiovasculaire et le système immunitaire étaient modulés par le stress.

Une plateforme a été créée pour essayer de déterminer ce qui se passait. La formation en imagerie de Zahi Fayad est déterminante pour explorer les organes du corps et comprendre leur connexion.

Après le stress chronique, tous les autres facteurs sont devenus intéressants. Étudier les maladies chroniques ne suffit donc plus, il faut comprendre ce qu’est la santé en général. On ne parle plus seulement de maladies chroniques, mais de durée de vie en bonne santé.

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Au-delà l’absence de pathologies, Zahi Fayad travaille à faire évoluer la définition de la santé à un état mesurable. Il a élargi la plateforme avec la technologie à sa disposition en incluant non seulement des méthodes d’imagerie mais aussi des outils de suivi numériques (dispositifs portables ou capteurs) qui se sont popularisés pendant et après la COVID.

Il a aussi commencé à suivre des mesures de la force physique. Selon lui, la force est un marqueur qui peut représenter le vieillissement (plus facile à mesurer).

En quoi consiste l’étude du jumeau numérique de Zahi Fayad ?

Cette idée, inspirée de la Nasa, est une réplique virtuelle complète et dynamique d’une entité physique du monde réel (un objet ou un être vivant).

Pour lancer des fusées, la NASA a créé un jumeau numérique des fusées lancées dans le programme Apollo afin de comprendre l’origine de problèmes et trouver des solutions. La même approche existe pour les avions qui possèdent plus de 30 000 capteurs suivis du décollage à l’atterrissage. Ces informations sont transmises en temps réel à une station pour assurer la maintenance et la sécurité.

Pour un  humain, collecter des données de santé seulement à l’occasion des visites chez le médecin donne une idée transversale à l’instant T de l’état de santé.

La surveillance continue des indicateurs de santé à domicile de fréquence cardiaque, température corporelle ou saturation en oxygène​ est désormais possible grâce aux derniers dispositifs portables 365 jours par an. La mise à jour continue est nécessaire, pas forcément en temps réel, pour créer une vue de l’entité physique sous forme numérique.

À quoi sert le jumeau numérique d’une personne ?

Un jumeau numérique sert à faire des simulations et tenter de prédire l’état de santé et les risques à 1, 3 ou 5 ans.

Dès que des changements apparaissent, le jumeau numérique peut être interrogé pour savoir leur possible impact et comment les corriger si nécessaire.

Les simulations sont peu coûteuses. Le jumeau numérique devient un outil permettant d’optimiser les facteurs de mode de vie, de l’alimentation à l’exercice en passant par le sommeil et le stress.

Un jumeau numérique peut-il aider à prévenir les maladies ?

Oui, l’objectif est d’intervenir dès les marqueurs présymptomatiques de certaines mesures.

Le corps sécrète des substances dans le sang liées au cancer, aux maladies cardiaques et même aux évolutions cognitives, de manière très précoce. Zahi Fayad peut les voir, prédire le changement et aider à les modifier si possible.

Qu’est-ce qui est actuellement mesuré dans l’étude du jumeau numérique et comment ?

Les participants mesurent leur activité physique, leur sommeil, leur rythme cardiaque, leur température, leur saturation en oxygène, leur tension, leur fonction respiratoire, leur niveau de glucose et d’autres éléments.

Ils sont équipés de différents outils numériques :

  • bague Oura Ring : elle permet une surveillance à la maison en continu. Elle nous donne des informations sur l’activité physique, le sommeil, la variabilité de la fréquence cardiaque, la saturation en oxygène​, le volume​ d’oxygène consommé estimé et la température corporelle.
  • tensiomètre : deux fois par jour, matin et après midi, deux jours par semaine, les participants doivent prendre leur tension artérielle par un tensiomètre à domicile,
  • balance,
  • monitor de glucose en continu : il donne des valeurs de glucose estimées, pendant deux semaines chaque trimestre,
  • spiromètre : pour mesurer la fonction pulmonaire avec trois mesures différentes de la capacité pulmonaire une fois par semaine,
  • bracelet en silicone : il mesure la qualité de l’air et l’exposition aux pesticides, pendant deux semaines, deux fois par an.

Deux  types d’analyses sanguines sont aussi effectuées chaque trimestre par les participants sur chaque épaule. Les échantillons sont étudiés pour la protéomique, les protéines immunitaires, les métabolites et les lipides.

Des marqueurs sanguins, concernant les lipides, les triglycérides, l’HbA1C et les hormones sont effectués via une piqûre au doigt et une carte de sang séché envoyée au laboratoire.

Les participants viennent également une fois par an pour une visite de santé. Leur force musculaire et leur préhension sont testées. Un échantillon pour le séquençage du génome entier est prélevé ainsi que de selles et de salive pour étudier le microbiote.

Chaque participant à l’étude fait également un IRM annuel sophistiqué : un scan multi-organes collecte le volume cérébral, la matière grise, la composition corporelle, le cœur, les poumons, les reins, le foie et le pancréas.

Combien de personnes sont-elles suivies jusqu’à présent ?

L’étude est délibérément très petite (20 personnes) et à ses débuts. À plus grand échelle, le coût serait trop élevé.

Il faut d’abord conduire une phase d’apprentissage. D’ici la fin de cette année et la suivante, elle pourrait passer à plus de 100 personnes. Pour suivre 10 000 personnes, cela coûterait des milliards de dollars.

Comment ce type d’étude et la technologie numérique peuvent-ils changer les soins médicaux d’ici 5 ou 10 ans ?

Le changement le plus audacieux à imaginer est l’avènement de l’hôpital à domicile. Les hôpitaux seraient réservés aux interventions, dont certaines à distance.

Petit à petit, des capteurs pourraient devenir spécifiques aux biomarqueurs intéressants comme ceux du diabète ou la santé cardiaque. Des mesures fréquentes aideraient à voir les changements précoces. Certains outils sont déjà en prototypes, comme les marqueurs de sueur pour l’inflammation.

Nous allons également voir l’intégration de capteurs physiologiques, moléculaires et d’imagerie, comme la pose d’un échographe sur un patch. On pourra mesurer soudainement son cœur avec une échographie automatique. Il existe déjà des publications scientifiques dans la plupart de ces domaines.

La technologie numérique va changer l’ensemble de la prestation des soins de santé. La durée de vie en bonne santé est plus pertinente que l’espérance de vie. Quand  en moyenne, celle-ci est de 79 ans pour les hommes et de 83 ans pour les femmes, la santé commence à se dégrader après l’âge de 60 ou 65 ans.

Les suivi de ses indicateurs de santé est-il accueilli positivement par tout le monde ?

Le Comité Consultatif National d’Éthique français a émis des inquiétudes sur cette avancée technologique : la démarche doit être bien encadrée pour préserver l’autonomie, l’équité, et la santé mentale des individus.

  • garantie humaine : un patient ne peut pas être réduit à un ensemble de données et les algorithmes qui peuvent se tromper doivent être contrôlés,
  • équité : tout le monde doit avoir accès à ces technologies pour éviter toute discrimination,
  • autonomie de choix : on doit pouvoir avoir le droit de refuser d’avoir un jumeau numérique,
  • anxiété de la surveillance : le suivi continu des indicateurs peut générer du stress et des peurs inutiles (néfastes à la santé) face aux variations normales ou aux faux positifs des capteurs.
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Cet article a été élaboré avec le soutien d’un outil d’intelligence artificielle. Il a ensuite fait l’objet d’une révision approfondie par un journaliste professionnel et un rédacteur en chef, assurant ainsi son exactitude, sa pertinence et sa conformité aux standards éditoriaux.

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