Temps d’écran avant 2 ans, cerveau et anxiété à l’adolescence, ce que montre une étude suivie sur 10 ans
Une forte exposition aux écrans avant 2 ans est associée, dans une cohorte suivie plus de dix ans, à des différences de réseaux cérébraux, à une pensée plus lente vers 8 à 9 ans, puis à plus de signes d’anxiété vers 13 ans.

Un bébé devant un écran, ça arrive vite. Une vidéo pour calmer, un téléphone pendant qu’on prépare le dîner, un dessin animé en fond sonore. Sur le moment, on cherche juste à tenir.
Mais une question reste, et elle inquiète beaucoup de parents, qu’est-ce que ces minutes répétées font au cerveau, quand il se construit à toute vitesse ? Une recherche récente suit des enfants sur plus de dix ans et relie une forte exposition aux écrans avant 2 ans à des changements mesurables du cerveau, puis à une prise de décision plus lente et à plus de signes d’anxiété à l’adolescence.
L’idée n’est pas de dramatiser. À cet âge, l’exposition vient surtout des choix d’adultes. Donc on peut agir tôt, sans culpabilité, avec des gestes simples.
Ce que dit la recherche récente sur les écrans avant 2 ans
Les données viennent de Singapour, d’une grande étude de cohorte appelée GUSTO (Growing Up in Singapore Towards healthy Outcomes). L’équipe, menée par Tan Ai Peng (A*STAR Institute for Human Development and Potential, avec la NUS Yong Loo Lin School of Medicine), a publié en 2025 dans eBioMedicine une analyse qui suit les mêmes enfants sur plus d’une décennie.
Le point fort, c’est la durée du suivi. Les chercheurs n’ont pas regardé un seul moment de la vie. Ils ont relié des infos sur le temps d’écran en bas âge à des images du cerveau prises plus tard, puis à des tests de pensée, puis à des signes d’anxiété à l’adolescence.
Dans cette étude, 168 enfants ont eu plusieurs examens d’imagerie cérébrale, vers 4,5 ans, 6 ans et 7,5 ans. Plus tard, vers 8,5 ans, les enfants ont fait une tâche de pensée qui mesure la vitesse de choix. Vers 13 ans, on a aussi recueilli des infos sur les symptômes d’anxiété.
Un résultat ressort, l’association observée est surtout liée au temps d’écran en période de nourrisson, avant 2 ans. Le temps d’écran mesuré vers 3 ou 4 ans ne montre pas les mêmes liens. Ce détail compte, car il pointe une période très sensible, quand le cerveau pose ses bases.
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Pourquoi les 2 premières années comptent autant
Entre 0 et 2 ans, le cerveau grandit vite. Les connexions se multiplient, puis se trient. L’enfant apprend à fixer un visage, à lire une émotion, à attendre, à se calmer. Beaucoup de ces apprentissages passent par l’échange, les gestes, la voix, les pauses.
Un écran, lui, envoie des images et des sons très forts, souvent sans retour humain. C’est un peu comme nourrir l’attention avec des bonbons, ça attire, ça capte, mais ça n’entraîne pas les mêmes muscles.
Il y a aussi un point très concret, à cet âge, ce sont les adultes qui règlent presque tout. Le bébé ne choisit pas le contenu, ni la durée. Ça fait de la petite enfance une fenêtre d’action claire, où des habitudes simples peuvent changer beaucoup.
Ce que les chercheurs ont observé dans le cerveau et le comportement
Les chercheurs décrivent une idée clé, certains réseaux du cerveau auraient une maturation trop rapide chez les enfants très exposés aux écrans en bas âge. Les réseaux en question sont liés au traitement visuel et au contrôle cognitif, c’est-à-dire la capacité à gérer l’attention et à tenir une règle en tête.
“Maturation trop rapide”, ça ne veut pas dire “plus avancé”. L’image la plus simple, c’est une plante qui pousse trop vite. Elle monte haut, mais ses racines restent fragiles. Dans le cerveau, une spécialisation précoce peut réduire la souplesse plus tard, donc la capacité à changer de stratégie, à s’adapter à une consigne nouvelle, ou à résister à une distraction.
Ce schéma cérébral s’accompagne d’un signe mesuré en comportement. Vers 8 à 9 ans, les enfants concernés mettent plus de temps à prendre une décision dans une tâche cognitive. Puis, vers 13 ans, ceux qui décident plus lentement rapportent plus de symptômes d’anxiété.
La recherche ne dit pas qu’un dessin animé cause “directement” une crise d’angoisse dix ans plus tard. Elle propose un chemin plausible, basé sur des mesures du cerveau, prises à plusieurs moments, chez les mêmes enfants. C’est rare, et c’est ce qui rend ce travail utile.
Comment le temps d’écran tôt peut mener à une pensée plus lente et à l’anxiété
Quand on parle de “lien biologique”, on parle d’un enchaînement possible, pas d’un destin. Un même temps d’écran peut avoir des effets très différents selon l’enfant, le contexte, le sommeil, et la présence d’un adulte.
Mais certaines pistes reviennent, et elles parlent au quotidien.
D’abord, plus d’écran peut vouloir dire moins de jeu libre. Or le jeu simple, avec des objets, des gestes, et des essais ratés, entraîne la patience et l’ajustement. C’est là que l’enfant apprend, “je tente, je rate, je recommence”. Un écran donne souvent une réponse déjà prête, avec peu de place pour l’essai.
Ensuite, l’écran peut grignoter le sommeil, surtout s’il arrive tard ou s’il reste en bruit de fond. Or un jeune enfant consolide ses apprentissages pendant le sommeil. Un coucher agité, des réveils, une routine instable, ça pèse sur l’attention le lendemain.
Enfin, il y a la question des échanges. Un bébé apprend le langage dans l’aller-retour. Il regarde, babille, on répond, il répond à nouveau. Cette boucle nourrit aussi la régulation des émotions, car l’enfant se sent compris et guidé.
Ces mécanismes ne sont pas des slogans. Ils donnent du sens aux résultats observés, des réseaux du cerveau à la prise de décision, puis à l’anxiété.
Surcharge de stimulation, moins d’entraînement aux vraies interactions
Un écran attire l’œil avec des couleurs nettes et des scènes rapides. Pour un cerveau en plein rodage, c’est une stimulation intense, parfois sans pause. Or le cerveau a aussi besoin de silence, de lenteur, et même d’ennui. L’ennui n’est pas un vide, c’est un espace où l’enfant invente et trie.
Regarder n’est pas interagir. Quand un adulte parle à un bébé, il ajuste sa voix, il attend un regard, il reformule. L’enfant reçoit un message “à sa taille”. Il peut aussi poser un “non” par un geste, et l’adulte répond. Ce va-et-vient construit l’attention et le calme.
À l’inverse, un écran ne répond pas au bébé. Il avance, même si l’enfant détourne le regard. L’apprentissage devient plus passif. Et plus c’est tôt, plus ça peut compter, car les bases du langage et du contrôle émotionnel se posent à ce moment-là.
Traitement plus lent, ce que cela veut dire au quotidien
“Prise de décision plus lente”, ça peut sembler abstrait. En pratique, ça ressemble à des moments où l’enfant met plus de temps à choisir, à comprendre une consigne, ou à passer d’une activité à une autre.
Par exemple, on lui demande de ranger puis de mettre ses chaussures. Il reste figé, se disperse, ou se met en colère. Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est parfois un coût mental plus élevé pour organiser l’action.
Quand la pensée demande plus d’effort, le stress monte plus vite. Et quand le stress monte, le corps réagit, cœur qui bat, ventre noué, besoin de se rassurer. Chez un ado, ça peut prendre la forme d’une inquiétude durable, d’un évitement, ou d’une tension intérieure.
L’anxiété n’a jamais une seule cause. Il y a la vie de famille, l’école, le tempérament, les événements. Mais si une base cognitive est moins souple, l’ado peut se sentir plus souvent débordé. C’est là que le lien observé prend sens.
Ce que les parents peuvent faire dès maintenant, sans culpabiliser
On peut lire ces résultats comme une alarme. On peut aussi les lire comme une carte. Elle montre une zone sensible, les deux premières années, et elle pointe des gestes protecteurs, simples et à portée.
Le but n’est pas la perfection. Le but, c’est de réduire l’exposition quand elle est la plus sensible, puis d’améliorer la qualité du temps d’écran quand il existe. Et surtout, de remplir la journée d’échanges réels, car ce sont eux qui entraînent le cerveau.
Dans les travaux de la même équipe, un point ressort aussi, la lecture partagée parent-enfant semble atténuer une partie des liens entre temps d’écran très tôt et certains réseaux du cerveau. Ce n’est pas magique. C’est cohérent avec ce qu’on sait du développement, la parole, l’attention partagée, la chaleur affective.
Réduire l’exposition avant 2 ans, et choisir mieux après
Avant 2 ans, la stratégie la plus efficace reste la plus simple, moins d’écran, et moins d’écran en fond sonore. Un écran allumé “sans regarder” compte quand même, car il capte l’œil et coupe les échanges.
Les repas sont un bon repère. Sans écran, on voit les signaux de faim, de satiété, et on parle, même avec peu de mots. Le bain et l’habillage aussi, car ce sont des moments d’attention partagée.
Le soir, l’écran juste avant le sommeil pose souvent problème. Une routine calme aide plus, lumière douce, histoire, chanson, puis dodo. Si l’écran est présent dans la maison, des moments courts et prévus sont plus faciles à gérer qu’un accès libre.
Après 2 ans, le contenu compte, mais la présence d’un adulte compte aussi. Regarder avec l’enfant, commenter, faire des pauses, relier à la vie réelle, ça change l’expérience. Ça transforme une consommation passive en moment de langage.
La lecture partagée, une protection simple et puissante
Dans une étude publiée en 2024 dans Psychological Medicine, liée aux mêmes chercheurs, la lecture fréquente parent-enfant vers 3 ans est associée à un affaiblissement du lien entre temps d’écran en bas âge et certaines différences dans des réseaux cérébraux liés à la régulation émotionnelle.
Pourquoi la lecture aide autant ? Parce qu’elle impose un rythme humain. On tourne une page, on s’arrête, on pointe un détail. L’enfant anticipe, pose un regard, parfois un son. Le parent répond. Cette boucle entraîne l’attention, le vocabulaire, et le calme.
La lecture partagée aide aussi sur le plan affectif. L’enfant se sent proche, contenu, écouté. Pour un cerveau en croissance, cette sécurité compte.
On n’a pas besoin d’un long rituel. Cinq minutes peuvent suffire. Un livre d’images, des mots simples, et la même histoire relue dix fois, c’est normal. Le but n’est pas la nouveauté. Le but, c’est la répétition et le lien. Vous pouvez nommer ce que vous voyez, imiter un bruit, demander “où est le chat ?”, puis attendre. Cette attente, courte, entraîne déjà beaucoup.
A retenir
Une forte exposition aux écrans avant 2 ans est associée, dans une cohorte suivie plus de dix ans, à des différences de réseaux cérébraux, à une pensée plus lente vers 8 à 9 ans, puis à plus de signes d’anxiété vers 13 ans. Le message utile reste simple, réduire les écrans très tôt, protéger le sommeil, et multiplier les échanges réels, surtout la lecture partagée. Si vous vous inquiétez pour l’attention, le sommeil, ou l’anxiété de votre enfant, parlez-en au pédiatre, avec des faits concrets. Les petites habitudes répétées comptent, et elles construisent un terrain plus calme pour grandir.