Probiotiques contribuent à protéger les intestins chez les prématurés selon cette étude

Auteur: François Lehn

relu par Dr Muriel Dodin

Publié le :

Probiotiques contribuent à protéger les intestins chez les prématurés selon cette étude
Dans cette cohorte suédoise, une formule à trois souches de probiotiques était associée à moins d'entérocolites nécrosantes et de décès chez les enfants prématurés
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L’entérocolite nécrosante peut endommager gravement l’intestin d’un bébé prématuré, parfois jusqu’à nécessiter une opération. Une étude suédoise publiée en 2026 dans JAMA Network Open apporte de nouvelles données sur les probiotiques chez les prématurés.

Elle montre une association avec moins de complications intestinales et de décès, sans prouver un effet causal. Pour les familles, cette distinction est importante : les résultats ne garantissent pas une protection individuelle. Leur portée dépend des bactéries administrées, des bébés concernés et des conditions de soins.

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Les probiotiques chez les prématurés peuvent-ils prévenir l’entérocolite ?

Les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui peuvent apporter un bénéfice lorsqu’ils sont administrés en quantité adaptée. En néonatologie, leur intérêt repose sur une idée biologique : soutenir le microbiote intestinal, l’ensemble des microbes présents dans l’intestin. Chez un enfant né trop tôt, cet écosystème se construit dans un organisme encore immature.

L’entérocolite nécrosante associe une inflammation et une destruction des tissus intestinaux. Elle touche surtout les prématurés, dont l’intestin et les défenses immunitaires sont encore peu développés. Un déséquilibre du microbiote fait partie des mécanismes impliqués, sans expliquer à lui seul cette maladie

Certaines bactéries administrées pourraient limiter la place des microbes nocifs et soutenir la barrière intestinale. Ces mécanismes offrent une explication possible aux observations cliniques. Ils ne suffisent toutefois pas à démontrer qu’une supplémentation empêche la maladie chez chaque nourrisson, ni à déterminer quelle préparation convient à tous.

L’effet dépend des souches, c’est-à-dire des variantes précises de micro-organismes, ainsi que du contexte médical. Deux préparations différentes ne peuvent donc pas être considérées comme équivalentes. L’intérêt des probiotiques chez les prématurés s’évalue pour une formule donnée, une population définie et des modalités d’administration encadrées.

Ce que l’étude suédoise a observé chez 4 695 grands prématurés

Cette étude de cohorte repose sur les registres nationaux suédois et couvre la période 2017 à 2024. Elle comprend 4 695 grands prématurés, avec un âge gestationnel moyen de 30,2 semaines. Parmi eux, 33,5 % ont reçu quotidiennement une formule associant Bifidobacterium infantis, Bifidobacterium lactis et Streptococcus thermophilus. Les autres n’ont pas reçu de probiotiques.

Une recommandation nationale suédoise avait été introduite en 2020, avant une augmentation de leur utilisation.

Moins de cas d’entérocolite nécrosante et de décès

Entre 2021 et 2024, le critère combinant décès et entérocolite nécrosante concernait 0,8 % des bébés supplémentés, contre 2,9 % des autres. Il comptabilisait la survenue d’au moins un de ces deux événements.

Sur l’ensemble de 2017 à 2024, le risque relatif ajusté était inférieur de 72 % chez les bébés exposés. Ce pourcentage décrit une différence relative, pas une diminution de 72 points de pourcentage. Les analyses séparées retrouvaient aussi une association avec moins d’entérocolites et moins de décès. Ces résultats restent ceux d’une comparaison entre groupes.

Aucun lien net avec une baisse du risque de septicémie

L’étude n’a pas établi d’association avec une diminution des septicémies, des infections graves pouvant se propager par le sang. Cette absence d’association, également rapportée par le CIDRAP, concorde avec un essai australien et néo-zélandais utilisant les mêmes souches.

D’autres études ont observé une baisse de ce risque. Les résultats peuvent varier selon les populations, les définitions de la septicémie et les souches administrées. Le bénéfice intestinal observé ne permet donc pas de conclure à une protection générale contre les infections.

Ce que les familles et les équipes médicales doivent garder en tête

Une étude d’observation ne prouve pas un lien de cause à effet

Les chercheurs ont comparé des bébés exposés et non exposés, sans attribuer les probiotiques au hasard. Malgré les ajustements statistiques, des différences entre groupes peuvent influencer les résultats. L’évolution des soins pendant la période étudiée peut aussi intervenir.

Les registres comportent une autre limite : certains diagnostics d’entérocolite peuvent être mal classés, avec une possible surestimation de leur fréquence. Ils ne renseignaient pas non plus les bactéries responsables des septicémies. Cette absence empêche de vérifier précisément si certains épisodes étaient liés aux micro-organismes administrés.

Les déclarations de liens d’intérêts précisent que Stefan Johansson, coauteur, est cofondateur et directeur médical de Neobiomics AB, fournisseur de la préparation étudiée. Le financement provenait d’organismes suédois de recherche. Selon les auteurs, les financeurs n’ont participé ni à la conception, ni à l’analyse, ni à la décision de publication.

Des précautions particulières pour les bébés extrêmement prématurés

Les résultats ne doivent pas être généralisés aux enfants nés avant 28 semaines. Ces bébés, plus vulnérables, n’étaient pas couverts par la recommandation suédoise de 2020, faute de preuves suffisantes.

Une surveillance reste nécessaire, même lorsqu’aucune infection liée aux probiotiques n’est signalée. Des risques rares existent : passage de bactéries dans le sang ou contamination pendant la manipulation du produit. La qualité de la préparation et les conditions d’administration comptent autant que le choix des souches. Toute supplémentation relève de l’équipe néonatale, selon l’état du bébé et le protocole du service.

À retenir

Dans cette cohorte suédoise, une formule à trois souches de probiotiques était associée à moins d’entérocolites nécrosantes et de décès chez les enfants prématurés. Aucune association avec une baisse des septicémies n’a été établie.

La prévention intestinale reste une piste encourageante, avec des limites liées au caractère observationnel de l’étude. Poursuivre les recherches permettra de mieux préciser les bénéfices et les risques selon les bébés concernés.

Pour un enfant hospitalisé, toute supplémentation doit être discutée avec l’équipe médicale.

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