Mal au cou à cause de la tête penché sur votre écran? Le temps passé n’explique pas tout

Auteur: François Lehn

relu par Dr Muriel Dodin

Publié le :

Mal au cou à cause de la tête penché sur votre écran? Le temps passé n’explique pas tout
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Le nombre d’heures passées sur votre téléphone ne suffit pas à expliquer la santé du cou. Une étude publiée en 2026 auprès de jeunes femmes associe davantage l’usage problématique du smartphone à certaines différences de posture et de fonction cervicale qu’au temps d’utilisation.

Ces associations restent faibles et ne démontrent aucune relation de cause à effet. Pour comprendre ces résultats sans surestimer leur portée, il faut distinguer la durée d’utilisation, les habitudes numériques et les mesures réalisées sur le cou.

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Le temps passé devant les écrans ne dit pas tout sur la santé du cou

Six heures de téléphone par jour constituent une durée. Un score d’usage problématique décrit une autre dimension : la place du smartphone dans les comportements quotidiens. Les deux informations ne sont pas interchangeables.

Dans cette étude présentée par News-Medical, 63 étudiantes de la faculté des sciences de la santé de l’université Necmettin Erbakan, en Turquie, ont été évaluées. Elles avaient entre 18 et 25 ans, avec un âge moyen de 21,4 ans.

Leur utilisation déclarée atteignait environ 6,1 heures par jour, pour un temps d’écran moyen proche de six heures. Pourtant, ces durées n’étaient pas significativement associées à la plupart des résultats mesurés.

Ce que l’étude a observé chez les étudiantes

Les chercheurs ont utilisé la version turque du Smartphone Addiction Scale-Short Version, un questionnaire de dix questions, chacune cotée de 1 à 6. Le score moyen était de 29,8 sur 60.

Ce questionnaire évalue des comportements problématiques liés au smartphone. Son intitulé comporte le terme de dépendance, mais le résultat doit être distingué d’un diagnostic clinique individuel.

Les scores les plus élevés étaient associés à une tête davantage projetée vers l’avant, à une gêne fonctionnelle cervicale plus importante et à une mobilité réduite dans certains mouvements. La gêne fonctionnelle correspond ici aux difficultés liées au cou dans les activités quotidiennes. Elle ne se confond pas avec l’intensité douloureuse.

L’association avec cette gêne était la plus marquée parmi les résultats de l’étude. Elle restait néanmoins faible, comme toutes les corrélations jugées statistiquement significatives par les auteurs. Un score élevé ne permet donc pas, à lui seul, de prévoir l’état du cou d’une personne.

Pourquoi les heures d’utilisation ne racontent pas toute l’histoire

La durée d’utilisation et le temps d’écran n’étaient pas significativement liés à la douleur, à la plupart des amplitudes cervicales, à l’endurance des muscles extenseurs ou à l’activité physique. Les scores d’usage problématique n’étaient pas non plus associés à l’intensité douloureuse.

Une exception concernait les muscles fléchisseurs du cou : leur endurance augmentait faiblement avec les durées déclarées. Cela ne signifie pas que le téléphone les renforce. Les auteurs envisagent des différences individuelles de capacité musculaire ou une relation dans les deux sens.

Une absence d’association statistiquement significative ne démontre pas l’absence de tout effet. Elle indique que cette étude n’a pas mis en évidence de relation convaincante pour la mesure concernée.

Cette prudence rejoint une étude transversale publiée en 2021, qui ne retrouvait pas de corrélation entre posture, temps d’utilisation, douleur et incapacité cervicales chez de jeunes adultes. Le compteur d’heures constitue donc un indicateur incomplet.

Les postures et les habitudes du smartphone pourraient compter davantage

Les auteurs proposent une explication mécanique : certaines habitudes pourraient multiplier les positions où la tête reste inclinée ou avancée. Ces positions répétées pourraient être associées à des adaptations posturales.

Cette interprétation reste une hypothèse. L’étude n’a ni suivi l’évolution des participantes ni observé leurs positions pendant chaque séance d’utilisation. Elle ne démontre pas qu’une manière précise de tenir le téléphone a provoqué les différences mesurées.

Une utilisation répétée peut influencer la posture et les mouvements

Dans les résultats rapportés par Yapali et ses collègues, les scores d’usage problématique étaient associés à une tête plus avancée, en position assise comme debout. Cette observation concerne une position mesurée, pas une lésion.

Trois mouvements présentaient aussi une amplitude plus faible lorsque ces scores augmentaient : la flexion, la rotation vers la droite et l’inclinaison latérale vers la gauche. Autrement dit, les différences ne concernaient pas uniformément toute la mobilité du cou.

La flexion correspond au mouvement qui rapproche le menton du thorax. La rotation permet de tourner la tête, tandis que l’inclinaison latérale rapproche l’oreille de l’épaule. Les chercheurs ont mesuré ces amplitudes avec un goniomètre, un instrument de mesure des angles.

Ces résultats ne permettent pas d’affirmer qu’une posture de tête avancée entraîne nécessairement une douleur. Dans cet échantillon, les associations portaient surtout sur la posture et certaines fonctions, sans relation significative avec l’intensité douloureuse. Une différence mesurable et un symptôme ressenti restent deux informations distinctes.

Les activités sur le téléphone ne se valent pas toutes

Le temps d’écran additionne des activités différentes. Les réseaux sociaux et les loisirs occupaient une place importante dans les déclarations des participantes, avec une proportion moyenne rapportée d’environ 46 %.

La messagerie représentait environ 27 %, les études 25 % et les appels 22 %. Ces pourcentages ne doivent pas être additionnés comme les parts exclusives d’un même ensemble : les usages déclarés pouvaient se chevaucher.

La proportion consacrée aux réseaux sociaux et aux loisirs présentait un faible lien avec la posture de tête avancée, assise et debout. Aucune association notable n’apparaissait avec les autres résultats.

Cela ne permet pas de désigner une application ou une activité comme responsable d’un problème cervical. La manière d’utiliser le téléphone et le contexte restent insuffisamment documentés pour établir une telle conclusion.

Une publication de 2025 sur la surutilisation du smartphone examine également son association avec les douleurs cervicales. Ces travaux portent toutefois sur des populations et des mesures différentes : leurs conclusions ne constituent pas une règle applicable à chaque utilisateur.

Comment lire ces résultats et prendre soin de son cou

Pour la santé du cou, observer vos positions et votre manière d’utiliser le téléphone peut être plus instructif qu’un total quotidien isolé. Le temps d’écran conserve une utilité descriptive, mais il ne remplace pas l’évaluation des symptômes et des difficultés fonctionnelles.

L’étude ne démontre pas qu’une réduction du temps d’écran prévient les douleurs cervicales. Elle invite plutôt à examiner plusieurs dimensions de l’usage, tout en reconnaissant les limites des données disponibles.

Les limites à garder en tête

Cette recherche est transversale : les habitudes numériques et les caractéristiques cervicales ont été évaluées à une même période. Impossible, dans ces conditions, d’établir ce qui précède quoi. Les habitudes peuvent accompagner certaines différences de posture sans en être la cause.

L’échantillon était restreint et composé uniquement de jeunes étudiantes. Les femmes rapportant des douleurs cervicales au moins deux fois dans l’année précédente étaient exclues, tout comme celles présentant certaines affections susceptibles de limiter les mouvements. Ces critères réduisent la portée des résultats pour les personnes souffrant régulièrement du cou.

Les informations sur l’utilisation du téléphone et l’activité physique étaient autodéclarées. Elles peuvent donc comporter des imprécisions. Les mesures physiques apportaient des données complémentaires, mais elles ne décrivaient pas toute la journée des participantes.

Enfin, les chercheurs ont effectué de nombreuses comparaisons sans correction statistique pour leur multiplicité. Plus les comparaisons sont nombreuses, plus certaines associations peuvent apparaître significatives par hasard. Les auteurs considèrent leurs résultats comme exploratoires.

Les recherches sur le sujet distinguent aussi plusieurs dimensions musculaires. Une étude publiée en 2024 sur l’endurance cervicale examinait déjà conjointement durée d’utilisation, dépendance et endurance. Ces critères ne sont pas équivalents à la douleur et doivent être interprétés séparément.

Des gestes simples pour varier sa posture

Vous pouvez agir sur votre confort sans rechercher une position parfaite ni surveiller constamment votre cou. L’objectif pratique consiste à disposer de plusieurs positions et à éviter de rester longtemps immobile dans une seule.

Les gestes suivants n’ont pas été testés dans cette étude. Ils constituent des possibilités pour varier les postures, sans garantie de prévention ou de soulagement :

  1. Rapprochez ponctuellement l’écran de la hauteur du regard, en gardant les épaules relâchées. Un appui pour les avant-bras peut rendre cette position plus confortable.
  2. Changez régulièrement de position selon l’activité et votre confort. Vous pouvez alterner les appuis plutôt que maintenir une posture rigide.
  3. Interrompez les périodes prolongées d’immobilité pour marcher ou effectuer quelques mouvements confortables. L’étude ne permet pas de fixer un intervalle précis entre les pauses.

Ces ajustements peuvent guider votre organisation quotidienne, mais ils ne remplacent pas une évaluation lorsque des symptômes persistent. Votre capacité à tourner la tête, à dormir ou à réaliser vos activités apporte une information différente du nombre d’heures affiché par le téléphone.

Si une douleur cervicale persiste, s’aggrave ou vous préoccupe, demandez conseil à un professionnel de santé. Une gêne durable mérite d’être examinée pour elle-même, sans être automatiquement attribuée au smartphone. La consultation permet d’évaluer les symptômes dans leur contexte et d’adapter les conseils à votre situation.

Le compteur d’heures reste un indicateur partiel

Dans cette étude, les habitudes problématiques étaient davantage associées à la posture et à certaines fonctions du cou qu’à la durée d’utilisation. Les liens observés restaient faibles et ne prouvaient aucune causalité.

Varier ses positions est une démarche pratique, sans faire du temps d’écran une explication unique des douleurs. Des études plus larges, menées dans le temps et fondées sur des mesures objectives, sont nécessaires pour comprendre ces relations et évaluer l’effet d’une modification des habitudes.

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