Cancer : des effets secondaires de l’immunothérapie liés aux microbiote et l’alimentation

Auteur: François Lehn

relu par Dr Muriel Dodin

Publié le :

Cancer : des effets secondaires de  l’immunothérapie liés aux microbiote et l’alimentation
Montrer le sommaire Cacher le sommaire

Des cellules immunitaires devenues instables pourraient expliquer certains effets secondaires graves de l’immunothérapie contre le cancer, parfois responsables d’une hospitalisation ou d’un arrêt du traitement.

Une étude publiée dans Cell relie cette fragilité à l’alimentation et au microbiote intestinal, avec des résultats surtout expérimentaux. Ces observations ouvrent des pistes de prévention, sans faire d’un changement de régime une solution de remplacement aux soins.

Les grossesses rapprochées favoriseraient le vieillissement prématuré de la mère
Grossesse : une prise de poids excessive augmente les risques de complications

Cellules immunitaires instables liées aux effets secondaires graves de l’immunothérapie contre le cancer

Publiée en 2026, l’étude de Dipyaman Patra et ses collègues a été menée à l’Université de Pittsburgh, dans l’équipe d’Abigail Overacre-Delgoffe. Elle concerne les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire, des médicaments qui libèrent les freins des lymphocytes T. Ces cellules peuvent alors mieux combattre la tumeur. Mais cette activation peut aussi toucher des tissus sains. Les chercheurs ont étudié un mécanisme susceptible d’expliquer pourquoi certains patients développent une inflammation importante.

Pourquoi les lymphocytes T régulateurs peuvent perdre leur stabilité

Les lymphocytes T régulateurs limitent habituellement les réactions immunitaires excessives. Ils participent au maintien d’un équilibre entre la défense de l’organisme et la protection de ses propres tissus. Sous certaines contraintes, ces cellules peuvent devenir fragiles et perdre une partie de leur fonction régulatrice. Dans l’étude, les chercheurs ont retrouvé cette fragilité chez des patients présentant des effets indésirables immunitaires graves. Elle n’était pas observée chez les patients étudiés qui n’avaient pas ces complications.

Une association qui ne prédit pas encore le risque individuel

Cette différence éclaire un mécanisme possible, mais ne démontre pas que cette fragilité explique chaque complication chez chaque patient. La fréquence et la gravité des effets indésirables varient selon les médicaments, leurs associations et les personnes traitées. Certaines réactions nécessitent une hospitalisation ou l’interruption du traitement. Il reste à déterminer si l’état des lymphocytes régulateurs peut annoncer ces événements avant leur apparition. Une différence observée entre deux groupes ne suffit pas à construire un test prédictif utilisable en consultation.

Alimentation et microbiote : des facteurs qui pourraient modifier le risque

Pour étudier ces réactions, les chercheurs ont donné aux souris une alimentation pauvre en fibres, riche en graisses et en glucides transformés. Ce régime a commencé deux semaines avant l’immunothérapie, puis s’est poursuivi pendant le traitement. Les animaux sont devenus plus sensibles aux effets indésirables immunitaires. Leurs lymphocytes régulateurs présentaient aussi des signes de fragilité, accompagnés de modifications du microbiote intestinal.

Des transferts de microbiote renforcent la piste intestinale

Les expériences décrites par l’Université de Pittsburgh permettent de préciser le rôle des microorganismes intestinaux. Le transfert de microbiote provenant de souris soumises au régime expérimental a provoqué une inflammation intestinale chez des souris recevant une alimentation habituelle, riche en fibres. Les chercheurs ont également transféré un microbiote humain à des souris dépourvues de microorganismes. Celui de patients consommant une alimentation de type occidental a accru la gravité des effets indésirables. Ces manipulations soutiennent un rôle causal du microbiote dans ce modèle animal.

Ce que l’étude montre, et ce qu’elle ne permet pas encore de conclure

Ce modèle reproduit plusieurs caractéristiques immunitaires et intestinales observées chez les patients, sans nécessiter l’inactivation complète de gènes chez les souris. Il offre un cadre pour étudier des complications difficiles à reproduire expérimentalement. Mais une réaction obtenue chez l’animal ne démontre pas qu’un régime donné provoque ces complications chez une personne. Les transferts de microbiote ne reproduisent pas toute la situation clinique d’un patient. Ces résultats ne justifient donc aucune modification autonome de l’alimentation ou du traitement.

Des pistes pour réduire les effets indésirables sans affaiblir le traitement

Chez les souris, restaurer la stabilité des lymphocytes régulateurs a réduit la gravité des effets indésirables. Les chercheurs y sont parvenus en bloquant une protéine de signalisation immunitaire dans ces cellules. Le passage à une alimentation riche en fibres ou l’administration de métabolites a également permis de restaurer leur stabilité. Ces molécules, issues du métabolisme, constituent une autre piste expérimentale pour agir sur les mécanismes identifiés.

Protéger les tissus sans réduire l’effet anticancéreux

La difficulté consiste à calmer l’inflammation sans empêcher les lymphocytes d’attaquer la tumeur. Les travaux sur le microbiote et l’immunothérapie montrent que les microorganismes intestinaux interviennent aussi dans la réponse anticancéreuse. Une intervention sur cet écosystème doit donc être étudiée sous ces deux angles. L’équipe recherche des cibles propres aux tissus touchés et des approches capables de préserver l’efficacité du traitement. La supplémentation en métabolites est envisagée pour réduire la sensibilité aux complications sans modifier directement l’ensemble du microbiote.

À retenir : des résultats prometteurs, mais encore préliminaires

Ces approches restent expérimentales. Les prochaines étapes consistent à confirmer les marqueurs de risque chez les patients, puis à tester des interventions ciblées. Leur intérêt clinique dépendra de leur capacité à réduire les complications tout en préservant la réponse contre le cancer. Les résultats obtenus chez la souris ne suffisent pas à recommander un supplément ou un régime particulier. Un patient ne doit ni interrompre son immunothérapie ni changer son alimentation sans en parler à son équipe soignante, même dans une intention préventive.

En quelques mots

La fragilité des lymphocytes T régulateurs relie plusieurs observations concernant l’alimentation, le microbiote et la toxicité de l’immunothérapie. Les expériences animales renforcent cette piste, tandis que les observations humaines demandent encore confirmation.

L’objectif est de développer une prévention ciblée, capable de protéger les tissus sains sans diminuer les bénéfices anticancéreux. Pour les patients, ces résultats constituent une perspective de recherche, pas une nouvelle consigne alimentaire ni une raison d’interrompre les soins.

Vous avez aimé cet article ?

TDAH: un risque lourd sur l’espérance de vie
Votre âge dit moins de votre santé que vos habitudes de vie selon cette étude

PRESSE SANTÉ s'efforce de transmettre la connaissance santé dans un langage accessible à tous. En AUCUN CAS, les informations données ne peuvent remplacer l'avis d'un professionnel de santé.

Donnez votre avis

★★★★★

Soyez le 1er à noter cet article
ou bien laissez un avis détaillé


Vous aimez cet article ? Partagez !



Presse Santé est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris :

Partagez votre avis

Partagez votre avis