
Et si le problème n’était pas qu’on ne voit pas les étiquettes alimentaires, mais qu’on n’y prête plus attention ? On a longtemps pensé qu’un texte plus gros, donc plus facile à lire, pousserait vers de meilleurs choix. L’idée paraît logique, comme agrandir un panneau de danger sur la route.
Pourtant, au Royaume-Uni, un signal clair apparaît sur un produit très banal, le sandwich emballé. Au début, mieux lire les feux tricolores semble calmer l’achat. Puis, avec le temps, l’effet s’effrite, et finit même par repartir dans l’autre sens. La lisibilité aide, mais l’habitude, le contexte d’achat, et l’adaptation des marques pèsent autant.
Ce que l’étude britannique dit vraiment sur la lisibilité des étiquettes
Une étude parue dans Nutrients (2026) s’appuie sur une grande enquête au Royaume-Uni, menée par vagues entre 2012 et 2018. Les chercheurs ont analysé les réponses de 8 948 personnes, issues du programme Food and You Survey. Les répondants déclaraient à quelle fréquence ils consommaient plusieurs aliments, et disaient aussi si la taille d’écriture des étiquettes alimentaires était facile à lire.
Le point important, c’est la distinction entre étiquettes alimentaires visibles et étiquettes alimentaires lisibles. Une face avant colorée attire l’œil, mais si la police est trop petite, l’info reste hors d’atteinte. Dans l’étude, la lisibilité (liée à la taille des caractères) sert de porte d’entrée. Sans cette porte, le message nutritionnel reste théorique.
Autre point clé, les résultats montrent des liens observés, pas une preuve directe de cause. On ne peut pas dire, avec certitude, que lire mieux fait acheter moins. Les auteurs rappellent aussi que la relation peut aller dans l’autre sens, un gros consommateur peut “cesser de voir” l’étiquette, car il achète en pilote automatique.
Le contexte compte aussi, car le Royaume-Uni a introduit en 2013 l’étiquetage nutritionnel en feux tricolores (Multiple Traffic Light) sur l’avant de l’emballage. Beaucoup de personnes disent comprendre ce système. Pourtant, les changements d’achats restent limités, et pas toujours durables.
Pourquoi les sandwichs emballés réagissent différemment des autres aliments
Dans l’analyse, le résultat qui bouge vraiment concerne les sandwichs préemballés, donc des repas prêts à consommer. Ce n’est pas anodin. Un sandwich s’achète souvent vite, en gare, près du bureau, à la pause. La faim presse, le temps manque, la main va vers ce qui est simple.
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À l’inverse, des produits comme la viande fraîche ou certains produits laitiers entrent plus souvent dans un achat planifié. On les prend pour cuisiner, pas pour calmer un creux immédiat. Dans ce cas, lire plus facilement ne change pas grand-chose, car la décision se joue ailleurs, sur le budget, l’habitude, ou la recette du soir.
L’étude utilise aussi des catégories “témoins” (par exemple des aliments sans étiquette frontale, ou des catégories où l’effet attendu est faible) pour mieux séparer un effet lié à la lisibilité, d’un simple changement de mode alimentaire. Cette approche renforce la lecture des résultats, même si elle ne transforme pas l’étude en essai contrôlé.
Un effet qui s’use avec le temps, accoutumance et adaptation des marques
Le schéma observé sur les sandwichs a de quoi surprendre. En 2012, une hausse d’un niveau de lisibilité est liée à une baisse d’environ 9 % des chances d’en consommer souvent. Cela ressemble à un effet d’alerte, quand les gens remarquent mieux un rouge sur le devant.
Mais en 2018, la même hausse de lisibilité est liée à une hausse d’environ 4 % des chances d’en consommer souvent. Le message ne “marche” plus de la même façon. Une explication simple tient en un mot, accoutumance. À force de voir le même code, l’œil le filtre, comme un bruit de fond.
Il faut aussi compter avec l’adaptation du marché. Après l’arrivée des feux tricolores, des fabricants ont revu certaines recettes. Si un produit passe d’un rouge à un orange, ou affiche un profil moins “alarmant”, la lisibilité ne joue plus comme un frein. Elle peut même devenir un argument rassurant, sans que le produit devienne un choix idéal.
Enfin, les gros consommateurs peuvent réduire leur attention à l’étiquette avec le temps. Ce n’est pas un défaut moral, c’est un réflexe courant. Quand on connaît un produit, on lit moins, même si le texte est plus grand.
Pourquoi agrandir le texte ne suffit pas pour manger plus sain
On aimerait croire qu’un bon choix vient d’une bonne info. Dans la vraie vie, l’assiette dépend aussi du prix, du goût, de la faim, du stress, et de la routine. Un midi chargé, personne n’a envie de faire des calculs. On choisit un repas comme on attrape un parapluie avant la pluie, par réflexe.
Au Royaume-Uni, les aliments ultra-transformés représentent plus de la moitié de l’énergie consommée. Dans ce groupe, les plats prêts à manger prennent une place à part, car ils remplacent un repas complet. Cela change la portée du problème. Un snack trop sucré pèse, mais un repas entier trop riche pèse plus, et plus souvent.
L’étiquette, même lisible, ne peut pas tout porter. Elle informe, elle n’efface pas le rayon rempli, les promos, ni l’offre pauvre en options simples et saines. Elle ne change pas non plus le trajet, métro puis boulot, où l’on mange debout.
Achats impulsifs, habitudes, et lecture en mode automatique
Pour les achats sur le pouce, la décision se fait en quelques secondes. La main va vers un format connu, un goût familier, un prix accepté. La lisibilité aide surtout si la personne choisit de lire, et si elle a le temps d’en tenir compte.
Il existe aussi une fatigue de l’info. Quand chaque emballage parle, alerte, conseille, le cerveau trie et coupe. L’étiquette devient un décor. On la voit, mais on ne la “lit” plus, comme un panneau publicitaire sur un trajet quotidien.
Dans ce contexte, agrandir le texte ressemble à mettre un mégaphone dans une rue bruyante. Le son est plus fort, mais le bruit reste.
Tout le monde ne lit pas les étiquettes de la même façon
L’étude montre des écarts entre groupes. Les 16-24 ans déclarent, en moyenne, une lecture plus facile. Des adultes d’âge moyen rapportent plus de gêne. Les 65 ans et plus se situent entre les deux, avec une lisibilité modérée.
Le revenu joue aussi. Les ménages plus aisés déclarent une lecture plus facile que les ménages à bas revenu. Cela peut refléter des différences de santé visuelle, d’habitude de lecture, ou de temps disponible pour comparer.
Autre détail parlant, la responsabilité des courses. Les personnes qui font moins souvent les courses disent parfois lire plus facilement. C’est cohérent avec une réalité simple, ceux qui achètent souvent peuvent aller plus vite, donc moins lire, même si c’est lisible.
Ces écarts ne doivent pas servir à pointer du doigt. Ils rappellent une chose, une règle unique ne touche pas tout le monde de la même façon.
Comment rendre les politiques d’étiquetage plus utiles, sans tout miser sur la police
Si la lisibilité seule s’use, il faut viser le moment du choix. Les auteurs soulignent l’intérêt de règles plus adaptées selon les catégories. Un sandwich pris à la hâte n’appelle pas la même aide qu’un ingrédient pour un dîner.
L’objectif reste simple, rendre l’option la plus saine plus facile à repérer, et plus simple à prendre. La police de caractère compte, mais elle ne remplace pas le reste.
Miser sur le bon endroit et le bon moment, pas seulement sur le format
Pour les produits d’achat rapide, l’info doit se comprendre en une seconde. La face avant aide, mais le point de vente compte aussi. Un rappel clair près du rayon, un placement qui ne cache pas les options plus équilibrées, ou une offre “prête à emporter” mieux pensée, peut peser plus qu’un texte agrandi.
Le contexte est décisif. Entre une cantine, une gare, et un supermarché, le même label ne vit pas la même vie. On ne lit pas pareil quand on a cinq minutes.
Associer les labels à d’autres leviers simples
L’étiquette marche mieux quand elle n’est pas seule. Une réforme réelle des recettes, des portions plus cohérentes, et des offres repas qui incluent plus de fibres et moins de sel, peuvent changer le terrain de jeu. Le prix et les promos comptent aussi, car ils orientent le choix, même chez les lecteurs attentifs.
L’accès à des options pratiques pèse autant que l’info. Si l’option saine demande plus de temps, elle perd. Si elle est aussi simple, elle gagne une chance.
A retenir
Rendre les étiquettes plus faciles à lire reste utile, mais mieux lire ne veut pas dire mieux choisir. Sur les achats impulsifs, l’effet peut être fort au début, puis s’user avec l’accoutumance et l’adaptation des produits. La leçon est claire, une politique d’étiquetage doit coller aux catégories, et au lieu d’achat. Si l’on veut freiner l’alimentation malsaine, il faut aussi rendre le choix sain plus simple, au bon moment, et à portée de main.