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Grippe : la « mémoire immunitaire » cachée dans votre nez

Des chercheurs montrent que des cellules immunitaires mémoire nichées dans la muqueuse nasale ralentissent le virus de la grippe dès son entrée dans l’organisme

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On imagine souvent le système immunitaire comme une armée circulant dans le sang, prête à intervenir partout dans le corps. En réalité, une partie de cette armée ne bouge presque jamais : elle reste sur place, directement au niveau des tissus qui servent de portes d’entrée aux infections. C’est le cas dans la muqueuse nasale, premier contact du virus de la grippe avec l’organisme.

Une équipe de l’université de Göteborg vient de montrer que des cellules immunitaires mémoire, installées durablement dans le nez après une infection grippale, sont capables de ralentir le virus dès son arrivée. Selon leur étude, publiée dans le Journal of Experimental Medicine, ces cellules réduisent la quantité de virus qui s’installe dans la muqueuse et limitent les dommages locaux.

Ces cellules appartiennent à la famille des lymphocytes T mémoire résidents (tissue-resident memory T cells, ou TRM). Contrairement aux cellules mémoire qui circulent dans le sang, les TRM restent fixées dans un tissu précis, ici la muqueuse nasale. Elles gardent une « mémoire » des agents infectieux déjà rencontrés et peuvent se réactiver très vite en cas de nouvelle exposition. Dans le cas de la grippe, cela signifie que le nez ne se contente pas de filtrer l’air : il garde une trace immunitaire de l’infection, prête à agir en quelques heures.

Une « armée locale » de cellules mémoire dans la muqueuse nasale

Pour mieux comprendre ce qui se passe dans le nez, les chercheurs ont travaillé d’abord sur des modèles murins. Après une première infection grippale, ils ont observé la présence de CD4+ tissue-resident memory T cells dans les tissus nasaux. Ces lymphocytes restent fixés sur place, au contact des cellules épithéliales, et se réactivent rapidement lors d’une nouvelle rencontre avec le virus. Les expériences montrent qu’ils aident à réduire la réplication virale et les lésions tissulaires à ce niveau.

Pour confirmer la pertinence de cette découverte chez l’humain, l’équipe a ensuite analysé des échantillons de muqueuse nasale provenant d’adultes en bonne santé. Résultat : ils ont retrouvé ce même type de cellules mémoire spécifiques du virus de la grippe, ce qui suggère l’existence, chez l’homme aussi, d’une véritable mémoire immunitaire locale dans le nez après infection ou vaccination.

Cette notion de « mémoire locale » n’est pas totalement nouvelle. Une étude publiée dans Science Immunology en 2017 montrait déjà que des lymphocytes T mémoire résidents dans l’épithélium nasal de souris, induits par une immunisation au niveau des voies aériennes supérieures, étaient capables de bloquer la propagation du virus de la grippe vers les poumons. Les auteurs expliquaient que ces cellules pouvaient empêcher le virus d’atteindre les voies respiratoires inférieures et de provoquer des formes plus graves de la maladie.

Plus récemment, un atlas de la muqueuse nasale obtenu par single-cell RNA sequencing a permis de cartographier finement les différentes populations de cellules immunitaires et épithéliales impliquées lors d’une infection grippale, puis lors d’une réinfection. Cette étude, parue en 2024 sous le titre « Primary nasal influenza infection rewires tissue-scale memory response dynamics », montre comment la première infection reprogramme l’ensemble de la réponse immunitaire locale, avec une coordination étroite entre cellules épithéliales spécifiques et cellules T mémoire résidentes.

Bloquer le virus à la porte : un enjeu majeur de prévention

Cette mémoire immunitaire nasale change notre manière de voir la lutte contre la grippe. Si le virus est stoppé ou fortement ralenti dans la muqueuse nasale, il a moins de chances de descendre vers les bronches et les poumons, là où il provoque les complications les plus sévères. Une étude publiée dans Science Immunology sous le titre « Resident memory CD8+ T cells in the upper respiratory tract prevent pulmonary influenza virus infection » a montré que des lymphocytes T mémoire résidents dans le haut appareil respiratoire pouvaient empêcher la transmission du virus vers les poumons et éviter le développement d’une pneumonie grippale.

Dans la nouvelle étude rapportée, les chercheurs observent que, lors d’une seconde infection, les cellules mémoire du nez se réactivent très vite et coordonnent l’arrivée d’autres acteurs immunitaires, comme certaines cellules myéloïdes. Ce déploiement rapide réduit la charge virale et limite les dégâts dans le tissu nasal. Selon l’une des auteures, ce mécanisme pourrait expliquer pourquoi certaines personnes, déjà exposées au virus ou bien vaccinées, développent des formes plus légères de la grippe : leur nez est mieux préparé.

D’autres travaux sur les TRM pulmonaires montrent que ces cellules ne se contentent pas de tuer les cellules infectées. Elles modulent aussi l’inflammation locale. Une étude parue en 2026 dans le Journal of Experimental Medicine sous le titre « Lung tissue–resident memory T cells optimize protection by IL-10 » décrit comment des TRM du poumon produisent de l’IL‑10, une cytokine régulatrice, pour atténuer l’inflammation excessive lors d’une seconde infection virale. Même si cette étude porte sur le poumon, elle confirme que les TRM jouent un double rôle : protection antivirale et contrôle de l’inflammation.

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Pour la grippe et d’autres infections respiratoires, ce modèle « bloquer le virus à la porte » est stratégique. Il suggère que renforcer l’immunité locale au niveau du nez pourrait réduire les formes graves, mais aussi limiter la transmission d’une personne à l’autre, en abaissant très tôt la quantité de virus dans les voies aériennes supérieures.

Vers de nouveaux vaccins nasaux plus efficaces ?

Ces découvertes relancent l’intérêt pour des vaccins nasaux conçus non seulement pour induire des anticorps dans le sang, mais aussi pour générer une forte population de lymphocytes T mémoire résidents dans le nez. L’étude de Pizzolla et ses collègues, publiée dans Science Immunology, a déjà montré qu’une immunisation ciblée sur les voies respiratoires supérieures pouvait induire durablement ces TRM nasaux, capables de bloquer l’infection pulmonaire lors d’un contact ultérieur avec le virus de la grippe.

Une revue publiée sur PubMed sous le titre « Tissue resident memory T cells in protective immunity to influenza » résume ce concept : les TRM installés dans le tractus respiratoire offrent une protection robuste et durable contre des souches grippales diverses, en particulier lorsque la vaccination ou l’infection antérieure a été dirigée vers les voies aériennes. Les auteurs suggèrent que les vaccins de demain devraient viser explicitement à induire ce type de mémoire locale, en plus des anticorps circulants.

La nouvelle étude sur les cellules mémoire du nez, publiée en 2026 sous le titre « Nasal memory cells help slow influenza virus at entry », apporte une preuve supplémentaire que cette stratégie est pertinente. Les chercheurs y montrent, chez la souris, que ces cellules réduisent la réplication virale dans le nez, puis mettent en évidence des cellules similaires dans des prélèvements humains. Cette continuité entre modèle animal et tissu humain renforce l’idée que le nez est une cible à part entière pour la vaccination.

Reste une question importante : comment concevoir des vaccins nasaux à la fois efficaces et sûrs ? Certains sprays grippaux existants ont donné des résultats variables. Les travaux récents fournissent des pistes : mieux comprendre les signaux qui favorisent l’installation durable des TRM dans la muqueuse nasale, identifier les vecteurs ou adjuvants les plus adaptés, et tenir compte des particularités de la flore microbienne locale.

Protéger son nez au quotidien : un réflexe pour l’hiver

Ces avancées scientifiques peuvent sembler très techniques. Pourtant, elles envoient un message simple : votre nez n’est pas qu’un tuyau d’air, c’est un organe immunitaire clé. Protéger la muqueuse nasale, c’est aider cette mémoire locale à fonctionner au mieux. Cela passe par des gestes de santé déjà bien connus, mais que ces travaux viennent renforcer.

La qualité de l’air joue un rôle direct : la fumée de tabac, la vape, certains polluants ou un air trop sec peuvent irriter la muqueuse et perturber l’environnement dans lequel vivent ces cellules mémoire. Maintenir une bonne humidité de l’air intérieur en hiver, éviter le tabagisme actif et passif, limiter l’exposition aux irritants chimiques sont autant de façons de préserver cette barrière. Un sommeil suffisant, une alimentation équilibrée et la gestion du stress soutiennent plus globalement le système immunitaire, y compris au niveau des muqueuses respiratoires.

Sur le plan médical, ces découvertes plaident pour une meilleure prise en compte de la santé nasale dans la prévention des infections respiratoires. Les futures campagnes de vaccination pourraient s’intéresser à des combinaisons de vaccins injectables et nasaux, selon le profil des patients. Chez les personnes âgées ou fragiles, renforcer la mémoire immunitaire locale dans le nez pourrait réduire le risque de complications grippales. Chez l’enfant, dont le système immunitaire est encore en construction, le nez pourrait devenir un site de vaccination stratégique.

En attendant l’arrivée de ces nouveaux vaccins, les recommandations classiques gardent toute leur valeur : vaccination annuelle contre la grippe pour les personnes à risque, gestes barrières en période d’épidémie, attention à la qualité de l’air intérieur. Avec en plus cette idée en tête : chaque infection ou vaccination réussie laisse une trace dans votre nez, une « mémoire » discrète mais précieuse, prête à intervenir lors du prochain hiver.

En quelques mots

Des études récentes montrent que la muqueuse nasale abrite des lymphocytes T mémoire résidents spécifiques de la grippe, capables de se réactiver très vite et de réduire la charge virale dès l’entrée du virus dans l’organisme. Des travaux publiés dans Science Immunology, le Journal of Experimental Medicine et d’autres revues ont démontré, chez la souris, que ces cellules peuvent empêcher la propagation du virus vers les poumons et limiter les formes graves.

Chez l’être humain, des cellules similaires ont été identifiées dans la muqueuse nasale, ce qui ouvre la voie à de vaccins nasaux mieux ciblés, capables d’installer une mémoire immunitaire locale en plus de la réponse systémique. En attendant, protéger la santé de sa muqueuse nasale par de simples gestes (éviter le tabac, soigner l’air intérieur, suivre les recommandations vaccinales) contribue déjà à soutenir cette barrière immunitaire de première ligne.

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Cet article a été élaboré avec le soutien d’un outil d’intelligence artificielle. Il a ensuite fait l’objet d’une révision approfondie par un journaliste professionnel et un rédacteur en chef, assurant ainsi son exactitude, sa pertinence et sa conformité aux standards éditoriaux.

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