Epigénétique: influer sur nos gènes pour une bonne santé

Un mode de vie sain réduit considérablement le risque d’être touché par plusieurs types de maladies chroniques, notamment le cancer. Cet effet protecteur serait dû à l’influence de ces bonnes habitudes de vie sur la fonction de certains gènes impliqués dans le développement du cancer. Nous pouvons donc influencer, par notre comportement, l’expression de nos gènes, c’est ce qu’étudie cette nouvelle science: l’éipgénétique.

Un nombre impressionnant d’études ont démontré que les habitudes de vie jouent un rôle prédominant dans le risque de développer plusieurs types de

maladies, que ce soit les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, plusieurs types de cancer et même certaines maladies dégénératives comme la maladie d’Alzheimer.

Alors que nous croyons très souvent que ces maladies sont principalement causées par des gènes défectueux transmis par l’hérédité, ces études montrent au contraire qu’il est possible de prévenir la très grande majorité de ces pathologies en adoptant un mode de vie sain, basé sur une alimentation principalement composée de végétaux, de l’exercice physique régulier et l’absence de tabagisme. Comment le mode de vie peut-il autant jouer sur le risque de maladies ? Une étude publiée dans la revue de l’Académie des sciences des États-Unis illustre bien cette approche. Cette recherche suggère que ces bonnes habitudes de vie sont associées non seulement à une amélioration de plusieurs paramètres physiques (poids corporel, cholestérol sanguin, tension artérielle), mais également à de profonds changements au niveau de nos cellules, en particulier de notre matériel génétique.

Diminuer l’expression des gènes responsables de cancers

Pour examiner l’impact du mode de vie sur le plan moléculaire, les chercheurs ont examiné l’expression de plusieurs gènes chez des hommes présentant un cancer précoce de la prostate. Pendant une période de 3 mois, ces hommes (âge moyen de 62 ans) ont été soumis à un programme d’intervention intensif qui incluait une alimentation basée principalement sur des aliments d’origine végétale, combinée avec à une activité physique modérée (30 minutes de marche par jour). Après la période d’intervention, un échantillon de prostate à été prélevé auprès de chacun des participants à l’aide d’une biopsie à l’aiguille, et le tissu a été analysé et comparé avec un échantillon de prostate prélevé au début de l’étude. En utilisant des techniques extrêmement sensibles d’amplification de l’ADN qui permettent de déterminer le niveau d’expression d’un large éventail de gènes, les chercheurs ont mis en évidence des différences importantes entre les deux tissus.

En particulier, ils ont observé que les échantillons de prostate prélevés après la période d’expérimentation montraient une diminution importante de l’expression de plus de 450 gènes différents, certains d’entre eux étant des oncogènes très puissants. Certains de ces oncogènes (en particulier les gènes RAN et SHOC2) sont bien connus pour participer à la progression du cancer et constituent des cibles thérapeutiques pour le développement de nouveaux médicaments de chimiothérapie par l’industrie pharmaceutique.

Ces résultats sont donc extrêmement intéressants car ils suggèrent qu’il est possible de réduire le potentiel oncogénique des cellules cancéreuses en adoptant un mode de vie sain.

Agir sur son mode de vie pour protéger sa santé

Il faut donc cesser de considérer des maladies chroniques telles que le cancer comme des pathologies contre lesquelles nous ne pouvons rien faire. Cessons d’être passifs face à ces maladies et retroussons-nous les manches ! Le fait de ne pas fumer, de bien manger et de faire de l’exercice entraîne de multiples conséquences bénéfiques sur notre organisme et peut moduler le fonctionnement de nos gènes.

Source

Ornish et al: Changes in prostate gene expression in men undergoing an intensive nutrition and lifestyle intervention Proc. Natl. Acad. Sci. USA ; 105 : 8369-8374.