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Santé mentale : Instagram brouillerait la perception que nous avons de notre propre corps 

Cette étude sur Instagram n'est pas seulement sur l'estime de soi ou la satisfaction devant une photo. Il touche aussi à la manière dont le cerveau construit le sentiment d'habiter son propre corps.

Ce n’est pas qu’une affaire de miroir. Selon une étude publiée en 2026 dans Computers in Human Behavior, un usage prolongé d’Instagram pourrait toucher un mécanisme plus intime, la façon dont le cerveau reconnaît le corps comme le sien.

Sur les réseaux sociaux, le visage devient une vitrine. Selfies, filtres, retouches et comparaison continue poussent à regarder son apparence sans relâche. Les chercheurs parlent d’une possible érosion de l’identité corporelle. Ils ne disent pas qu’Instagram cause, à lui seul, des troubles mentaux. Ils posent une question plus fine, et plus dérangeante.

Ce que les chercheurs ont voulu comprendre dans cette étude sur Instagram

À Milan, l’équipe dirigée par Giuseppe Riva, avec Maria Sansoni, a étudié un angle encore peu travaillé. La question n’était pas seulement : “Aime-t-on moins son corps après avoir passé du temps sur Instagram ?” Elle était plus précise. Des années passées sur une plateforme centrée sur l’image peuvent-elles modifier le sentiment que notre corps nous appartient ? Le détail du travail figure dans l’étude publiée dans Computers in Human Behavior.

L’idée avancée reste une hypothèse scientifique. Rien de plus, rien de moins. À force de voir des visages filtrés, lissés, rapprochés d’un même modèle, le cerveau pourrait perdre une partie de ses repères habituels. Les frontières entre soi et les autres ne disparaîtraient pas. Elles deviendraient plus souples, plus faciles à déplacer.

Pourquoi le visage est au centre du problème

Le visage n’est pas un détail dans cette histoire. C’est ce qu’on retrouve dans le miroir, sur les photos, dans le regard des autres. C’est aussi la zone du corps la plus liée à l’identité. Si une confusion apparaît là, elle raconte autre chose qu’un simple malaise devant une image ratée. Pour les neurosciences, c’est un signal fort.

Comment le cerveau construit le sentiment que notre corps nous appartient

Le cerveau assemble sans pause plusieurs sources d’information. Il capte ce qui vient de l’intérieur, comme le rythme cardiaque, la respiration, la position des membres ou certaines sensations viscérales. Il mélange ensuite ces signaux avec ce que l’on voit, ce que l’on touche et ce que l’on entend. De ce travail naît une certitude banale en apparence : ce corps est le mien.

Le rôle des signaux du corps et des sens

Quand cet assemblage fonctionne bien, l’image de soi reste stable. On se sent ancré dans son corps. On reconnaît plus facilement ses émotions, ses limites, ses besoins. Ce mécanisme aide aussi à garder une distance nette entre soi et le monde extérieur.

Quand ces mécanismes se dérèglent

Si ce système devient moins stable, le rapport au corps peut se fragiliser. Certaines personnes se sentent moins “chez elles” dans leur apparence, ou moins sûres de leurs sensations. En psychiatrie, ce type d’altération intéresse les chercheurs parce qu’il apparaît dans certains troubles alimentaires et dissociatifs. On ne parle pas ici d’un symptôme unique, mais d’une vulnérabilité possible.

Ce que montre l’étude sur les jeunes adultes qui utilisent Instagram depuis des années

Pour tester cette question, les chercheurs ont recruté 95 jeunes adultes, hommes et femmes, âgés en moyenne de 26 ans. Leur historique d’Instagram approchait huit ans. Ils ont participé à des expériences de réalité virtuelle fondées sur des illusions corporelles. Le principe est simple à comprendre. Quand ce que l’on voit et ce que l’on ressent est synchronisé, il devient parfois possible de ressentir qu’un autre visage ou un autre corps est un peu le sien.

Le phénomène observé avec la réalité virtuelle

Le résultat le plus marquant tient en peu de mots. Plus l’histoire d’usage d’Instagram était longue, plus certains participants avaient tendance à reconnaître le visage d’un inconnu comme si c’était le leur. Les auteurs parlent d’un effet de dose lié à la durée d’exposition. Ce point compte. Il s’agit d’une association statistique, pas d’une preuve que l’application cause directement ce changement.

Pourquoi ce résultat a surpris les chercheurs

La surprise vient du fait que l’effet concerne le visage, pas n’importe quelle partie du corps. C’est ce qui rend l’observation si intéressante. Le visage porte la singularité, la mémoire de soi, la reconnaissance sociale. Si c’est là que la frontière devient plus souple, la question dépasse largement la simple insatisfaction esthétique.

Instagram, comparaison sociale et pression sur l’apparence

Ce résultat s’inscrit dans un contexte plus large. Instagram transforme facilement le corps en outil de présentation de soi. On poste, on corrige, on compare, on attend une réaction. L’American Psychological Association rappelle que plusieurs travaux ont déjà relié la plateforme à des difficultés d’image corporelle, d’estime de soi et d’anxiété sociale. Selon l’OMS, la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes est déjà un enjeu majeur. Tout ce qui fragilise le rapport au corps mérite donc une attention sérieuse.

Quand l’image de soi devient une vitrine

À force de se regarder comme un contenu, le visage peut devenir un objet à corriger. On surveille l’angle, la lumière, la peau, l’expression. Le filtre ne change pas seulement la photo. Il peut installer un écart entre l’image que l’on montre et celle que l’on accepte hors écran.

Ce que cela peut changer dans la vie quotidienne

Cet écart peut ensuite peser dans la vie ordinaire. Le miroir rassure moins. La photo sans retouche paraît trop dure. Le regard des autres prend plus de place qu’avant. L’étude de Milan ne pose aucun diagnostic. Elle suggère que la question de l’apparence peut, chez certains, toucher le sentiment même d’habiter son corps.

Ce qu’il faut retenir avant de tirer des conclusions trop rapides

Il faut rester sobre. Cette recherche ne prouve pas qu’Instagram cause des troubles mentaux. Elle ne dit pas non plus que les effets observés sont forcément négatifs dans tous les cas. Elle montre un signal chez une génération qui a grandi avec les réseaux sociaux, et ce signal mérite d’être suivi.

Pourquoi les chercheurs appellent à la prudence

D’autres facteurs peuvent peser lourd. L’âge, l’histoire personnelle, la pression sociale, l’état psychique de départ ou l’usage d’autres plateformes entrent aussi en jeu. Une seule étude ne suffit jamais à établir une cause.

Ce que cela annonce pour les adolescents d’aujourd’hui

La vraie question regarde maintenant les plus jeunes. Ils arrivent plus tôt sur les plateformes visuelles et y restent plus longtemps. Si des associations avec l’identité corporelle apparaissent déjà chez de jeunes adultes, la prévention devra suivre le mouvement. La recherche aussi.

En quelques mots

L’intérêt de cette étude est clair. Elle déplace le débat. Le sujet n’est plus seulement l’estime de soi ou la satisfaction devant une photo. Il touche aussi à la manière dont le cerveau construit le sentiment d’habiter son propre corps.

Mieux comprendre ce mécanisme peut aider à protéger la santé mentale des jeunes, sans dramatiser ni tout mettre sur le dos d’une seule application. Les prochaines études diront jusqu’où va cet effet, et chez qui il pèse le plus.

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