Cette prévention simple pourrait réduire de près de 80 % le risque de cancer de l’ovaire le plus mortel
La salpingectomie opportuniste est associée à une baisse proche de 80 % du risque de cancer séreux de l’ovaire

Quand il n’existe pas de test de dépistage fiable pour une maladie, la prévention prend une place énorme. C’est le cas du cancer de l’ovaire, souvent silencieux au début, puis découvert tard.
Une approche venue du Canada attire l’attention, la salpingectomie opportuniste (SO). Le principe est clair, retirer les trompes de Fallope pendant une opération gynécologique déjà prévue, comme une hystérectomie ou une ligature des trompes. Les ovaires restent en place.
Selon une grande étude publiée en 2026 dans JAMA Network Open, basée sur les données de la Colombie-Britannique, cette stratégie est associée à une baisse d’environ 80 % du risque de cancer séreux de l’ovaire, la forme la plus fréquente et la plus redoutée. Une idée simple, avec un impact potentiel énorme.
Comprendre ce cancer, et pourquoi il est si difficile à repérer tôt
Le cancer de l’ovaire regroupe plusieurs maladies, qui n’ont pas toutes la même origine. Ce qui les rapproche, c’est un point dur, les signes sont souvent vagues au départ. Ballonnements, gêne abdominale, fatigue, ces symptômes ressemblent à beaucoup d’autres troubles courants. Résultat, le diagnostic arrive souvent quand la maladie est déjà avancée, et les soins deviennent plus lourds.
On parle du cancer gynécologique le plus mortel. Au Canada, on compte environ 3 100 nouveaux cas par an, et près de 2 000 décès. Ces repères ne servent pas à inquiéter, ils expliquent pourquoi les médecins cherchent des solutions en amont, avant même qu’une tumeur n’apparaisse.
L’autre changement important est venu de la recherche, une partie des cancers dits “de l’ovaire”, surtout les formes séreuses, semblent en fait commencer ailleurs. Et cet “ailleurs” change tout pour la prévention.
Pourquoi l’absence de dépistage fiable change tout
Pour d’autres cancers, on peut proposer des tests à grande échelle. Ici, ce filet de sécurité n’existe pas sous une forme fiable pour la population générale. On ne peut pas compter sur un examen simple, répété, qui repère tôt les cas à coup sûr.
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Sans dépistage robuste, beaucoup de diagnostics se font tard. Et quand on arrive tard, les options se réduisent. La prévention devient alors une piste logique, presque comme réparer une pièce quand le capot est déjà ouvert, plutôt que d’attendre la panne sur l’autoroute.
Le point clé, beaucoup de cancers partent des trompes, pas des ovaires
Pendant longtemps, on a pensé que l’origine principale était l’ovaire lui-même. Les travaux récents ont déplacé le regard vers les trompes de Fallope, ces deux fins conduits entre l’utérus et les ovaires. Pour une grande part des cancers séreux, la source initiale serait dans les trompes, puis la maladie s’étend.
La nuance est simple, les ovaires produisent des hormones, les trompes servent de passage. Si le point de départ se situe souvent dans les trompes, les enlever au bon moment peut réduire le risque, tout en gardant les ovaires. C’est la logique de la salpingectomie opportuniste.
La salpingectomie opportuniste, ce que c’est et quand elle se fait
La salpingectomie opportuniste (SO) consiste à retirer les trompes de Fallope lors d’une chirurgie déjà planifiée. “Opportuniste” ne veut pas dire “hasardeux”, cela veut dire “fait à l’occasion”, au moment où l’abdomen ou le bassin est déjà opéré.
Le geste a surtout été proposé lors d’une hystérectomie (ablation de l’utérus) ou lors d’une ligature des trompes (contraception définitive). L’objectif est d’éviter une seconde opération plus tard, avec une seconde anesthésie, une seconde convalescence, et des risques cumulés.
Point central, les ovaires ne sont pas retirés. On cherche à diminuer le risque de cancer séreux tout en préservant la fonction hormonale, ce qui compte pour la santé osseuse, le cœur, la peau, et la qualité de vie.
Hystérectomie, ligature des trompes, pourquoi ces moments sont une occasion
Quand une personne doit déjà être opérée pour une raison bénigne, fibromes, saignements, douleur, ou contraception définitive, l’équipe est déjà au bloc. Ajouter l’ablation des trompes peut alors se discuter, car l’accès chirurgical existe déjà.
C’est aussi une question de bon sens médical. Faire deux opérations séparées pour un même objectif de prévention n’a pas la même balance bénéfice-risque. La décision reste personnelle, et se prend avec l’équipe soignante, selon l’âge, les antécédents, le projet de vie, et le contexte chirurgical.
Ovaires conservés, ce que cela veut dire pour la ménopause
Retirer les ovaires peut déclencher une ménopause plus tôt, avec ses effets. La SO se distingue car elle garde les ovaires en place. Des travaux antérieurs, cités par les équipes de recherche, décrivent une approche jugée sûre, qui ne semble pas avancer l’âge de la ménopause.
Cela ne veut pas dire “zéro effet” pour tout le monde. Chaque chirurgie a ses risques. Mais l’idée est de réduire un risque majeur sans priver le corps de sa production hormonale naturelle.
Ce que montre l’étude de 2026, une baisse de risque proche de 80 %
L’étude publiée en 2026 dans JAMA Network Open apporte un niveau de preuve rare en prévention chirurgicale. Les chercheurs ont analysé des données de santé en Colombie-Britannique, sur plus de 85 000 personnes opérées entre 2008 et 2020.
Ils ont comparé deux groupes, celles qui ont eu une SO lors d’une chirurgie gynécologique, et celles qui ont eu une chirurgie comparable sans ablation des trompes. Le résultat principal est net, les personnes ayant eu une SO étaient environ 78 % moins susceptibles de développer un cancer séreux de l’ovaire.
Autre point, dans les rares cas où un cancer survenait malgré la SO, ces cancers semblaient, selon les analyses biologiques, moins agressifs. Les conclusions ont aussi été confortées par des données issues de laboratoires de pathologie à l’international, allant dans le même sens.
Les chiffres en clair, ce que “78 % de moins” signifie
Le chiffre parle d’un risque réduit “par rapport” à un autre groupe. Cela ne veut pas dire que le risque devient nul. Aucune chirurgie ne donne une garantie totale, surtout face à une maladie complexe.
Pour comprendre, on peut penser à une ceinture de sécurité. Elle ne promet pas l’absence d’accident, mais elle réduit fortement le risque de blessure grave. Ici, la SO semble réduire nettement le risque du type séreux, qui pèse lourd dans la mortalité du cancer de l’ovaire.
Sécurité, effets secondaires, et coût pour le système de santé
Les équipes qui ont porté cette stratégie rappellent trois messages. D’abord, la SO est décrite comme sûre quand elle est ajoutée à une chirurgie déjà prévue. Ensuite, les ovaires étant conservés, l’objectif est de limiter les effets liés aux hormones. Enfin, la stratégie est aussi présentée comme rentable pour les systèmes de santé, car prévenir des cancers évite des traitements lourds.
Il reste une règle simple, votre situation médicale compte plus qu’une moyenne. Le bon choix dépend du type d’opération, des antécédents, et du bilan de risques discuté avec le chirurgien ou la chirurgienne.
Pourquoi cette approche se diffuse, et quelles questions poser à son médecin
La Colombie-Britannique a été la première région au monde à proposer cette stratégie dès 2010, après la mise en évidence du rôle des trompes dans beaucoup de cancers séreux. Depuis, l’adoption s’est élargie, et une grande part des hystérectomies et des ligatures des trompes incluent maintenant l’ablation des trompes, autour de 80 % selon les données rapportées.
La diffusion ne s’arrête pas là. Des organisations médicales dans plus de 20 pays (24 d’après les données disponibles) recommandent désormais cette option de prévention dans des contextes adaptés. En Colombie-Britannique, des projets ont aussi visé son intégration à d’autres chirurgies abdominales ou pelviennes, y compris réalisées par des chirurgiens généraux ou urologues, quand c’est pertinent.
Comment cela a été mis en place en Colombie-Britannique, et ce que ça change
L’idée ressemble à un petit réglage de pratique, mais à grande échelle. Si une option de prévention s’ajoute à des opérations déjà fréquentes, l’effet cumulé peut devenir important en santé publique.
Les chercheurs parlent d’un potentiel de milliers de cas évités dans le monde chaque année si l’approche se généralise. On retrouve une logique simple, moins de cancers, moins de traitements lourds, et plus de vies épargnées.
Les sujets à aborder avant une chirurgie, bénéfices, risques, alternatives
Avant une opération, il vaut mieux arriver avec des questions claires. Suis-je concernée par la SO dans mon cas, et pourquoi. Quel bénéfice est attendu pour mon profil de risque, y compris en cas d’antécédents familiaux. Qu’est-ce que ce geste ajoute à l’intervention, en durée, en risques, et en suite opératoire.
Il faut aussi parler de points concrets, l’impact sur la fertilité (retirer les trompes rend la grossesse naturelle impossible), le suivi après l’opération, et les options si vous ne souhaitez pas ce geste. Une bonne décision se prend quand les enjeux sont posés calmement, avec des mots simples.
Une prévention à discuter au bon moment
Quand le dépistage fiable n’existe pas, la prévention peut jouer un rôle majeur. La salpingectomie opportuniste, réalisée pendant une chirurgie gynécologique courante, est associée à une baisse proche de 80 % du risque de cancer séreux de l’ovaire, selon une étude de 2026 basée sur la Colombie-Britannique. Les ovaires restent en place, ce qui aide à préserver la fonction hormonale.
Si une intervention est déjà prévue, le bon réflexe est d’en parler avant l’opération, avec l’équipe qui vous suit. La question à garder en tête est simple, est-ce que ce geste a du sens pour moi, ici et maintenant, au regard de mon histoire et de mes choix.