Blue Monday: le troisième lundi de janvier est-il vraiment le jour le plus déprimant de l’année?
Le troisième lundi de Janvier, le "blue monday" est-il vraiment le jour le plus triste de l'année?

Blue Monday, c’est réel ou juste un buzz bien placé ? Chaque janvier, le terme revient comme une ornière sur la route du Nouvel An. On le colle souvent au troisième lundi du mois, présenté comme “le jour le plus déprimant”.
Le problème, c’est que ce récit sonne sérieux, presque médical. Pourtant, il mélange Blue Monday, santé mentale et blues d’hiver dans un même sac. Ici, on sépare le mythe des vraies causes du coup de mou, puis on garde des gestes simples, sans dramatiser.
Blue Monday, c’est quoi au juste et d’où vient l’idée
Blue Monday, tel qu’on l’entend aujourd’hui, ne vient pas d’un grand institut de recherche. L’idée a été popularisée en 2005 par le psychologue Cliff Arnall, dans le cadre d’une campagne de marketing pour Sky Travel, une entreprise de voyage qui n’existe plus.
Le principe était séduisant, presque “logique”. Il existerait un lundi de janvier où tout se cumule, le mauvais temps, les dettes après les fêtes, le retour au travail, la paie qui semble loin, et la fatigue de résolutions déjà en train de craquer. Selon les années, la date varie, mais elle reste un lundi de janvier, souvent le troisième.
Sur le papier, c’est une histoire facile à retenir. Dans la vraie vie, c’est plus compliqué, car nos humeurs ne se règlent pas comme une horloge.
La formule qui “calcule” le jour le plus triste: pourquoi ça sonne scientifique, mais ne l’est pas
La promesse reposait sur une formule présentée comme savante. Elle combinait des éléments comme la météo, la dette, le salaire, le temps depuis Noël, la “réussite” des résolutions, et la motivation du moment.
Le souci est simple: ces facteurs ne se mesurent pas proprement à l’échelle d’une population entière. Le climat n’a rien de comparable entre Lille, Montréal et Sydney. Et des notions comme “le temps depuis l’échec d’une résolution” ne se comptent pas de façon fiable, car chacun vit ses objectifs différemment.
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La recherche en santé mentale ne soutient pas l’idée d’un seul jour universellement le pire. L’humeur fluctue, mais elle ne se fige pas sur une date unique pour tout le monde.
Pourquoi le troisième lundi de janvier revient partout sur internet
Blue Monday circule bien parce qu’il coche plusieurs cases. Il se place dans un mois déjà chargé. Il offre un titre clair, une date simple, et un angle parfait pour des posts, des articles, et des “calendriers de journées” partagés à grande vitesse.
Les marques y trouvent aussi un récit utile, car janvier rime avec “nouveau départ”. Ajoutez des influenceurs qui donnent des conseils express, et l’étiquette se répète jusqu’à devenir familière.
Il y a un point positif, si on reste honnête. Cette période peut ouvrir une discussion sur la santé mentale, le stress, et l’isolement. Le danger commence quand on présente ce jour comme une fatalité.
Mythe ou réalité: ce que la science dit sur l’humeur en janvier
Il existe des baisses de moral en hiver, c’est vrai. Mais elles n’apparaissent pas comme un pic mondial, sur un lundi unique, au même moment pour tous. Les grandes études sur le bien-être à l’échelle d’une population décrivent plutôt des variations au fil des jours, avec des creux qui surviennent souvent en milieu de semaine, pas forcément le lundi.
En clair, votre ressenti de janvier peut être très réel, sans valider Blue Monday. C’est comme confondre un thermomètre et la météo. Le thermomètre donne un chiffre, la météo change selon l’endroit, l’heure, et la saison.
Pourquoi janvier peut peser: lumière, routines, argent, après-fêtes
Janvier arrive avec moins de lumière, des journées courtes, et parfois un froid qui pousse à rester dedans. Pour certaines personnes, cette baisse de lumière peut peser sur le sommeil, l’énergie, et l’humeur. On parle parfois de symptômes saisonniers, quand le manque de lumière joue sur le rythme veille-sommeil.
Il y a aussi le contrecoup des fêtes. Décembre est souvent plein de repas, de trajets, de monde, et d’horaires en vrac. Puis tout s’arrête. Le calme peut faire du bien, ou au contraire laisser un vide.
L’argent compte aussi. Les factures de fin d’année, les cadeaux, les dépenses imprévues laissent parfois une tension durable. Et côté travail, le retour aux obligations peut sembler abrupt après une pause.
À l’inverse, certaines personnes se sentent mieux en janvier. La routine revient, les journées se structurent, et l’esprit respire. Ce contraste rappelle une chose: janvier n’impose pas une humeur unique, il amplifie souvent ce qu’on porte déjà.
Le danger du récit “aujourd’hui sera horrible”: biais de confirmation et prophétie auto-réalisatrice
Dire à tout le monde qu’un jour est “le pire” n’est pas neutre. Les attentes façonnent une partie de l’expérience. Si vous vous attendez à aller mal, vous risquez de chercher des preuves sans vous en rendre compte. C’est le biais de confirmation.
Une petite baisse d’énergie devient un “signe”. Une remarque banale devient un “symptôme”. Puis on annule un sport, on évite un ami, on reste sous un plaid. Et sans ces appuis, l’humeur baisse encore. La prophétie se fabrique toute seule, comme une chanson qu’on a trop entendue.
Pour les personnes qui vivent avec anxiété ou dépression, ce message peut être encore plus lourd. Il peut réduire le sentiment de contrôle, et renforcer des pensées du type “ça ne s’améliorera pas”. Ce n’est pas une question de volonté, c’est un effet du cadre mental imposé.
Comment gérer un blues d’hiver sans croire au Blue Monday
L’objectif n’est pas de “se transformer” en une journée. L’objectif est de remettre de la stabilité là où l’hiver secoue les repères. On gagne plus avec des ajustements modestes qu’avec des grands plans qui épuisent.
Stabiliser les bases: sommeil, repas, mouvement, lumière du jour
Commencez par le socle. Un horaire de sommeil plus régulier aide le cerveau à retrouver un rythme. Inutile de viser la perfection, cherchez une heure de lever stable la plupart des jours.
Mangez simple et à heures à peu près fixes. Quand l’énergie baisse, les repas sautés et le grignotage accentuent souvent le coup de fatigue.
Ajoutez un peu de mouvement, même doux. Une marche courte, à la lumière du jour, peut soutenir l’élan et le sommeil. Sortir quand il fait gris reste utile, car la lumière extérieure dépasse largement celle d’un intérieur.
Objectifs petits et réalistes: remplacer les grandes résolutions par des habitudes faciles
Les résolutions grand format ont un piège. Elles créent de la pression, puis de la honte quand on “rate”. Mieux vaut des petits objectifs qui passent même les jours moyens.
Pensez micro-habitudes. Dix minutes dehors après le déjeuner. Un verre d’eau au réveil. Deux pages de lecture le soir. Ces gestes ont l’air modestes, mais ils nourrissent la routine et la progression.
La régularité compte plus que l’intensité. Un pas répété vaut mieux qu’un sprint rare.
Lien social et soutien: parler à quelqu’un, rire, demander de l’aide
L’hiver isole vite. Un message, un appel court, un café sans grand programme peuvent déjà protéger l’humeur. Le lien social agit comme une rampe, pas comme un luxe.
Le rire aide aussi, même quand il semble forcé au départ. Il coupe la rumination et relâche la tension. Une série légère, un ami drôle, une activité simple peuvent suffire.
Si la souffrance dure, s’intensifie, ou gêne l’école, le travail, ou la vie quotidienne, cherchez un avis médical ou un thérapeute. Demander de l’aide n’est pas un aveu d’échec, c’est une réponse adaptée à un vrai signal.
A retenir
Blue Monday vient d’une campagne, pas d’une preuve solide. La formule qui “calcule” le pire jour ne tient pas face au réel. Mais janvier peut être difficile pour de bonnes raisons, lumière faible, fatigue, pression d’argent, retour des contraintes.
La bonne boussole n’est pas une date, ce sont des facteurs concrets, souvent modifiables. Gardez un geste simple aujourd’hui, puis répétez-le demain. Et si le mythe prend trop de place, cherchez du soutien, car le blues d’hiver se traverse mieux à plusieurs.