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AVC, cœur, cerveau : pourquoi les microplastiques dans les artères inquiètent les chercheurs

Une nouvelle synthèse scientifique alerte sur les microplastiques présents dans nos artères, associés à un risque multiplié d’AVC et de problèmes cérébraux. Que sait-on vraiment et comment se protéger ?

Pendant longtemps, les microplastiques ont été considérés surtout comme un problème pour les océans et la faune marine. Des chercheurs rappellent aujourd’hui qu’ils sont aussi devenus un enjeu majeur de santé humaine, en particulier pour le cœur et le cerveau. Dans un article de synthèse publié dans le tout nouveau journal scientifique Brain Health, une équipe internationale estime que la « charge » de microplastiques dans l’organisme humain a franchi un seuil inquiétant, au point de constituer une véritable urgence pour la santé du cerveau.

Cette Perspective rassemble plusieurs travaux qui, jusque-là, étaient étudiés séparément : analyses de tissus humains, études cardiovasculaires et recherches expérimentales sur les effets des plastiques à l’échelle du cerveau. Les auteurs décrivent des concentrations de microplastiques nettement plus élevées dans le cerveau que dans d’autres organes comme le foie ou les reins, avec une augmentation d’environ 50% de la charge entre 2016 et 2024 dans les échantillons analysés.

Ils soulignent aussi que les dons de cerveau provenant de personnes atteintes de démence présentent des niveaux plus élevés de fragments plastiques, même si cette observation ne prouve pas, à elle seule, une relation de cause à effet. Pour les auteurs, il est temps de considérer les microplastiques non seulement comme un polluant environnemental, mais comme un facteur de risque possible pour les AVC et les maladies du cerveau.

Des plastiques dans les plaques d’athérome : un risque d’AVC multiplié par quatre

L’un des arguments les plus frappants de cette nouvelle synthèse vient d’une étude cardiovasculaire italienne publiée en 2024, qui a analysé les plaques d’athérome retirées de patients atteints d’athérosclérose carotidienne, une maladie qui touche les artères du cou et augmente fortement le risque d’AVC. Dans ce travail, mené chez plus de 250 patients, des microplastiques et nanoplastiques ont été identifiés à l’intérieur même des plaques, mélangés au cholestérol, aux cellules inflammatoires et aux débris lipidiques. Plus de la moitié des patients présentaient des particules plastiques dans leurs plaques, principalement du polyéthylène et du PVC, sous forme de fragments minuscules, souvent inférieurs au millième de millimètre.

Les chercheurs ont ensuite suivi ces patients pendant près de trois ans. Résultat : ceux dont les plaques contenaient des microplastiques présentaient un risque environ multiplié par 4 à 4,5 de faire un infarctus, un AVC ou de décéder, par rapport à ceux dont les plaques en étaient dépourvues. Cette augmentation de risque restait significative même après prise en compte d’autres facteurs comme l’âge, le tabac ou la présence de diabète. Les auteurs parlent d’un lien fort entre microplastiques dans les artères et événements cardiovasculaires graves, sans pouvoir affirmer que ces particules sont la cause directe de ces accidents. L’article de Brain Healthinsiste sur le fait qu’un AVC reste avant tout un événement cérébral, et que ce type de résultat place les microplastiques au cœur de la réflexion sur la santé du cerveau.

Comment les microplastiques pourraient-ils abîmer le cerveau ?

Les questions restent nombreuses, mais plusieurs pistes se dessinent. Des travaux expérimentaux montrent que les microplastiques et nanoplastiques peuvent franchir des barrières biologiques considérées comme très protectrices, comme la barrière intestinale, la barrière hémato-encéphalique ou même la barrière placentaire.

Chez l’animal, des expositions de quelques semaines à des microplastiques présents dans l’eau de boisson suffisent à entraîner une accumulation dans de nombreux organes, y compris le cerveau, et à provoquer des comportements assimilables à des troubles cognitifs. Des études rapportent aussi une inflammation persistante, un stress oxydatif et des anomalies du fonctionnement des cellules gliales, qui soutiennent et protègent les neurones.

Sur le plan vasculaire, la présence de particules plastiques au cœur des plaques d’athérome pourrait accentuer l’inflammation, fragiliser la plaque et favoriser sa rupture, ce qui est le mécanisme classique d’un infarctus ou d’un AVC ischémique. Certains travaux évoquent aussi des effets sur l’endothélium, la fine couche de cellules qui tapisse l’intérieur des vaisseaux sanguins, et sur la coagulation, ce qui pourrait contribuer à la formation de caillots.

La Perspective publiée dans Brain Health parle d’un « faisceau de preuves » plutôt que d’une démonstration définitive, mais elle insiste sur la cohérence des signaux : montée rapide de la production de plastiques, augmentation parallèle de leur présence dans les tissus humains, et association répétée avec des événements cardiovasculaires et des troubles potentiels de la fonction cognitive.

Où sommes-nous exposés et que peut-on faire au quotidien ?

Face à ces données, une question revient immédiatement : d’où viennent ces microplastiquesqui se retrouvent dans nos artères et notre cerveau ? Les sources d’exposition sont multiples : fragmentation des objets en plastique, usure des textiles synthétiques, pneus, peintures, mais aussi eau potable, air intérieur, poussières, aliments emballés et fruits de mer.

Selon les revue récentes, l’ingestion par l’alimentation et l’inhalation via l’air sont les deux voies majeures d’exposition pour le grand public. La Perspective de Brain Health rappelle que la production mondiale de plastiques a explosé au cours des dernières décennies, et que les concentrations mesurées dans les tissus humains suivent la même tendance.

À l’échelle individuelle, il n’existe pas encore de recommandation officielle spécifique aux microplastiques, mais certaines mesures simples peuvent réduire l’exposition globale. Les spécialistes invitent à limiter, autant que possible, le contact direct des aliments avec le plastique, en particulier lors du chauffage, à privilégier l’eau du robinet filtrée ou en bouteille verre plutôt que les bouteilles plastiques, et à ventiler régulièrement les espaces intérieurs pour diminuer la concentration de particules en suspension.

Sur le plan vasculaire et cérébral, les conseils restent ceux de la prévention cardiovasculaire : surveiller sa tension, arrêter le tabac, bouger chaque jour, contrôler le diabète et le cholestérol, et discuter avec son médecin d’un éventuel traitement antiplaquettaire ou hypolipémiant si nécessaire. Réduire le poids des plaques d’athérome, c’est diminuer le risque qu’elles se chargent de microplastiques et qu’elles se compliquent en AVC ou en infarctus.

Vers une réponse de santé publique : surveiller, réguler, innover

Au-delà des gestes individuels, le message de la communauté scientifique est clair : la question des microplastiques doit désormais être traitée comme un sujet de santé publique, et pas seulement d’écologie. La Perspective publiée dans Brain Health appelle à renforcer la surveillance des plastiques dans l’eau potable, l’alimentation et l’air, et à intégrer cette donnée dans les grandes études épidémiologiques sur les AVC, les infarctus et les troubles cognitifs.

Elle encourage aussi le développement de techniques pour mesurer plus finement la charge en microplastiques dans le corps humain, afin de mieux comprendre qui est le plus exposé et à partir de quels niveaux le risque commence réellement à augmenter.

Cette prise de conscience se traduit déjà par des initiatives de recherche. L’agence américaine ARPA-H vient de lancer le programme STOMP (Systematic Targeting Of MicroPlastics), dont l’objectif est de mieux détecter, suivre et éliminer ces particules de l’environnement et, à terme, de l’organisme humain. D’autres travaux explorent des matériaux alternatifs, des procédés industriels moins polluants et des filtres capables de piéger les microplastiques dans les stations d’épuration ou les machines à laver.

Pour les auteurs de l’article de Brain Health, la clé sera d’agir sur plusieurs fronts à la fois : réduction à la source de la production de plastiques, limitation de leur fragmentation, amélioration des systèmes de traitement des eaux et prise en compte de ce nouveau facteur dans les stratégies de prévention de l’AVC et des maladies neurodégénératives.

En quelques mots

Les travaux récents sur les microplastiques dessinent un tableau préoccupant : ces particules issues de la dégradation des plastiques ne restent pas dans l’environnement, elles s’accumulent dans notre organisme, notamment dans le cerveau et dans les artères.

Des études montrent que des patients présentant des microplastiques dans leurs plaques carotidiennes ont un risque environ multiplié par quatre de faire un infarctus, un AVC ou de décéder dans les années qui suivent, même si ce lien reste pour l’instant associatif et non causal. Les données expérimentales chez l’animal et les analyses de tissus humains suggèrent un impact possible sur l’inflammation, le stress oxydatif et la fonction cérébrale, ce qui renforce l’idée d’un nouveau facteur de risque émergent pour la santé du cerveau.

En attendant des preuves définitives, deux niveaux d’action se dessinent. À titre individuel, réduire son exposition globale au plastique, protéger ses vaisseaux sanguins en adoptant une bonne hygiène de vie cardiovasculaire et faire suivre ses facteurs de risque restent des réflexes essentiels pour limiter la probabilité d’AVC et de maladies du cœur.

À l’échelle collective, la régulation de la production de plastiques, l’amélioration de la qualité de l’air et de l’eau, et la surveillance des microplastiques dans les grandes études de santé publique deviennent des enjeux majeurs. Pour les chercheurs, la question n’est plus de savoir si ces particules ont un impact, mais de déterminer à quel point elles influencent notre santé cérébrale et comment réduire au mieux ce nouveau risque.

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Cet article a été élaboré avec le soutien d'un outil d'intelligence artificielle. Il a ensuite fait l'objet d'une révision approfondie par un journaliste professionnel et un rédacteur en chef, assurant ainsi son exactitude, sa pertinence et sa conformité aux standards éditoriaux. PRESSE SANTÉ s'efforce de transmettre la connaissance santé dans un langage accessible à tous. En AUCUN CAS, les informations données ne peuvent remplacer l'avis d'un professionnel de santé.