Conséquences d’une retraite précoce : risque d’accélération du déclin cognitif

Auteur: Aline Legrand

Publié le:

Conséquences d’une retraite précoce : risque d’accélération du déclin cognitif
Selon une étude, prendre une retraite anticipée pourrait accélérer le déclin cognitif.

Les conséquences d’une retraite précoce et la fin du travail a un impact sur la santé mentale, sur les niveaux d’activité physique et d’engagement social, qui soutiennent la santé cérébrale.

Le National Bureau of Economic Research a publié une étude rapportant que travailler plus longtemps pourrait être bénéfique au cerveau. Des chercheurs ont donné des preuves qu’une retraite précoce affecte la fonction mentale et peut entraîner un déclin cognitif.

Que dit l’étude sur les conséquences d’une retraite précoce ?

Les chercheurs ont observé que lorsque les marchés du travail sont touchés par du chômage, les scores cognitifs chutent plus rapidement que dans ceux où l’emploi est resté stable, ce qui suggère que garder longtemps son poste peut aider à préserver la fonction cognitive.

Les chercheurs ont analysé les données de 40 000 personnes inscrites à la Health and Retirement Study, en mesurant les capacités cognitives de celles de 51 ans et plus au fil du temps. Ils ont ensuite examiné les marchés du travail locaux et des régions dominées par certaines industries ou employeurs afin d’identifier des hausses ou des chutes soudaines de l’activité professionnelle ayant un impact sur l’emploi.

Un document de travail de 2026 (une étude n’ayant pas encore fait l’objet d’une évaluation rigoureuse par des pairs) a révélé que l’arrêt du travail plus tôt en raison d’une retraite anticipée ou d’une perte d’emploi peut accélérer le déclin cognitif. Les personnes âgées de 51 à 64 ans qui ont cessé de travailler ont connu des déclins plus rapides de leurs capacités de réflexion, comme la mémoire, la planification et les compétences linguistiques.

Si l’étude suggère un effet, elle ne prouve pas qu’un départ à la retraite anticipé conduise à un déclin cognitif plus rapide. Comme il ne s’agit pas d’un essai contrôlé randomisé, il n’est pas possible d’établir de lien de causalité, explique Jerry H. Gurwitz, docteur en médecine, professeur de médecine et chercheur à la Division de gériatrie de l’École de médecine UMass Chan. D’autres facteurs, comme la précarité financière, la perte d’une mutuelle, le stress, peuvent également jouer un rôle. Un déclin de la cognition n’équivaut pas à la démence et au déclin fonctionnel, rappelle-t-il.

Néanmoins, l’étude contribue à la compréhension de l’impact de l’inactivité professionnelle sur les fonctions mentales. Elle montre que la retraite anticipée et le déclin cognitif peuvent aller de pair.

Pourquoi la retraite peut-elle impacter la santé cérébrale ?

Un emploi procure une routine quotidienne, des interactions sociales, de l’activité physique, un sentiment d’utilité et l’opportunité d’apprendre de nouvelles choses : tous ces éléments favorisent la santé cérébrale.

Perdre ces aspects de la vie quotidienne peut nuire à la santé physique et mentale et impacter négativement le cerveau, rappelle aussi Jerry H. Gurwitz.

D’ailleurs, un nombre important de recherches a établi un lien entre la retraite et le déclin des capacités cognitives. Par exemple, dans une étude menée auprès de plus de 3 400 adultes, des chercheurs ont constaté que les retraités connaissaient des déclins 38 % plus rapides dans des compétences essentielles comme la mémoire et la fluidité verbales ainsi que dans le raisonnement abstrait.

Travailler maintient l’esprit en éveil. Le cerveau est comme un muscle. S’il n’est pas utilisé, des déficits se développent, explique Paul Schulz, professeur et neurologue à UTHealth Houston.

La transition vers la retraite peut avoir un impact personnel sévère. Le travail procure à certaines personnes de la fierté et un sentiment de valeur. Puis, lorsqu’il s’arrête, celles-ci peuvent perdre une ressource majeure dans leur vie, déplore le Dr Schulz.

La perte d’interactions sociales qui accompagne la retraite est un problème important. La solitude est aujourd’hui un facteur majeur reconnu accentuer la perte cognitive. Au travail, les gens se parlent et nouent des amitiés. Beaucoup trouvent des substituts lorsqu’ils prennent leur retraite, mais ce n’est pas le cas de tout le monde, regrette Paul Schulz.

Comment soutenir la santé cognitive à la retraite ?

Préparer à l’avance sa vie de retraité(e) peut porter ses fruits : réduire progressivement son activité professionnelle facilite la transition entre les exigences de la vie active et la souplesse de la retraite.

Selon Paul Schulz, cela permet de disposer du temps nécessaire pour découvrir ses envies une fois à la retraite.

Au moment de prendre sa retraite, on peut mettre en place des mesures pour soutenir la santé cognitive. Bon nombre relèvent du bon sens, comme de l’activité physique régulière, le maintien d’un engagement social (relations, famille, bénévolat), la poursuite de l’apprentissage et la préservation d’un sens des responsabilités et d’un but, explique Jerry H Gurwitz.

Il est également crucial de prendre soin de sa santé : maîtriser l’hypertension artérielle, le cholestérol et le diabète, arrêter de fumer et adopter une alimentation bonne pour le cœur. La consommation d’alcool doit être limitée, le sommeil optimisé et toute perte auditive ou visuelle corrigée.

Il est important d’être proactif. Préserver sa santé du déclin cognitif n’est pas seulement essentiel pour les jeunes retraités.

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