Les chercheurs pensent que les courses de longue durée peuvent stresser l’intestin et favoriser l’exposition au cancer colorectal, en détournant le flux sanguin et en affectant les bactéries. Des études supplémentaires sont cependant nécessaires.
Les spécialistes estiment que ce n’est pas une raison d’arrêter de courir car cette pratique est excellente pour la santé mais conseillent de rester à jour des dépistages du cancer du côlon.
Au cours d’une période d’environ un an, le Dr Timothy Cannon, co-directeur du programme sur le cancer gastro-intestinal à l’Inova Schar Cancer Institute, a vu trois patients frappants de similarité. Tous les trois, relativement jeunes, étaient non seulement en bonne santé mais aussi des « athlètes extrêmes » qui couraient sur de longues distances. Ils souffraient d’un cancer du côlon de stade IV. C’est la raison qui l’a poussé à concevoir une étude pour en savoir plus.
Les résultats, récemment présentés lors d’une conférence de l’American Society of Clinical Oncology, suggèrent qu’il pourrait effectivement y avoir un lien entre la course de fond et la maladie. Sur 100 coureurs réguliers inclus dans l’étude, 15 présentaient un précurseur de cancer du côlon : une découverte qui suggère qu’il est risqué de courir des distances extrêmes, même des marathons, a déclaré Thimothy Cannon.
Ce n’est pas une raison pour arrêter la course de fond ou le jogging déclare Christina Dieli-Conwright, professeure adjointe de médecine à la Harvard Medical School, qui fait des recherches sur l’exercice et le cancer au Dana-Farber Cancer Institute (elle n’a pas participé à cette nouvelle recherche).
Qu’enseignent les recherches sur la course à pied et l’exposition au cancer colorectal ?
Plusieurs études ont mis en évidence la présence de polypes risquant de se transformer en cancer chez les coureurs de fond en bonne santé.
L’équipe de Thimothy Cannon a examiné 100 coureurs âgés de 35 à 50 ans, qui n’étaient pas des joggeurs occasionnels car ils avaient tous terminé au moins deux ultramarathons ou cinq marathons réguliers. Tous ont subi une coloscopie, pour rechercher des polypes ayant de fortes chances de se transformer en cancer.
Dans des études précédentes menées auprès d’adultes dans la quarantaine sans facteurs de risque spécifiques de cancer du côlon, ce type de polype apparaissait chez environ 5 % des personnes dépistées. Dans le groupe d’étude de Timothy Cannon, 15 % des personnes en présentaient, ce qui a beaucoup surpris le chercheur.
Cette étude est-elle assez solide pour conclure ?
Il y a des réserves importantes : étude de petite taille, spécifique aux athlètes d’endurance, informations limitées sur les autres facteurs de risque de cancer des participants et absence de groupe de comparaison de non-coureurs.
Ces polypes auraient-ils déjà été présents indépendamment de leur statut athlétique ? se demande la Dre Cathy Eng, qui dirige le programme de recherche sur le cancer gastro-intestinal à l’Ingram Cancer Center de l’Université Vanderbilt, qui n’a pas participé à la nouvelle recherche. Il n’y a aucun moyen de le savoir, donc cette étude, stimulante au plan de la réflexion, n’est pas définitive.
La recherche fournit des données initiales pour réfléchir davantage, selon Christina Dieli-Conwright. Mais d’autres travaux sont nécessaires pour tirer des conclusions fermes, en particulier concernant les athlètes plus occasionnels, la grande majorité des coureurs.
Comment la course à pied pourrait-elle être liée au cancer du côlon ?
L’hypothèse théorique est que, lors d’une course longue et exténuante, le corps détourne temporairement le flux sanguin du tractus gastro-intestinal afin de soutenir les muscles qui alimentent l’activité en énergie.
Ce processus peut d’ailleurs provoquer des problèmes digestifs après un entraînement de course.
Les coureurs de l’extrême qui passent beaucoup de temps dans cet état peuvent subir des changements physiologiques augmentant leur risque de cancer, a théorisé Timothy Cannon. Il peut également y avoir des différences dans le microbiote intestinal des coureurs par rapport aux non-coureurs, a-t-il ajouté.
Encore une fois, la nouvelle étude ne prouve pas que la course de fond provoque le cancer du côlon. Mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer s’il y a vraiment un lien entre les deux, et le cas échéant, ce qui le provoque.
Faut-il arrêter de courir le marathon ?
En un mot : non. Même Timothy Cannon, l’auteur de l’étude et lui-même coureur, n’a pas l’intention d’arrêter.
Malgré les conclusions de la nouvelle étude, de nombreuses recherches publiées suggèrent que l’activité physique peut aider à prévenir le cancer du côlon (et réduire le risque de décès), ainsi que plusieurs maladies chroniques et problèmes de santé.
La course à pied, en particulier, peut être difficile pour les articulations, notamment des participants à des épreuves extrêmes, comme les ultramarathons, mais elle est excellente pour la santé cardiovasculaire.
Par rapport aux non-coureurs, les personnes qui font du jogging pendant seulement cinq à dix minutes par jour présentent un risque réduit de mourir de maladies cardiaques, selon une étude de 2014.
Bien que les conclusions de son étude puissent sembler alarmantes, Timothy Cannon rappelle que le plus grand problème pour la santé est l’insuffisance d’activité physique. Il faut rester à jour les dépistages du cancer du côlon et se faire examiner en cas de symptômes inhabituels, comme du sang dans les selles.
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