Habiter à proximité d’un pressing augmente le risque de maladie de Parkinson selon cette étude amériaine

Auteur: François Lehn

Publié le:

Habiter à proximité d’un pressing augmente le risque de maladie de Parkinson selon cette étude amériaine
Chez des Américains âgés, vivre plus près d'un pressing était associé à une probabilité plus élevée de maladie de Parkinson, avec un lien plus marqué à très courte distance

Habiter près d’un pressing n’est pas, en soi, une menace pour la santé. Pourtant, une vaste étude américaine observe une association entre cette proximité et une probabilité plus élevée de maladie de Parkinson chez des personnes âgées.

Le résultat appelle à la prudence. Il décrit un lien statistique, pas une preuve que les pressings causent la maladie. Les chercheurs s’intéressent surtout aux solvants qui ont pu être utilisés sur certains sites.

Vivre près d’un pressing et la maladie de Parkinson

L’étude publiée en 2026 dans npj Parkinson’s Disease a porté sur des données Medicare recueillies entre 2014 et 2018. Elle a comparé 180 982 personnes nouvellement diagnostiquées avec une maladie de Parkinson à 18 848 268 personnes témoins, toutes installées à moins de huit kilomètres d’un pressing.

Les auteurs, dirigés par B. Krzyzanowski, ont calculé la distance entre le domicile et le pressing le plus proche. Ils ont aussi pris en compte l’âge, le sexe, l’origine ethnique, la probabilité de tabagisme, les revenus du quartier, le caractère urbain ou rural, l’accès aux soins et la pollution par les particules fines PM2,5. Les détails de cette étude nationale sur la proximité des pressings sont disponibles dans la publication scientifique.

Ce travail fait ressortir un signal environnemental. Il ne permet pas de désigner un établissement, un produit ou une exposition précise comme responsable.

La tendance suit un gradient simple. Plus le domicile se trouvait près d’un pressing, plus l’association avec la maladie de Parkinson était marquée.

Par rapport aux personnes vivant entre 1,6 et 8 kilomètres d’un pressing, celles résidant à moins de 150 mètres présentaient environ 14 % de probabilité supplémentaire d’avoir reçu un diagnostic. L’écart diminuait progressivement à mesure que la distance augmentait.

Cette relation s’est retrouvée dans une grande partie des États-Unis. Les cartes exploratoires font ressortir des associations plus fortes autour de Dallas-Fort Worth, Detroit, dans le sud de l’Illinois, certaines zones de Californie du Sud, ainsi qu’entre New York et le New Jersey. La proximité reste toutefois un indicateur indirect. Elle ne mesure pas ce qu’une personne a réellement respiré, bu ou touché.

Troubles de la marche et chutes davantage associés

Les chercheurs ont aussi examiné certains signes consignés dans les dossiers médicaux. Chez les personnes habitant à moins de 150 mètres, l’association était plus forte pour les cas accompagnés de troubles de la marche, de difficultés cognitives ou de démence, ainsi que d’antécédents de chutes.

Les écarts atteignaient environ 23 % pour les troubles de la marche, 25 % pour les troubles cognitifs ou la démence, et 19 % pour les chutes. Ces catégories pouvaient se recouper chez un même patient.

Aucun lien significatif n’a été relevé pour les tremblements. Cela ne signifie pas que ce symptôme est absent, mais que son codage dans les données administratives peut être incomplet.

Un domicile proche d’un pressing ne permet pas d’estimer une dose de solvant ni la durée d’une exposition.

Pourquoi les solvants de nettoyage préoccupent les chercheurs

Certains anciens procédés de nettoyage à sec ont employé des solvants chlorés, dont le trichloroéthylène, ou TCE, et le perchloroéthylène, ou PCE. Ces substances peuvent persister dans les sols et les nappes phréatiques. Elles peuvent aussi atteindre l’air autour de sites contaminés.

Leur potentiel neurotoxique nourrit les recherches sur les facteurs environnementaux de la maladie de Parkinson. La génétique compte, mais elle n’explique pas tous les cas. Une analyse sur les produits chimiques du nettoyage à secrappelle que le TCE a déjà été examiné dans des zones où plusieurs cas de Parkinson ont été signalés.

Des travaux de l’University of Rochester ont également présenté le TCE comme une substance préoccupante pour le système nerveux, dans le cadre de recherches sur les expositions professionnelles et environnementales. Leur point sur le lien entre solvant et Parkinson ne transforme pas une hypothèse en certitude, mais il explique pourquoi cette piste mérite des mesures directes.

La distance ne mesure pas l’exposition réelle

Un pressing voisin ne signifie pas qu’il utilise, ou qu’il ait utilisé, un solvant chloré. Certaines adresses correspondent seulement à des points de dépôt, sans nettoyage effectué sur place.

Les chercheurs n’ont mesuré ni l’air intérieur, ni les sols, ni l’eau. Les localisations des 32 723 pressings datent de 2013. Les adresses des participants correspondaient à leur lieu de résidence deux ans avant le diagnostic, ou avant la date de référence chez les témoins.

L’étude suppose donc une certaine stabilité résidentielle. Elle ne peut pas retracer les déménagements, les emplois passés ou les autres sources de pollution rencontrées pendant une vie.

Ce que l’étude ne permet pas encore d’affirmer

Les données Medicare reposent sur des diagnostics et des codes médicaux. Des erreurs de classement restent possibles, même si une analyse limitée aux diagnostics posés par un neurologue a donné des résultats proches.

D’autres facteurs peuvent aussi peser dans la balance : activité professionnelle, qualité du logement, polluants industriels voisins, niveau de vie ou accès aux soins. Les participants avaient au moins 67 ans. Les conclusions ne s’appliquent donc pas automatiquement aux adultes plus jeunes.

Que faire si l’on habite près d’un pressing ?

Cette étude ne justifie pas un déménagement précipité. Elle ne permet pas non plus de se croire malade parce qu’un pressing se trouve au coin de la rue. La maladie de Parkinson repose sur un diagnostic médical, pas sur une adresse.

Certains symptômes persistants méritent néanmoins un avis médical : lenteur inhabituelle, raideur, trouble de l’équilibre, chutes répétées ou tremblement. Ces signes ont de nombreuses causes possibles. Un professionnel de santé pourra les examiner dans leur ensemble, sans tirer de conclusion hâtive.

La réponse utile passe aussi par la santé publique. Les quartiers concernés ont besoin de mesures dans l’air, les sols et les eaux souterraines. Des études suivant les habitants sur une longue période, avec des populations plus diverses, aideront à distinguer une simple proximité géographique d’une exposition documentée.

À retenir pour la prévention et la recherche

Chez des Américains âgés, vivre plus près d’un pressing était associé à une probabilité plus élevée de maladie de Parkinson, avec un lien plus marqué à très courte distance. Cette observation ne prouve pas une cause directe.

L’exposition réelle aux solvants n’a pas été mesurée. Identifier les polluants présents dans les quartiers, contrôler les sites anciens et poursuivre les recherches reste la voie la plus sérieuse pour mieux protéger les riverains.

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