Rémission spontanée d’un cancer : avec quelle fréquence cela se produit-il ?
La rémission spontanée du cancer est une amélioration d’un cancer sans traitement ou avec un traitement connu pour avoir un taux de réussite très faible. Quelle est son occurrence ?
La rémission spontanée d’un cancer est définie comme la rémission du cancer sans aucun traitement, ou avec un traitement dont on ne s’attendrait pas à ce qu’il provoque une diminution de la tumeur aussi importante qu’observée.
La rémission spontanée peut être partielle ou complète, temporaire ou permanente. Certains cancers du cerveau, du rein et de la peau sont plus susceptibles que d’autres de disparaître d’eux-mêmes. On ne sait pas bien ce qui déclenche ce phénomène. Cependant, de nombreux rapports ont lié la rémission spontanée à certains types d’infections ou à des changements hormonaux. Cet article examine les causes potentielles de la rémission spontanée ainsi que sa fréquence d’apparition.
Quelle est la fréquence observée de rémission spontanée d’un cancer ?
Plus d’un millier de cas clairement documentés de régression spontanée sont disponibles. Il est difficile d’estimer la fréquence de ce phénomène (1 personne sur 100 000 ?)
Ces études documentent un cancer qui disparaît sans aucun traitement mais on ne sait pas exactement à quelle fréquence un cancer peut disparaître ou du moins diminuer de taille alors que le traitement administré avait peu de chance de réussir (prescription de la dernière chance).
Certains ont estimé l’incidence à environ une personne sur 100 000. Cependant, il est difficile de savoir si ce chiffre est proche de la réalité. Certains types de tumeurs présentent un taux de rémission spontanée plus élevé, comme les neuroblastomes, les cancers du testicule, les carcinomes à cellules rénales, les mélanomes et les lymphomes. Des rémissions spontanées ont également été rapportées dans le cas du cancer du sein et du cancer du poumon.
Combien de temps dure une rémission spontanée ?
Comme chaque cas est unique, il n’existe pas de calendrier indiquant combien de temps une tumeur va rétrécir ou disparaître.
Les rapports indiquent que cela peut durer de quelques mois à plusieurs années.
La plupart des études sur la rémission spontanée étudient le passé pour essayer de déterminer pourquoi un cancer a disparu. Une recherche prospective de 2008 a suggéré que la rémission spontanée est beaucoup plus fréquente qu’on ne le pense. Publiée dans les Archives of Internal Medicine portant sur la mammographie de dépistage, elle a émis l’hypothèse que certains cancers du sein détectés par mammographie pourraient régresser spontanément. Des recherches supplémentaires sont nécessaires afin de clarifier cette hypothèse.
Étant donné que ces tumeurs ne présentaient aucun symptôme (comme la perception d’une masse au toucher), il aurait été difficile de détecter un cancer invasif sans dépistage. Comme il n’existe pas de méthodes de dépistage pour de nombreux types de cancers, il est possible que des cancers invasifs précoces apparaissent et disparaissent avant même qu’un diagnostic n’ai pu être posé.
Quelles sont les causes de la rémission spontanée du cancer ?
Les chercheurs ne sont pas sûrs de la base moléculaire à l’origine de la régression spontanée du cancer. Les théories vont de raisons spirituelles à des causes médicales immunitaires et changements hormonaux.
Cause immunitaires
En observant les personnes ayant connu une rémission spontanée de leur cancer, on remarque rapidement que la plupart de ces régressions sont associées à une infection aiguë. Les infections entraînent souvent de la fièvre et une stimulation du système immunitaire. Le système immunitaire a la capacité de combattre le cancer et c’est la logique qui sous-tend l’immunothérapie.
Les médicaments d’immunothérapie, encore aux balbutiements, ont entraîné des rémissions spectaculaires du cancer, même à des stades avancés de la maladie. Ils agissent de différentes manières, mais tous améliorent essentiellement la capacité du système immunitaire à combattre le cancer.
Les infections associées à une rémission spontanée sont la diphtérie, la rougeole, l’hépatite, la gonorrhée, le paludisme, la variole, la syphilis et la tuberculose.
Changements hormonaux
Certains cas de rémission spontanée peuvent être déclenchés par des changements hormonaux. Ce type de rémission a été lié à certains types de cancer, notamment du sein et de la prostate.
Il a également été fait mention d’une personne ayant connu une rémission naturelle complète de son cancer des ovaires et de l’endomètre suite à une grossesse et un accouchement. Les chercheurs pensent que la raison pourrait être liée aux niveaux élevés de progestérone présents pendant la grossesse.
Quels exemples de rémission spontanée d’un cancer ?
Deux rapports de 2010 et de 2023 mentionnent la rémission spontanée d’un cancer du poumon et d’un neuroblastome.
Cancer du poumon
Un rapport de 2010 dans Surgery Today a évoqué ce que d’autres ont découvert par le passé et bien documenté comme une rémission spontanée d’un cancer du poumon.
Une femme de 69 ans présentait un adénocarcinome pulmonaire, une forme de cancer du poumon non à petites cellules. Son cancer s’était propagé à ses glandes surrénales (métastases surrénaliennes) et était donc classé au stade IV, le stade le plus grave de la maladie, avec le taux de survie le plus faible.
Un mois après son diagnostic, et avant d’avoir reçu le moindre traitement, la tumeur de son poumon et la métastase de sa glande surrénale avaient toutes deux considérablement rétréci, tant sur un scanner CT que sur un scanner PET. Elle a ensuite subi une intervention chirurgicale pour son cancer du poumon et se portait bien 14 mois plus tard.
Neuroblastome
Un rapport de 2023 publié dans l’International Journal of Clinical and Experimental Medicine décrit le cas d’une petite fille de 2 mois chez qui le scanner a révélé deux volumineuses masses surrénaliennes (et des métastases hépatiques).
Une biopsie du tissu hépatique a confirmé le diagnostic de neuroblastome. Il a été déterminé qu’elle présentait une maladie de stade 4 selon le système international de stadification du neuroblastome.
La patiente a reçu une dose d’essai de chimiothérapie, interrompue lorsqu’une échographie de suivi a révélé que les masses avaient augmenté de taille. Une ordonnance de non-réanimation a été émise et elle n’a plus reçu aucun autre traitement.
Sortie de l’hôpital, la patiente a bénéficié de visites de suivi régulières. Environ 18 mois plus tard, une échographie de suivi a montré que le cancer avait disparu spontanément.
Quelles leçons tirer de la rémission spontanée d’un cancer ?
La rémission spontanée est rare mais parler de la très faible occurrence d’une rémission spontanée est important pour les personnes malades.
Les gens ne sont pas des statistiques, qui ne sont que des chiffres. Elles indiquent comment la personne « moyenne » a réagi par le passé au cours d’un traitement. Elles sont moins fiables pour prédire comment une seule personne réagira, ou comment quiconque réagira maintenant avec des traitements plus récents et de meilleure qualité disponibles.
À mesure que la compréhension du cancer progresse, on sait également aujourd’hui qu’il n’existe pas deux cancers identiques. Même s’ils sont du même type cellulaire et au même stade, et qu’ils semblent même similaires au microscope, ils peuvent être très différents au niveau moléculaire.
C’est à ce niveau précis que prend naissance le comportement d’une tumeur, et c’est lui qui dicte la réponse au traitement et le pronostic.
L’étude des patients exceptionnels ou « atypiques » est importante. Par le passé, les personnes qui survivaient au cancer en dépit des probabilités défavorables étaient souvent écartées comme une anomalie ou une exception. La médecine reconnaît aujourd’hui que ces cas atypiques doivent être examinés de près.
Cette approche s’est confirmée avec la meilleure compréhension du développement du cancer.
Par exemple, l’utilisation des inhibiteurs de l’EGFR dans le cancer du poumon : lorsque ces médicaments sont devenus disponibles pour la première fois, leur mode d’action n’était pas clair. Ils étaient considérés comme des médicaments passables à médiocres car ils ne fonctionnaient que sur environ 15 % des personnes atteintes de la maladie.
Or, ils réussissent chez les personnes qui présentent des mutations de l’EGFR dans leur tumeur. Lorsque les médicaments ne sont administrés qu’aux personnes dont le test est positif pour la mutation, la majorité des patients répondent. Les personnes qui ne présentent pas la mutation ne sont pas soumises à un traitement qui s’avérerait inefficace.
Se pencher sur certaines des caractéristiques des « patients exceptionnels » atteints de cancer pourrait donner des pistes pour augmenter les chances de guérison ou d’espérance de vie.
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