Activité physique et oncologie: L’activité physique réduit le risque de mort par cancer colorectal de 37 %
Un essai clinique de 8 ans prouve que l'exercice structuré après traitement du cancer du côlon réduit de 37 % le risque de mort et de 28 % la récidive. Les détails.

Le cancer colorectal tue chaque année des centaines de milliers de personnes dans le monde. Longtemps cantonnée au rôle de complément de bien-être, l’activité physique vient de franchir un seuil décisif. Un essai clinique international de grande envergure, mené sur huit ans, apporte aujourd’hui la preuve que l’exercice structuré après traitement peut sauver des vies.
Un essai clinique mondial redéfinit le traitement du cancer du côlon
Quand le sport devient un médicament
Le CHALLENGE trial — mené dans six pays, dont le Royaume-Uni — a suivi 889 patientsatteints d’un cancer du côlon de stades II ou III après chirurgie et chimiothérapie adjuvante. L’essai, conduit entre 2009 et 2024, a été coordonné notamment par la Queen’s University Belfast, avec la participation du Professeur Vicky Coyle. Ses résultats ont été publiés dans le New England Journal of Medicine, la revue médicale la plus respectée au monde.
Les participants ont été répartis en deux groupes. Le premier a suivi un programme d’exercice structuré sur trois ans, encadré par des consultants en activité physique. Le second a reçu uniquement des supports éducatifs sur la santé. Pendant les six premiers mois, les patients du groupe exercice bénéficiaient d’une séance de coaching par semaine. Ce suivi a ensuite été réduit progressivement à une session mensuelle, en présentiel ou en ligne. Les activités variaient selon les capacités de chacun : marche rapide, natation, vélo, cours de circuit training. L’objectif était simple — augmenter l’activité physique récréative d’au moins dix équivalents métaboliques par semaine.
Des résultats qui bouleversent l’oncologie
Les chiffres issus de cet essai sont sans équivoque. Après cinq ans de suivi, 80 % des patients du groupe exercice étaient encore en rémission, contre 74 % dans le groupe contrôle. À l’échelle de huit ans, l’écart s’accentue : la survie globale atteignait 90 % dans le groupe exercice, contre 83 % dans le groupe témoin. En termes de risques relatifs, le programme d’exercice a entraîné une réduction de 37 % du risque de mourir du cancer du côlon, et une réduction de 28 % du risque de récidive, de nouvelle tumeur ou de décès combinés.
Des chiffres comparables à ceux des médicaments
Pour mieux saisir l’ampleur de ces résultats, les auteurs de l’étude soulignent eux-mêmes que l’effet de l’exercice sur la survie au cancer du côlon est “similaire à celui de nombreux traitements médicamenteux actuellement approuvés”. Ce n’est pas une métaphore. C’est une conclusion scientifique, mesurée dans un essai randomisé de phase 3 — le niveau de preuve le plus élevé en médecine. Cette affirmation repose sur un suivi médian de 7,9 ans et concerne des patients ayant déjà reçu une chimiothérapie standard.
Comme l’a déclaré le Professeur Vicky Coyle, chercheuse principale côté britannique : “C’est un changement de perspective. Penser au traitement comme quelque chose que l’on fait, et pas seulement quelque chose que l’on prend.” Cette formulation résume à elle seule un changement de paradigme dans la manière dont l’oncologie envisage la prévention des récidives du cancer.
Ce que la biologie explique
L’exercice physique n’est pas un hasard heureux. Des mécanismes biologiques précis expliquent pourquoi bouger réduit le risque de progression tumorale.
Inflammation, insuline et immunité : trois leviers majeurs
La première piste est inflammatoire. Les tumeurs colorectales se développent souvent dans un environnement pro-inflammatoire chronique. L’activité physique régulière réduit les marqueurs de l’inflammation systémique — notamment les cytokines pro-inflammatoires — ce qui prive les cellules cancéreuses d’un environnement favorable à leur croissance. La deuxième piste concerne l’insulinorésistance, fréquente chez les patients sédentaires. Un taux d’insuline chroniquement élevé stimule la prolifération cellulaire. L’exercice améliore la sensibilité à l’insuline, réduisant ainsi ce signal de croissance anormal.
La troisième piste touche à un facteur de croissance : l’IGF-1 (Insulin-like Growth Factor-1). Des niveaux élevés d’IGF-1 ont été associés à un risque accru de cancer du côlon. L’activité physique régulière contribue à abaisser ces niveaux circulants. Enfin, l’exercice renforce directement le système immunitaire : il augmente l’activité des cellules NK (Natural Killer), des lymphocytes T cytotoxiques et d’autres composants de l’immunité anti-tumorale. En d’autres termes, un organisme actif se défend mieux contre les cellules cancéreuses résiduelles après traitement. Ces quatre mécanismes agissent en synergie, ce qui explique en partie l’ampleur des bénéfices observés dans le CHALLENGE trial.
Avant le diagnostic : l’activité physique comme bouclier
Les bénéfices de l’exercice ne se limitent pas à la phase post-traitement. Des décennies de recherches épidémiologiques ont établi que les personnes physiquement actives ont un risque significativement plus faible de développer un cancer colorectal. Le World Cancer Research Fund (WCRF), qui compile les méta-analyses mondiales sur le sujet, conclut avec un niveau de preuve “convaincant” que l’activité physique protège contre le cancer du côlon. Les données épidémiologiques montrent que les personnes les plus actives présentent un risque de cancer colorectal réduit de 12 à 24 % par rapport aux personnes sédentaires.
Un fardeau mondial qui justifie l’urgence
Ces données prennent un relief particulier face à l’ampleur de la maladie. Le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquent dans le monde, avec 1,9 million de nouveaux cas diagnostiqués chaque année, selon les statistiques mondiales publiées dans CA: A Cancer Journal for Clinicians. En France, comme au Royaume-Uni, il représente l’un des cancers les plus meurtriers, avec une incidence en progression dans les tranches d’âge plus jeunes. En Grande-Bretagne seule, près de 31 800 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année.
Face à ce contexte, l’Organisation mondiale de la Santé recommande aux adultes au moins 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée par semaine — soit environ 20 à 30 minutes par jour. Pourtant, 31 % des adultes dans le monde, soit 1,8 milliard de personnes, n’atteignent pas ce seuil minimum. Cette sédentarité généralisée représente un facteur de risque majeur, non seulement pour le cancer colorectal, mais aussi pour les maladies cardiovasculaires, le diabète et d’autres pathologies chroniques.
Intégrer l’exercice dans les soins oncologiques : le défi suivant
Les résultats du CHALLENGE trial ouvrent une voie claire. Mais la mise en pratique dans les systèmes de santé réels reste un chantier. Comme l’a rappelé Caroline Geraghty, infirmière spécialisée de Cancer Research UK : “Tout le monde en cours de rétablissement d’un cancer devrait avoir accès à un soutien personnalisé pour l’aider à vivre plus longtemps et mieux. Cet essai a le potentiel de transformer la pratique clinique, mais seulement si les services de santé disposent des financements et du personnel nécessaires pour en faire une réalité.” Cette mise en garde est essentielle. Un programme d’exercice structuré ne s’improvise pas. Il requiert des consultants formés, des infrastructures adaptées, et une individualisation soigneuse selon l’état de santé de chaque patient.
Vers une prescription médicale de l’exercice physique
Pour le Dr Joe Henson, maître de conférences en médecine du mode de vie à l’Université de Leicester, les résultats parlent d’eux-mêmes : “Ces résultats mettent en lumière le pouvoir de l’exercice pour réduire le risque de retour du cancer et améliorer la qualité de vie.” Le programme du CHALLENGE trial prévoyait précisément des mécanismes pour lever ces obstacles : coaching individuel, flexibilité des activités, suivi progressif, et sessions en ligne pour les patients à mobilité réduite ou éloignés des centres.
Margaret Tubridy, 69 ans, participante à l’essai, en témoigne : “Je n’avais jamais fait d’exercice de ma vie. Avec le bon soutien, j’ai pu marcher de plus en plus. J’ai commencé à aller en salle de sport. Aujourd’hui je fais de la musculation deux fois par semaine et de la marche nordique. Je suis plus forte, plus en forme, et mon anxiété va mieux.” L’enjeu est désormais de politique de santé publique. La prescription médicale de l’exercice physique — sur le modèle des ordonnances de médicaments — existe déjà dans certains pays. Les résultats du CHALLENGE trial renforcent son bien-fondé pour les survivants du cancer du côlon, et plus largement pour tous les patients en oncologie.
En quelques mots
L’essai CHALLENGE trial apporte la preuve la plus solide à ce jour que l’exercice physique structuré après traitement du cancer du côlon de stades II/III réduit de 37 % le risque de décès et de 28 % le risque de récidive à cinq ans. La survie globale à huit ans atteint 90 % dans le groupe exercice, contre 83 % dans le groupe contrôle.
Ces résultats s’inscrivent dans un corpus de données épidémiologiques solides, qui montrent depuis des années que l’activité physique réduit le risque d’apparition du cancer colorectal de 12 à 24 %. Face aux 1,9 million de nouveaux cas mondiaux par an, l’enjeu est considérable. Les mécanismes biologiques sont maintenant bien identifiés : réduction de l’inflammation, amélioration de l’immunité, diminution de l’insulinorésistance et régulation des niveaux d’IGF-1.
Les recommandations de l’OMS — 150 minutes d’activité modérée par semaine — restent la référence accessible pour la population générale. Pour les patients en rémission d’un cancer du côlon, un programme d’exercice encadré représente désormais une stratégie thérapeutique à part entière, aussi sérieuse que toute autre prescription oncologique.
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