Perte de mémoire : le lithium peut-il vraiment aider ?
Le lithium n'est pas un traitement validé de la perte de mémoire, mais il montre des signaux encourageants chez certains adultes avec trouble cognitif léger

Le lithium est connu depuis longtemps en psychiatrie. Mais une autre question prend de la place : peut-il aussi ralentir la perte de mémoire liée au vieillissement ?
Les premiers résultats attirent l’attention, sans changer la pratique pour autant. Les données restent préliminaires, et les experts insistent sur un point simple : ce traitement ne remplace ni la prévention, ni le suivi médical.
Que dit la recherche récente sur le lithium et la mémoire ?
Selon un essai publié dans JAMA Neurology, des chercheurs américains ont suivi pendant deux ans des adultes de plus de 60 ans présentant un trouble cognitif léger, souvent appelé MCI. Cet état se situe entre le vieillissement habituel et une démence déclarée. Dans cette étude, un groupe a reçu de très faibles doses de lithium, bien en dessous de celles utilisées dans le trouble bipolaire.
Le signal observé est intéressant. Les participants sous lithium ont montré un déclin plus lent de la mémoire verbale, c’est-à-dire la capacité à retenir puis à rappeler des mots ou des phrases. L’effet semblait plus net chez les personnes porteuses d’amyloïde bêta, une protéine souvent liée à la maladie d’Alzheimer. Pourtant, il faut garder la tête froide. L’essai portait sur 80 personnes, ce qui reste peu, et ses critères principaux n’ont pas franchi le seuil statistique fixé au départ. En clair, on voit une piste, pas une preuve solide.
Ce point change tout pour le lecteur. Le lithium n’a pas montré qu’il restaurait une mémoire déjà perdue. Il pourrait, au mieux, ralentir une partie du déclin chez certains profils bien sélectionnés. C’est un peu la différence entre freiner une pente glissante et remonter la pente. Les experts parlent donc d’un traitement d’appoint possible, pas d’une solution miracle.
Comment le lithium pourrait-il agir sur le cerveau ?
Pourquoi un médicament ancien attire-t-il encore les chercheurs ? Parce qu’il agit sur plusieurs mécanismes biologiques à la fois. Ramon Velazquez, chercheur à l’Arizona State University, rappelle que le lithium semble freiner l’activité d’une enzyme appelée GSK-3. Cette voie intéresse les spécialistes car elle participe à la modification anormale de la protéine tau, un phénomène associé à la souffrance neuronale dans Alzheimer.
Le lithium pourrait aussi soutenir le BDNF, un facteur lié à la survie et à la plasticité des cellules nerveuses. Dit plus simplement, il pourrait aider le cerveau à mieux préserver ses connexions. Des travaux en laboratoire suggèrent aussi une baisse de certains effets toxiques associés aux dépôts amyloïdes. Cela ne veut pas dire que le cerveau est “protégé” au sens absolu. Cela veut dire qu’un terrain biologique pourrait être un peu moins hostile.
L’effet sur l’humeur, le sommeil et la réponse au stress pourrait aussi compter. Chez des personnes fragiles sur le plan cognitif, une anxiété ou une dépression peuvent aggraver les performances. Le lithium agirait donc peut-être par deux portes à la fois, une porte neurobiologique, et une porte plus indirecte, liée à la stabilité psychique. Pour l’instant, les essais ne permettent pas de séparer nettement ces deux effets.
Peut-on prendre du lithium pour prévenir Alzheimer ?
La réponse courte est non, pas en routine. Rien ne justifie aujourd’hui de prendre du lithium seul, chez soi, dans l’idée de prévenir Alzheimer ou de traiter des trous de mémoire banals. Les doses testées dans l’essai étaient faibles, souvent autour de 150 à 300 mg par jour, avec une moyenne proche de 195 mg. Les taux sanguins restaient aussi bien plus bas que ceux visés en psychiatrie. Mais même à faible dose, ce médicament demande un cadre strict.
Faible dose ne veut pas dire usage libre ou sans risque.
Les chercheurs ne savent pas encore quel est le bon niveau d’exposition, ni combien de temps il faudrait traiter pour obtenir un bénéfice réel. Ils ne savent pas non plus quel type de déclin cognitif répondrait le mieux. Alzheimer débutant ? Déclin mixte ? Atteinte vasculaire ? Ce flou compte, car la mémoire n’est pas une maladie unique. C’est un symptôme, parfois lié à plusieurs causes en même temps.
Autre limite, l’effet observé sur deux ans ne dit rien sur le très long terme. Un résultat encourageant au début peut s’atténuer, ou ne pas changer la vie quotidienne de façon nette. C’est pour cela que les spécialistes attendent des essais plus larges, avec des biomarqueurs, des suivis plus longs, et un meilleur repérage des patients qui pourraient réellement en profiter.
Quels sont les risques, et que recommandent vraiment les experts ?
Le lithium n’est pas un complément alimentaire. Il peut affecter les reins et la thyroïde, surtout chez les personnes âgées ou fragiles. Le risque augmente aussi en cas de déshydratation, de maladie rénale, ou d’interactions avec certains médicaments, comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens et les diurétiques. C’est pourquoi un médecin doit vérifier les antécédents, doser le lithium dans le sang, puis surveiller régulièrement les analyses.
Sur ce point, les experts sont très clairs. Le meilleur niveau de preuve, aujourd’hui, concerne encore le mode de vie. Des programmes complets, comme les essais FINGER et U.S. POINTER, ont montré qu’une approche combinant activité physique, contrôle de la tension, sommeil, stimulation mentale et santé métabolique peut aider à préserver la cognition chez des adultes à risque. Cette stratégie agit large, sur le cerveau, mais aussi sur le cœur, les vaisseaux et la mortalité globale.
Cela peut sembler moins spectaculaire qu’un comprimé. Pourtant, c’est souvent plus puissant. Le cerveau ressemble à un orchestre : si le sommeil, le sucre, la pression artérielle et l’activité physique jouent faux, aucun instrument seul ne rattrape tout. Le lithium reste donc une piste scientifique sérieuse, mais la prévention quotidienne garde une longueur d’avance.
En quelques mots
Le lithium n’est pas un traitement validé de la perte de mémoire, mais il montre des signaux encourageants chez certains adultes avec trouble cognitif léger. Les chercheurs doivent encore définir la bonne dose, la bonne durée et les bons profils. En attendant, la voie la plus solide reste simple : bouger, dormir correctement, traiter les facteurs cardiovasculaires et consulter si la mémoire change. Pour le cerveau, la meilleure stratégie reste souvent la plus sobre, et la plus suivie.
Source
Low-Dose Lithium for Mild Cognitive Impairment: A Pilot Randomized Clinical Trial
Cet article a été élaboré avec le soutien d’un outil d’intelligence artificielle. Il a ensuite fait l’objet d’une révision approfondie par un journaliste professionnel et un rédacteur en chef, assurant ainsi son exactitude, sa pertinence et sa conformité aux standards éditoriaux.
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