Microbiote, virus caché et cancer du côlon : que révèle la science ?
Les nouvelles recherches sur le microbiote montrent qu’un virus dissimulé dans une bactérie de l’intestin, Bacteroides fragilis, est plus souvent présent chez les personnes atteintes de cancer du côlon

Le microbiote intestinal est au cœur de la recherche sur le cancer du côlon. On savait déjà que certaines bactéries pouvaient favoriser un terrain inflammatoire. De nouvelles données suggèrent qu’un virus “caché” à l’intérieur de ces bactéries pourrait aussi peser sur le risque de cancer colorectal.
Une équipe danoise et australienne a identifié un virus encore jamais décrit, niché dans une bactérie fréquente de notre intestin, Bacteroides fragilis. Ce virus, un bactériophage, apparaît beaucoup plus souvent chez les personnes atteintes de cancer colorectal que chez les personnes indemnes. Ces résultats ne prouvent pas que ce virus cause directement le cancer, mais ils renforcent l’idée que le microbiote – et son “virome” – jouent un rôle clé dans ce cancer fréquent.
Un virus caché dans une bactérie du microbiote
Les chercheurs se sont d’abord intéressés à Bacteroides fragilis, une bactérie très répandue dans l’intestin, déjà repérée dans plusieurs études sur le cancer colorectal. Ce microbe a toujours intrigué : on le retrouve plus souvent chez les patients atteints de cancer du côlon, mais aussi chez des personnes en bonne santé. L’énigme était de savoir si la bactérie elle‑même était en cause, ou si un autre acteur se cachait derrière sa présence.
En analysant en détail le matériel génétique des bactéries prélevées chez des patients, les chercheurs ont découvert un invité surprise : un virus jusque‑là inconnu, présent à l’intérieur de Bacteroides fragilis. Ce type de virus, appelé bactériophage, infecte les bactéries et peut modifier leur comportement. Dans un premier groupe de patients, ce “phage” était déjà plus fréquent chez les personnes atteintes de cancer colorectal que chez les témoins. L’équipe a ensuite confirmé cette association dans une cohorte plus large, incluant près de 900 personnes avec et sans cancer colorectal. Les personnes ayant un cancer étaient presque deux fois plus susceptibles d’héberger ce virus dans leurs bactéries intestinales.
Microbiote, virome et risque de cancer du côlon
Cette découverte s’inscrit dans un champ de recherche plus vaste : le lien entre microbiote et cancer colorectal. De nombreuses études montrent que la composition du microbiote est différente chez les patients atteints de cancer du côlon par rapport aux sujets sains. Certaines bactéries, comme Fusobacterium nucleatum, des souches particulières de Bacteroides fragilis ou Escherichia coli produisant des toxines, sont plus fréquentes dans les tumeurs colorectales. Elles peuvent favoriser une inflammation chronique, produire des substances toxiques pour l’ADN ou perturber la barrière intestinale.
Plus récemment, les chercheurs ont élargi leur regard au “virome”, c’est‑à‑dire l’ensemble des virus présents dans l’intestin, y compris les bactériophages. Un travail publié en 2025 sur le virome de patients présentant des polypes précancéreux montre que la diversité et la composition des virus intestinaux sont déjà modifiées à ce stade précoce. D’autres études suggèrent que certains phages peuvent modifier la façon dont les bactéries interagissent avec le système immunitaire ou produisent des toxines, influençant les étapes de la carcinogenèse. L’idée qui émerge est que le risque de cancer colorectal ne dépend pas seulement des bactéries présentes, mais aussi des virus qui les habitent et modulent leur comportement.
Comment un virus peut-il faire pencher la balance vers le cancer ?
Les bactériophages n’infectent pas directement les cellules humaines, mais ils peuvent transformer profondément les bactéries qu’ils colonisent. Ils sont capables de transférer des gènes impliqués dans la virulence, la production de toxines ou la résistance au stress. Dans le cas du virus récemment mis en cause, les scientifiques pensent qu’il pourrait changer la manière dont Bacteroides fragilis interagit avec la muqueuse intestinale et le système immunitaire.
Selon les analyses, les porteurs de ce phage présentent plus souvent des signes d’inflammation dans le côlon et une altération de l’équilibre du microbiote. Les virus peuvent pousser les bactéries à produire davantage de molécules qui irritent la paroi intestinale, facilitent l’adhésion aux cellules du côlon ou perturbent les mécanismes de réparation de l’ADN. Sur des années, ce micro‑environnement inflammatoire favorise l’apparition de lésions précancéreuses puis de tumeurs. Les auteurs insistent toutefois sur un point : l’association statistique est forte, mais elle ne permet pas encore d’affirmer que ce virus est seul responsable du développement du cancer. Il s’ajoute à un faisceau de facteurs, dont le tabac, l’alcool, la sédentarité et la alimentation pauvre en fibres.
Vers de nouveaux outils de dépistage basés sur le microbiote
Un aspect prometteur de ces travaux concerne le dépistage précoce. Les chercheurs ont montré qu’un panel de signatures virales, basé sur des fragments de génome du phage, permettait d’identifier environ 40% des cas de cancer colorectal dans leurs premiers tests, en analysant de simples échantillons de selles. Ces performances sont encore insuffisantes pour remplacer les tests de dépistage actuels, mais elles ouvrent la voie à des outils complémentaires.
L’idée serait, à terme, d’ajouter ces marqueurs viraux et microbiens aux tests de sang ou de selles déjà utilisés, pour mieux cibler les personnes à risque. Un simple prélèvement pourrait renseigner non seulement sur la présence de sang microscopique, mais aussi sur des profils de microbiote et de virome caractéristiques d’un risque accru de cancer du côlon. Les chercheurs restent prudents : plusieurs études indépendantes devront confirmer ces résultats, sur des populations plus diversifiées, avant d’envisager une application courante. Mais cette approche illustre un changement de paradigme : le microbiote devient un outil potentiel de prévention et de détection précoce, et pas seulement un témoin passif de la maladie.
Prévention : ce que le lecteur peut déjà faire
Pour le moment, on ne dispose pas de test commercial permettant de savoir si l’on porte ce virus précis. Le message pour le grand public ne change pas sur l’essentiel : la prévention du cancer colorectal passe d’abord par les recommandations connues. Les données accumulées montrent que près de 80% du risque serait lié à des facteurs environnementaux, dont la composition du microbiote influencée par l’alimentation, le poids, l’alcool et l’activité physique.
Adopter une alimentation riche en fibres (fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes), limiter la viande rouge, éviter les charcuteries, réduire l’alcool et le tabac reste essentiel pour préserver la santé de son côlon et de son microbiote. Bouger régulièrement, éviter la prise de poids abdominale et participer au dépistage organisé du cancer colorectal à partir de l’âge recommandé dans son pays sont aujourd’hui les actions les plus efficaces. Les découvertes sur ce virus caché et sur le virome intestinal ne doivent pas inquiéter, mais plutôt rappeler que ce qui se passe dans notre intestin est au cœur de la prévention à long terme.
En quelques mots
Les nouvelles recherches sur le microbiote montrent qu’un virus dissimulé dans une bactérie de l’intestin, Bacteroides fragilis, est plus souvent présent chez les personnes atteintes de cancer du côlon. Ce virus n’est pas une preuve de causalité à lui seul, mais il illustre le rôle complexe des microbes et de leurs virus dans la genèse du cancer colorectal.
Demain, l’analyse combinée des bactéries et des virus présents dans nos selles pourrait aider à repérer plus tôt les personnes à risque et à affiner le dépistage. En attendant, protéger son intestin reste à la portée de chacun : soigner son alimentation, maintenir une activité physique régulière, limiter alcool et tabac et participer au dépistage organisé demeurent les piliers de la prévention du cancer du côlon.
Cet article a été élaboré avec le soutien d'un outil d'intelligence artificielle. Il a ensuite fait l'objet d'une révision approfondie par un journaliste professionnel et un rédacteur en chef, assurant ainsi son exactitude, sa pertinence et sa conformité aux standards éditoriaux. PRESSE SANTÉ s'efforce de transmettre la connaissance santé dans un langage accessible à tous. En AUCUN CAS, les informations données ne peuvent remplacer l'avis d'un professionnel de santé.