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Traumatisme crânien : quand le cerveau des combattants de boxe ou de MMA peine à se nettoyer

Les études montrent que les coups répétés à la tête chez les professionnels de la boxe ou du MMA nuisent au cerveau au delà des traumatismes crâniens

Un combat de boxe ou de MMA, vu de l’extérieur, ressemble à un choc de muscles et de volonté. Pourtant, la vraie bataille se joue souvent à l’intérieur du crâne. Les coups répétés à la tête ne provoquent pas seulement des commotions visibles, ils perturbent aussi le système glymphatique, ce réseau qui aide le cerveau à se nettoyer.

Chez les combattants professionnels, les KO et les impacts répétés font partie du métier. On estime que les traumatismes crâniens liés au sport représentent jusqu’à 30 % de l’ensemble des traumatismes crâniens, et les sports de combat pèsent lourd dans ce chiffre. Un boxeur ou un combattant de MMA accepte ce risque, mais il ignore souvent ce qui se passe, lentement, dans ses tissus cérébraux.

Cet article explique comment le « plombier du cerveau » fonctionne, ce que montrent les nouvelles recherches chez les professionnels de la boxe ou du MMA, et comment ces données peuvent servir à mieux protéger leur mémoire et leur avenir.

Comment le cerveau se nettoie : comprendre simplement le système glymphatique

On parle souvent du cœur, des muscles, des poumons. On parle moins du système qui nettoie le cerveau. Pourtant, sans ce nettoyage, le cerveau se charge de déchets et ne fonctionne plus de façon stable.

Le système glymphatique est un réseau de petits canaux remplis de liquide. Ce liquide circule autour des vaisseaux sanguins du cerveau. Il aide à évacuer les déchets du cerveau, les toxines, et des protéines anormales qui se forment au fil du temps.

On peut se représenter ce système comme un mélange de plomberie et de service d’éboueurs. Le liquide arrive, circule entre les cellules, ramasse les déchets, puis les entraîne vers des zones où ils sont rejetés hors du cerveau. Le reste du corps possède un système lymphatique, chargé d’un rôle proche. Le système glymphatique en est le complément cérébral.

Quand ce nettoyage marche bien, le cerveau reste plus clair, plus efficace, surtout après un effort mental ou une journée longue. La nuit, ce système semble plus actif, ce qui renforce l’idée que le sommeil sert aussi à « laver » le cerveau.

Le « plombier » du cerveau : à quoi sert le système glymphatique

Le système glymphatique remplit plusieurs fonctions importantes, toutes liées au même but : garder le cerveau dans un état stable.

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Il aide d’abord à évacuer les déchets formés par l’activité des neurones. Chaque pensée, chaque geste, produit de petites molécules à éliminer. Si elles restent sur place, elles s’accumulent et deviennent toxiques pour les cellules nerveuses.

Ce système participe aussi à l’équilibre des liquides. Il régule la quantité de liquide autour des neurones, ce qui influence la pression dans le crâne et le bon contact entre les cellules. Il sert de voie de transport pour certains nutriments et pour des cellules immunitaires qui surveillent les tissus cérébraux.

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Quand ce « plombier » fonctionne, le cerveau se protège mieux face aux agressions. Quand il ralentit, des protéines toxiques peuvent se déposer. Certaines sont liées à des maladies comme Alzheimer ou Parkinson. On parle par exemple de protéines anormales qui s’agrègent et perturbent la communication entre neurones.

Avec le temps, cette accumulation peut se traduire par un ralentissement de la pensée, des troubles de la mémoire, ou des changements de comportement. Pour un combattant professionnel de boxe ou de MMA, cela peut survenir à un âge encore jeune, parfois alors que la carrière se termine à peine.

Pourquoi un bon drainage du cerveau protège la mémoire et l’humeur

Quand le nettoyage nocturne se fait bien, les neurones disposent au réveil d’un milieu clair, stable et moins toxique. La communication entre eux devient plus fluide. La mémoire fonctionne mieux, l’attention reste plus stable, les réactions émotionnelles sont plus équilibrées.

De nombreux combattants décrivent, après une bonne nuit, une sensation de tête légère et d’idées plus claires. Il ne s’agit pas seulement de repos psychologique. Le cerveau a réellement réduit sa charge de déchets, ce qui lui permet de traiter l’information avec plus de précision et moins de bruit « de fond ».

Lorsque le drainage se dérègle, l’effet inverse apparaît. Les protéines s’accumulent autour des neurones, l’inflammation locale augmente, la structure des réseaux nerveux s’affaiblit. Sur le court terme, on observe parfois des troubles de la concentration, une irritabilité plus marquée, un temps de réaction rallongé. Sur le long terme, les dépôts de protéines et l’inflammation chronique peuvent rendre le cerveau plus fragile face aux chocs suivants.

Chez certains athlètes, ce cercle vicieux se met en place très tôt. Chocs répétés, mauvaise qualité de sommeil, drainage réduit, accumulation de déchets, nouvelle baisse des performances, nouveaux chocs. Comprendre ce cycle permet de mieux le briser.

Comment les médecins observent ce système avec l’IRM DTI-ALPS

Pendant longtemps, le système glymphatique restait presque invisible. Les médecins devaient se contenter d’indices indirects. Aujourd’hui, des techniques d’imagerie avancée permettent de le suivre de plus près.

L’une d’elles s’appelle DTI-ALPS. Il s’agit d’une forme d’IRM qui observe le mouvement de l’eau dans le cerveau. Les spécialistes s’intéressent surtout aux déplacements de l’eau le long des vaisseaux et des espaces qui entourent ces vaisseaux, les espaces périvasculaires.

En analysant ces mouvements, les chercheurs calculent un score ALPS. Ce score sert de biomarqueur du fonctionnement glymphatique. Il reste non invasif, c’est à dire qu’il ne demande pas de chirurgie, seulement un examen d’imagerie.

Quand ce score se dégrade, il peut signaler un risque plus élevé de déclin cognitif. Des travaux ont lié un indice DTI-ALPS altéré à la progression de conditions comme la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson. Pour les sportifs de combat, ce score devient donc un indicateur précieux de la santé de leur « système de nettoyage » cérébral.

En quoi les traumatismes crâniens répétés perturbent ce nettoyage du cerveau

Les coups à la tête ne touchent pas seulement les neurones. Ils affectent aussi les vaisseaux, les membranes et les canaux qui transportent le liquide de nettoyage. C’est là que se produit une grande partie du problème chez les combattants professionnels.

Un impact violent provoque une déformation rapide du cerveau à l’intérieur du crâne. Même sans fracture, les tissus sont étirés et comprimés. Les petits vaisseaux peuvent se tordre, les parois se fragilisent, les canaux par où circule le liquide se resserrent. Immédiatement après le choc, l’inflammation locale augmente, un peu comme un bleu qui gonfle sur la peau.

On parle souvent des gros KO, mais les coups répétés à l’entraînement comptent autant. Les sparrings intensifs, les sessions longues avec casque, les commotions « légères » ignorées ou minimisées s’additionnent au fil des années. Chaque impact ajoute un peu de stress aux structures qui gèrent le drainage. Ce qui semble anodin sur une séance devient lourd après plusieurs saisons.

Les études récentes suggèrent que ces microtraumatismes peuvent réduire la circulation du liquide céphalo-rachidien dans certaines zones du cerveau. Le système glymphatique perd en efficacité. Les protéines toxiques se déposent alors plus facilement dans les régions impliquées dans la mémoire, l’émotion ou la prise de décision. On retrouve, chez certains anciens boxeurs ou joueurs de sports de contact, ces dépôts associés à des troubles cognitifs et à des changements de personnalité.

La qualité du sommeil après choc joue un rôle clé. Beaucoup de combattants rapportent, dans les semaines suivant une commotion, des réveils fréquents, des cauchemars, une sensation de sommeil non réparateur. Or, c’est précisément pendant le sommeil profond stable que le drainage atteint son maximum. Moins de sommeil profond signifie moins de nettoyage, donc une accumulation plus rapide des déchets dans un cerveau déjà fragilisé par les impacts.

Avec le temps, ce dérèglement peut se traduire par des signes qui doivent alerter les athlètes et les entraîneurs.

 

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