Cette moyenne de cinq heures de temps libre par jour est assez stable quels que soient le niveau de richesse ou d’éducation. La plupart des Américains (près de 90 %, selon un sondage récent) déclare avoir un loisir. Dans le même temps, les dernières statistiques montrent que plus de deux heures par jour sont consacrées aux réseaux sociaux. La télévision et les autres divertissements sur écran occupent également une part importante de leur temps libre.
Il n’y a aucun mal à se relaxer devant un écran. Mais les chercheurs qui étudient les loisirs ne les confondent pas avec les activités de détente passives comme regarder la télévision ou faire défiler les réseaux sociaux. Faire cette distinction entre s’épanouir grâce aux loisirs et se distraire passivement est importante car, selon la recherche, les véritables passe-temps sont un composant essentiel d’une vie saine et gratifiante.
Pourquoi est-il conseillé de s’épanouir grâce aux loisirs ?
Les loisirs procurent un sentiment d’accumulation et de progression (se dépasser pour s’améliorer ou atteindre de nouveaux objectifs). Cela peut aider à répondre à des besoins de sens et de but dans la vie.
Une distinction entre un loisir et les autres occupations de temps libre est l’acquisition de compétences ou un apprentissage, explique Daisy Fancourt, professeure de psychobiologie et d’épidémiologie à l’University College de Londres.
Dans le cadre de certaines de ses recherches, Daisy Fancourt et ses collègues ont découvert que lorsque les personnes âgées ont des loisirs, elles ont tendance à être plus heureuses et plus satisfaites de leur vie, et moins sujettes à la dépression. D’autres recherches ont révélé des bienfaits similaires chez les jeunes adultes : les loisirs soutiennent la santé mentale et le bien-être, améliorent la qualité de vie et réduisent l’anxiété, le stress et la dépression.
Qu’est-ce qu’un loisir ?
Il peut être difficile de définir ce qui est ou n’est pas un loisir, explique Jessica Bone, chercheuse principale à l’University College de Londres, qui a étudié les loisirs et leur rôle dans la santé mentale :
- ce n’est pas une activité rémunérée : on le fait par plaisir ou pour la satisfaction personnelle procurée, pas pour de l’argent,
- cela implique un élément actif : créer activement quelque chose ou investir son énergie et ses ressources dans une pratique qui développe les compétences ou les aptitudes,
- les loisirs font fréquemment appel à la nouveauté, à la créativité, à la stimulation sensorielle et cognitive, à l’expression de soi, d’après certains travaux de Jessica Bone et Daisy Fancourt : Jessica Bone cite l’activité physique comme un bon exemple de loisir (particulièrement si elle présente un défi progressif ou implique d’autres personnes). Le jardinage, les collections, les arts créatifs et l’apprentissage d’une langue en sont d’autres,
- les loisirs peuvent aider à renforcer l’estime de soi et la confiance en soi : ils donnent l’occasion d’utiliser son cerveau, ses compétences sociales ou ses capacités d’une manière que le travail ne permet pas forcément.
Une grande partie de la littérature de recherche sur le bien-être distingue les le bien-être hédonique du bien-être eudémonique :
- le bien-être hédonique découle souvent de plaisirs simples et éphémères, comme celui de manger un plat délicieux ou à regarder quelque chose de drôle,
- le bien-être eudémonique procure un sentiment d’accomplissement ou de contentement plus profond et plus fondamental. Les loisirs, que certains chercheurs qualifient d’« activités de temps libre sérieuses », semblent satisfaire ce besoin eudémonique. Ils soutiennent les dimensions les plus authentiques de la vie et créent les conditions de l’accomplissement de soi, explique Yazdan Mansourian, maître de conférences et chercheur sur les loisirs à l’université Charles-Sturt en Australie. Les gens ne font pas seulement ce qu’ils aiment, ils deviennent ce qu’ils veulent vraiment être.
Pour beaucoup de personnes, les loisirs permettent de satisfaire des besoins que le travail rémunéré et les activités de temps libre passives laissent inassouvis. Au travail, les réussites sont généralement liées aux revenus, aux indicateurs de performance ou à l’évolution de la carrière, explique Yasdan Mansourian. Mais lorsqu’il s’agit de loisirs, les réalisations conservent toute leur importance sans avoir ce même besoin de validation externe. Cela permet aux gens de rechercher l’excellence pour elle-même, ce qui est satisfaisant et régénérant.
Pourquoi les gens ne consacrent-ils pas suffisamment de temps à s’épanouir grâce aux loisirs ?
Beaucoup reconnaissent les bienfaits des loisirs et seraient prêts à leur consacrer du temps, mais leur problème récurrent est de trouver celui qu’ils ont réellement envie de pratiquer.
Au Royaume-Uni et, de plus en plus, dans certaines régions des États-Unis, les professionnels de santé adoptent des pratiques de « prescription sociale » : ils prescrivent des loisirs ou d’autres activités à leurs patients, au même titre que des médicaments.
La prescription sociale est une excellente porte d’entrée vers les loisirs, déclare Jessica Bone. Une discussion s’engage sur ce qui compte pour soi et sur la façon de combler les manques avec des loisirs qui plaisent.
Dans son nouveau livre Art Cure: The Science of How the Arts Save Lives (Le remède par l’art : la science de la façon dont les arts sauvent des vies), Daisy Fancourt décrit les nombreux bienfaits retirés de la pratique de la musique, de la peinture, de la danse et d’autres formes artistiques. Ces bienfaits comprennent un mieux-être, une réduction du stress et des risques moins élevés de maladies comme la démence et la dépression. La pratique artistique procure une stimulation multi-sensorielle et fait appel à la créativité et à l’imagination.
Sans être une fervente partisane des loisirs artistiques, Daisy Fancourt conseille de garder l’esprit ouvert sur ce qui pourrait fonctionner. Il faut commencer par tenter de nombreuses nouvelles expériences artistiques (par exemple, prendre des cours de peinture ou de danse, ou apprendre à jouer d’un instrument). On ne peut savoir ce que l’on aime sans avoir essayé. Quel que soit le nouveau loisir choisi, s’engager pendant au moins 10 à 12 semaines. Si l’on persiste quelques mois, souvent l’expérience est modifiée, on se sent plus à l’aise et plus confiant.
En général, les études montrent des améliorations de la santé mentale et du bien-être en l’espace de trois mois. Si ces bienfaits ne sont pas ressentis, il se peut que ce soit le bon moment d’essayer une autre activité à la place. Le but d’un loisir n’est pas la réussite ou l’excellence mais d’approfondir son engagement dans quelque chose d’intéressant et d’agréable pour le pérenniser.
Au lieu de se demander « que devrais-je faire ? », se poser cette question : « qu’est-ce qui m’attire ? » conseille Yasdan Mansourian. Les gens ont parfois l’impression de devoir choisir la bonne activité dès le départ, alors qu’explorer plusieurs pistes fait partie du processus et du plaisir.
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