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Perte auditive à l’âge moyen: un sur-risque de démence de 71 % 

La perte auditive à l’âge moyen s’accompagne d’un sur-risque de démence, de signes de vieillissement cérébral à l’IRM et d’une baisse des fonctions exécutives.

Perdez-vous parfois le fil d’une conversation dans le bruit, sans y prêter attention ? Cette gêne, souvent jugée banale, pourrait en réalité être un signal précoce pour le cerveau.

Une grande étude basée sur la Framingham Heart Study montre qu’une perte auditive au milieu de la vie, même légère, est liée à un risque plus élevé de démence sur 15 ans. Les chercheurs observent aussi que les personnes qui utilisent des aides auditives semblent moins souvent développer une démence.

Il n’existe pas de traitement curatif de la démence. C’est pourquoi les facteurs que l’on peut corriger, comme l’audition, prennent une place centrale. Comprendre ce lien entre oreilles et cerveau devient donc une vraie priorité de santé publique.

Qu’entend-on par perte auditive à l’âge moyen ?

La perte auditive liée à l’âge, que l’on nomme souvent presbyacousie, correspond à une baisse lente et progressive de l’audition dans les deux oreilles. Elle commence souvent plus tôt qu’on ne le pense, parfois dès la quarantaine.

Les spécialistes distinguent une audition normale, une perte légère, modérée puis sévère. Le seuil exact repose sur des tests d’audiométrie, mais l’idée reste simple : plus le son doit être fort pour être perçu, plus la perte est marquée.

La perte auditive liée à l’âge est très fréquente. Les données montrent que le risque double à chaque décennie après l’adolescence. Chez les plus de 70 ans, près de deux personnes sur trois présentent une perte significative.

Le problème est que cette baisse apparaît lentement. Beaucoup de personnes avec une perte légère ne s’en rendent pas compte. Cette réalité plaide pour des bilans auditifs réguliers, au moins à partir de 50 ans.

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Perte auditive légère, modérée ou sévère : ce que les degrés veulent dire

Après un test auditif, le médecin classe la perte selon son intensité. L’audiogramme indique quelles fréquences sont touchées et à quel niveau.

Dans la vie de tous les jours, une perte légère peut se traduire par une difficulté à suivre une discussion dans un café bruyant ou lors d’un repas de famille. On entend, mais on ne comprend pas toujours clairement, surtout si plusieurs personnes parlent.

Une perte modérée conduit souvent à monter le son de la télévision, à demander de répéter, à confondre certains mots au téléphone. La perte sévère rend les échanges sans aide technique très difficiles.

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Il est important de comprendre qu’une perte dite légère n’est pas légère pour le cerveau. L’étude montre qu’elle s’accompagne déjà de signes de vieillissement cérébral et d’un risque accru de démence.

Pourquoi la perte auditive à la quarantaine et à la cinquantaine passe souvent inaperçue

À 45 ou 55 ans, peu de personnes se sentent « malentendantes ». On s’habitue à lire un peu plus sur les lèvres, à éviter les restaurants trop bruyants, à choisir des réunions en petit comité.

Les travaux récents montrent un décalage clair entre ce que les personnes déclarent et ce que les tests révèlent. Beaucoup affirment entendre correctement, alors que l’audiogramme met en évidence une perte légère.

Cette sous-estimation pose un problème, car les nouvelles données lient ces pertes discrètes à la santé cérébrale sur le long terme. Ignorer les premiers signes revient à laisser s’installer un facteur de risque modifiable.

Ce que révèle l’étude : la perte auditive au milieu de la vie et le risque de démence

La nouvelle analyse repose sur plus de 2 000 participants de la Framingham Heart Study, une grande cohorte suivie sur plusieurs générations. Tous ont passé un test auditif au début du suivi, puis des examens réguliers sur le plan cérébral et cognitif.

Les chercheurs ont observé que la gravité de la perte auditive au départ était liée au risque de démence 15 ans plus tard. Les personnes avec une perte au moins légère présentaient un risque nettement plus élevé qu’elles n’auraient eu avec une audition normale.

Pour les participants avec une perte légère, le risque de démence était environ 70 % plus haut que chez ceux sans perte. Ce chiffre ne signifie pas que tous développeront une démence, mais il traduit un sur-risque réel à l’échelle d’une population.

Les examens d’IRM cérébrale montrent aussi un volume cérébral plus faible et davantage d’atteintes de la substance blanche chez les personnes avec une perte au moins légère. Les tests cognitifs relèvent surtout une baisse des fonctions exécutives (planification, attention, organisation), qui sont des marqueurs importants de vieillissement cérébral.

Un suivi sur 15 ans qui relie audition et démence

Les participants avaient en moyenne autour de 60 ans lors des premiers tests auditifs. Ils ont été suivis pendant une quinzaine d’années, avec des évaluations régulières de la mémoire, des capacités de réflexion et, pour un sous-groupe, des IRM.

Il s’agit d’une étude observationnelle. Les chercheurs observent des liens entre perte auditive, structure du cerveau et démence, mais ne prouvent pas une cause unique et directe. La force du travail vient de la durée de suivi, du nombre de participants et du fait que l’audition, la cognition et l’imagerie ont été étudiées dans la même cohorte.

Même une perte auditive légère augmente clairement le risque

Le résultat qui frappe le plus le grand public est celui-ci : une perte auditive légère suffit à augmenter nettement le risque de démence à long terme. La hausse de risque tourne autour de 71 % par rapport à une audition normale.

Ce sur-risque est encore plus marqué chez les personnes qui portent au moins une copie du gène APOE4, déjà associé à un risque plus élevé de maladie d’Alzheimer. Perte auditive et prédisposition génétique semblent alors se cumuler.

Ce constat transforme l’image de la « petite baisse d’audition » vue comme un simple désagrément. Elle devient un indicateur précoce de fragilité cérébrale.

Ce que montrent les scanners cérébraux et les tests de pensée

Les IRM ont mis en évidence un volume cérébral global un peu plus petit chez les personnes présentant une perte au moins légère. On observe aussi plus d’anomalies de la substance blanche, ces fibres qui relient les différentes régions du cerveau.

Les tests cognitifs ne montrent pas seulement des trous de mémoire classiques. Ils révèlent surtout une baisse des fonctions exécutives : organiser sa journée, garder le fil d’une tâche complexe, gérer plusieurs informations en même temps.

Ces éléments, associés, correspondent à des marqueurs de vieillissement cérébral souvent liés au risque de démence.

Pourquoi la perte auditive pourrait favoriser la démence

Plusieurs mécanismes possibles sont avancés pour expliquer ce lien entre oreilles et cerveau. Ils ne s’excluent pas et peuvent se combiner.

D’abord, la perte auditive modifie la vie sociale. Ensuite, elle augmente la charge mentale nécessaire pour comprendre les sons. Enfin, elle pourrait refléter ou favoriser des changements directs dans la structure cérébrale.

Il reste aussi possible que la perte auditive, dans certains cas, soit déjà un signe de processus cérébraux en cours.

Moins de contacts sociaux et plus de solitude

Quand entendre devient difficile, les échanges perdent en confort. Beaucoup de personnes sortent moins, participent moins aux repas de groupe, évitent les réunions de famille ou les activités associatives.

Ce repli conduit à une réduction des stimulations sociales. Or, la solitude et l’isolement font partie des facteurs de risque connus pour la démence. Une audition mal corrigée peut donc être le premier maillon d’une chaîne qui mène à un cerveau moins stimulé.

Un cerveau occupé à décoder les sons, moins disponible pour la mémoire

Avec une perte auditive, le cerveau doit travailler davantage pour décoder les sons, surtout dans le bruit. C’est ce qu’on appelle la charge cognitive.

Imaginez un dîner dans un restaurant animé. Si vous entendez mal, une grande partie de votre énergie mentale sert à déchiffrer les mots. Il reste moins de ressources pour retenir ce qui se dit, réfléchir et prendre des décisions.

L’étude retrouve ce phénomène dans les tests. Les personnes avec perte auditive montrent plus de difficultés dans les tâches qui demandent planification, flexibilité mentale et attention soutenue.

Des changements possibles dans la structure du cerveau

Les résultats d’IRM, avec un volume cérébral plus faible et plus de lésions de la substance blanche, suggèrent des changements structurels liés à la perte auditive. Ces anomalies sont souvent associées à un risque accru de démence dans d’autres études.

Les chercheurs ne savent pas encore si la perte auditive cause directement ces modifications, ou si elles partagent des causes communes, comme des maladies vasculaires. Dans tous les cas, elles s’ajoutent au tableau d’un cerveau plus vulnérable.

Les aides auditives peuvent-elles réduire le risque de démence ?

Le message n’est pas seulement inquiétant. Il est aussi porteur d’espoir. Dans la nouvelle étude, les personnes avec perte auditive qui portaient des aides auditives avaient un risque de démence plus faible que celles qui n’en portaient pas.

Cette association semblait particulièrement marquée chez les porteurs du gène APOE4. L’appareillage auditif pourrait donc compenser une partie du risque lié à la génétique.

Une revue de la littérature publiée en 2022 rapporte, elle aussi, une baisse d’environ 19 % du risque de démence chez les utilisateurs d’aides auditives par rapport aux non-utilisateurs.

Ce que montrent les études sur les aides auditives et le cerveau

Les données convergent : un meilleur apport sonore et le maintien des échanges sociaux vont dans le sens d’une protection partielle du cerveau. Les aides auditives semblent réduire le sur-risque, sans le faire disparaître totalement.

Il faut garder à l’esprit les limites. Les études restent observationnelles et décrivent des liens. La durée et la régularité du port des appareils sont souvent mal mesurées. Malgré cela, le signal est cohérent avec ce que l’on sait des effets de l’isolement et de la charge cognitive.

Pourquoi traiter sa perte auditive le plus tôt possible

Agir tôt a du sens. Traiter une perte auditive dès les premiers signes, surtout entre 40 et 65 ans, peut limiter l’isolement, réduire l’effort mental pour écouter et peut-être freiner certains changements cérébraux.

Discuter de son audition avec son médecin traitant, un ORL ou un audioprothésiste, même en cas de gêne légère, devient un geste de prévention au même titre que le contrôle de la tension, du cholestérol ou l’arrêt du tabac.

Prendre soin de son audition, c’est aussi prendre soin de sa mémoire.

Comment protéger son audition et sa mémoire à partir de 40 ans

Protéger ses oreilles et son cerveau va de pair. À partir de la quarantaine, quelques habitudes peuvent faire une vraie différence.

Faire contrôler régulièrement son audition après 50 ans

L’étude rappelle que l’auto-évaluation de l’audition n’est pas fiable. Beaucoup de personnes ignorent leur perte légère. Un test auditif régulier à partir de 50 ans, voire plus tôt en cas d’exposition au bruit ou d’antécédents familiaux, permet de repérer ces baisses discrètes.

On peut en parler à son médecin, qui orientera vers un ORL ou un audioprothésiste pour un bilan complet.

Protéger ses oreilles du bruit au quotidien

Le bruit intense abîme les cellules de l’oreille interne. Cette atteinte se cumule avec la perte liée à l’âge et augmente la charge sur le cerveau.

Il est utile de limiter le volume des écouteurs, de faire des pauses dans les lieux très bruyants, et de porter des protections (bouchons, casques) en concert ou en milieu de travail bruyant. Ces gestes simples réduisent le risque de perte auditive précoce.

Préserver un cerveau actif : lien social, activité mentale et santé globale

La protection de l’audition s’inscrit dans une stratégie plus large de santé cérébrale. Rester socialement actif, maintenir des activités qui stimulent la réflexion, pratiquer une activité physique régulière, contrôler sa pression artérielle et son cholestérol, limiter l’alcool et arrêter de fumer contribuent aussi à réduire le risque de démence.

La perte auditive peut être le premier maillon d’un enchaînement qui mène à l’isolement, puis à la baisse cognitive. En intervenant tôt, on peut casser cette chaîne.

A retenir

La perte auditive à l’âge moyen est fréquente et souvent sous-estimée, en particulier lorsqu’elle est légère. Les nouvelles données montrent qu’elle s’accompagne d’un sur-risque de démence, de signes de vieillissement cérébral à l’IRM et d’une baisse des fonctions exécutives.

L’usage régulier d’aides auditives, associé à un suivi précoce, semble réduire une partie de ce risque, et rejoint d’autres travaux scientifiques en ce sens. Ce n’est pas une garantie, mais un levier concret pour protéger son cerveau.

Le message central est simple : ne banalisez pas une gêne auditive, même discrète. Faites contrôler votre audition, acceptez l’aide technologique si elle est proposée, cultivez vos liens sociaux et un mode de vie sain.

Protéger son audition à la quarantaine et à la cinquantaine, c’est aussi investir dans sa mémoire et son autonomie pour les années à venir.

 

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