Perfectionnisme, sport en compétition: un risque de dépendance à l’exercice
Le sport soigne, mais il peut aussi enfermer. Les données récentes relient le perfectionnisme et le sport en compétition à un risque plus élevé de dépendance à l’exercice

Courir, nager, soulever, pédaler, c’est bon pour le corps et pour la tête. On le répète souvent, et c’est vrai. Mais que se passe-t-il quand l’entraînement n’est plus un choix, et devient une obligation?
La dépendance à l’exercice existe, même si elle reste peu reconnue. Elle touche des sportifs pros, mais aussi des amateurs très engagés. Ce qui trouble, c’est qu’elle peut se cacher derrière une image valorisée, celle de la discipline.
Ici, on va relier des faits récents à des repères simples. L’objectif n’est pas de juger, mais de comprendre. Et surtout, d’aider à garder une pratique solide, sans qu’elle prenne toute la place.
Dépendance à l’exercice, quand le sport prend toute la place
On parle de dépendance quand l’activité physique devient compulsive, avec une perte de contrôle. La séance n’est plus un moment utile ou agréable. Elle devient un passage obligé, même quand le corps dit stop.
Le signe central, c’est l’impact sur la vie. Le sport passe avant le travail, les études, les proches, le sommeil. Parfois, il passe même avant la santé, ce qui crée un paradoxe cruel.
Les effets peuvent être physiques, comme la fatigue chronique, les blessures à répétition, ou le surentraînement. Ils peuvent aussi être psychiques, avec stress, irritabilité, et ruminations. L’isolement social arrive vite, car tout tourne autour du planning.
Ce point compte, on ne pose pas un diagnostic seul, avec un article. On repère plutôt un ensemble de signaux, puis on en parle à un professionnel si besoin.
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Les signes qui doivent alerter au quotidien
Un signal fréquent, c’est s’entraîner malgré la douleur, la fièvre, ou une blessure. Un autre, c’est l’angoisse quand une séance est annulée. Le repos n’apaise pas, il culpabilise.
On voit aussi une hausse continue des charges, comme si “assez” n’existait jamais. La séance moyenne devient insupportable. Le corps est traité comme une machine, qu’on pousse sans écouter.
Les conflits avec l’entourage comptent aussi. Quand les proches se plaignent, la réponse est souvent défensive, voire agressive. Le sommeil peut se dégrader, car l’esprit reste en mode performance.
Le critère le plus parlant reste la détresse. Si le sport crée du mal-être, ou bloque la vie normale, il faut s’arrêter et regarder la situation en face.
Pourquoi c’est difficile à repérer, surtout chez les sportifs
Chez les sportifs, la rigueur est applaudie. Un entraînement intense est vu comme du sérieux. Dans ce décor, la frontière entre engagement et excès devient floue.
Il existe aussi un chevauchement avec les troubles alimentaires. L’obsession du poids, des calories, ou de la silhouette peut se mélanger à l’exercice. Dans ce cas, l’entraînement sert parfois à “compenser”, ce qui complique la lecture.
Autre piège, l’entourage banalise. “C’est normal, tu prépares une course.” Oui, parfois. Mais quand la souffrance s’installe, ce n’est plus une préparation, c’est une contrainte.
Ce que la recherche récente dit, perfectionnisme et compétition comme facteurs de risque
Une étude internationale publiée en 2025 dans Addictive Behaviors a cherché à mieux prévoir le risque de dépendance à l’exercice. Les chercheurs ont étudié plus de 1 000 jeunes adultes, avec un âge moyen autour de 25 ans. Environ 65 % étaient des hommes, et le groupe incluait sportifs et non-sportifs.
Les participants ont rempli des questionnaires sur leurs habitudes, des traits de personnalité, et leurs motifs d’entraînement. Les analyses ont utilisé des méthodes d’intelligence artificielle, utiles pour repérer des combinaisons de facteurs. L’idée n’était pas de “coller une étiquette” à une personne, mais de trouver des profils de risque au niveau d’un groupe.
Point important, ces modèles décrivent des tendances, pas des certitudes. Un sportif perfectionniste ne devient pas forcément dépendant. Et l’étude ne retrouve pas de différence nette entre hommes et femmes sur le risque global.
Perfectionnisme, le facteur le plus constant
Dans ces résultats, le perfectionnisme ressort comme le signal le plus stable. Ici, il ne s’agit pas seulement d’aimer “bien faire”. On parle d’exigences très hautes, d’une peur de l’échec, et d’un besoin fort de contrôle.
Le sport devient alors un test permanent. Une séance “correcte” peut sembler nulle. Une baisse de forme devient une faute, pas un fait normal. Ce type de rigidité fatigue l’esprit, puis le corps.
Il faut aussi comprendre un point de langage. Dans la vie courante, “perfectionniste” peut être dit avec humour. En psychologie, les tests visent des schémas plus précis, souvent liés à la pression interne et à l’auto-critique.
Objectifs centrés sur le corps, perte de poids et prise de muscle
L’étude met aussi en avant des objectifs liés à l’apparence, comme perdre du poids ou prendre du muscle. Ces buts ne sont pas mauvais en soi. Le problème commence quand ils deviennent l’unique boussole.
La pression sociale joue un rôle clair. On se compare, on se juge, on cherche une validation dans le miroir. L’entraînement peut alors servir à “corriger” le corps, plutôt qu’à le renforcer.
Dans ce contexte, le risque de glisser vers le surentraînement augmente. On ajoute des séances pour accélérer. On supporte la douleur pour “mériter” le résultat. Le sport prend une fonction punitive, ce qui est un signal d’alerte fort.
Sport en compétition et intensité, pourquoi le risque peut monter
La compétition change le cadre. Il y a des objectifs, des classements, des sélections. Le message implicite devient simple, faire plus, tenir plus, gagner du temps.
Ce climat peut pousser à ignorer les signaux du corps. Un tendon qui tire devient “normal”. Une fatigue profonde devient “mentale”. À force, l’athlète perd ses repères, car la souffrance est intégrée au plan.
L’étude suggère aussi que le risque n’est pas réservé aux pros. Des amateurs très investis, avec un entraînement intense, montrent aussi plus de signes que les pratiquants loisirs. C’est logique, l’intensité et l’enjeu social montent vite, même sans contrat.
Prévenir sans arrêter, garder une relation saine avec l’entraînement
Prévenir ne veut pas dire couper le sport. Pour beaucoup, l’activité physique est un pilier d’équilibre. L’enjeu, c’est de garder de la souplesse, car c’est elle qui protège.
La première clé, c’est de varier les buts. La performance peut rester, mais elle ne doit pas être seule. Le plaisir, la technique, la santé, le lien social, tout cela compte aussi.
La seconde clé, c’est le repos, vu comme une partie de l’entraînement. Le corps progresse quand il récupère. L’esprit se stabilise quand il respire.
Des repères simples pour s’auto-évaluer
Posez-vous des questions directes, et répondez sans vous mentir. Est-ce que je peux sauter une séance sans stress? Est-ce que je respecte un jour off, même si je me sens capable? Est-ce que je m’entraîne pour me punir, ou pour me construire?
Un repère utile reste le “thermomètre” du quotidien. Notez en quelques mots votre énergie, votre humeur, et vos douleurs. Si les mêmes signaux rouges reviennent, semaine après semaine, il faut ajuster.
Écouter son corps n’a rien de mou. C’est une compétence sportive, comme la technique ou le rythme.
Que faire si le sport cause de la détresse
Quand la détresse est là, il faut en parler tôt. Un médecin peut vérifier l’état général et les blessures. Un psychologue peut aider sur l’anxiété, l’auto-critique, et le rapport au contrôle. Un kiné ou un entraîneur formé peut revoir la charge et la récup. Un diététicien aide si l’alimentation devient un champ de bataille.
Les ajustements simples marchent souvent mieux que les décisions extrêmes. Réduire l’intensité, planifier des jours off, changer de type de séance, remettre du jeu, limiter les comparaisons. Et si l’image du corps domine tout, il faut traiter ce point, pas seulement le volume d’entraînement.
Demander de l’aide n’est pas un aveu d’échec. C’est un choix de santé, et souvent un choix de long terme.
A retenir
Le sport soigne, mais il peut aussi enfermer. Les données récentes relient le perfectionnisme et le sport en compétition à un risque plus élevé de dépendance, surtout quand les objectifs tournent autour du corps. Ce sont des facteurs de risque, pas des verdicts.
La bonne question n’est pas “je m’entraîne trop?”, mais “est-ce que je me sens libre?”. Si le sport devient source de stress, parlez-en, et ajustez sans tarder. On peut viser la performance, tout en protégeant sa santé, et sa vie autour.