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Les microbes de la laitue changent selon la période de l’année : les feuilles portent des communautés de bactéries et de champignons dont la composition varie au fil des mois. Une étude menée en Corée du Sud a aussi repéré des liens possibles entre certaines bactéries associées à la laitue et la diversité du microbiote intestinal humain.
Ces résultats ouvrent une piste de recherche, sans démontrer que manger de la laitue améliore la santé. Pour les comprendre, il faut distinguer la présence de microbes sur les feuilles de leur éventuel passage dans l’intestin.
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Les microbes de votre laitue changent avec les saisons
La surface des feuilles, appelée phyllosphère, accueille des microorganismes provenant de l’environnement de la plante. Cette communauté comprend notamment des bactéries et des champignons, dont la présence ne signifie pas automatiquement qu’un aliment est dangereux.
La laitue constitue donc un milieu vivant, même après sa récolte. Les chercheurs ont voulu savoir si les variations observées au cours de l’année restaient perceptibles sur des produits vendus en magasin.
Ce que les chercheurs ont observé sur les laitues vendues en magasin
L’équipe a acheté 143 laitues, dont 72 vertes et 71 rouges, dans six magasins de Daejeon, en Corée du Sud. Les prélèvements ont été effectués chaque mois entre octobre 2021 et septembre 2022. L’étude a ensuite comparé leurs communautés microbiennes à des données publiées sur 14 autres fruits et légumes.
Pour identifier les microorganismes, les scientifiques ont analysé de courts fragments de matériel génétique. Ils ont relevé 5 610 variantes de séquences bactériennes et 5 016 variantes fongiques. Une variante correspond à une séquence distinguable dans l’analyse ; ce nombre ne doit donc pas être interprété comme un décompte direct d’espèces vivantes.
Les profils de la laitue différaient de ceux des autres produits étudiés. Parmi les groupes particulièrement associés aux feuilles figuraient les bactéries Massilia et Sphingomonas, ainsi que les champignons Cladosporium et Bulleromyces. Ces noms désignent des genres comprenant plusieurs espèces, dont les propriétés peuvent différer.
Deux périodes de l’année, deux profils microbiens
Les résultats ont fait apparaître deux périodes propres à cette étude : une saison dite précoce, de décembre à juin, et une saison tardive, de juillet à novembre. Ces catégories décrivent les regroupements observés à Daejeon ; elles ne constituent pas un calendrier applicable à toutes les régions.
Environ 75 % des variantes détectées étaient propres à l’une des deux périodes. Parmi celles-ci, près des deux tiers étaient plus fréquentes pendant la saison tardive. La diversité et l’abondance des champignons présents dans les deux périodes augmentaient alors, tandis que les bactéries persistantes changeaient surtout de composition.
Les chercheurs ont aussi comparé les profils microbiens aux conditions locales, notamment la température, l’humidité de l’air, le vent, le rayonnement solaire et l’humidité du sol. Ces facteurs étaient associés aux variations observées. Toutefois, leur analyse ne permettait pas d’attribuer chaque changement à une cause météorologique précise.
Le mois de prélèvement comptait davantage que la couleur
Dans les données recueillies, le mois de prélèvement était le facteur le plus fortement associé aux différences entre communautés microbiennes. Le distributeur arrivait ensuite, tandis que le type de laitue, verte ou rouge, avait l’effet le plus faible parmi ces facteurs.
Cette hiérarchie ne signifie pas que la couleur des feuilles est toujours sans importance. Elle indique simplement que, dans cet échantillon, la période d’achat expliquait davantage les différences observées. Les pratiques de culture et les conditions après récolte peuvent également varier selon les circuits de distribution.
Les résultats montrent que des signatures saisonnières restent détectables sur les laitues en magasin. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer à quel moment chaque microorganisme s’est retrouvé sur une feuille.
Les microbes de la laitue peuvent-ils rejoindre le microbiote intestinal ?
Le microbiote intestinal rassemble les microorganismes présents dans le tube digestif. Sa composition dépend de nombreux facteurs, dont l’alimentation, l’environnement et les caractéristiques de chaque personne. Les végétaux apportent notamment des fibres, mais ils peuvent aussi transporter des microorganismes.
Pour examiner cette seconde possibilité, les auteurs de l’étude publiée dans npj Science of Food ont comparé les séquences microbiennes des laitues avec des données intestinales humaines issues d’études distinctes.
Des séquences proches retrouvées dans des données humaines
Les chercheurs ont réanalysé des données provenant de 13 études menées dans plusieurs pays. Les ensembles utilisés concernaient 3 254 personnes pour les bactéries et 2 831 pour les champignons. Ils ont ensuite regroupé les séquences intestinales et celles des laitues lorsqu’elles présentaient au moins 97 % de similarité.
Cette méthode a permis de repérer, dans certains échantillons humains, des séquences proches de celles associées aux laitues. Les microorganismes caractéristiques d’une période donnée apparaissaient plus souvent dans les données intestinales que ceux présents toute l’année sur les feuilles.
Une similarité de séquence donne cependant une indication de parenté, pas une identité complète. Deux microorganismes regroupés à ce seuil peuvent présenter des différences importantes. Ils peuvent aussi provenir d’autres végétaux ou d’autres sources environnementales.
Un lien possible avec la diversité des bactéries intestinales
Les échantillons intestinaux contenant des bactéries associées à la laitue présentaient une richesse et une diversité bactériennes plus élevées. La richesse correspond au nombre de groupes détectés ; la diversité tient aussi compte de leur répartition.
L’association persistait lorsque les chercheurs retiraient les bactéries associées à la laitue du calcul. Autrement dit, la différence observée ne s’expliquait pas uniquement par l’ajout de ces bactéries au décompte. Aucun lien comparable n’a été observé pour les champignons.
Ce résultat ne démontre toutefois aucun effet de la laitue sur la santé. Une personne exposée à davantage de microorganismes végétaux peut aussi avoir une alimentation ou un environnement différents, susceptibles d’être liés à son microbiote. Les données disponibles ne permettent pas de départager ces possibilités.
Pourquoi ces résultats ne prouvent pas une colonisation du microbiote
Les échantillons de laitue et les échantillons humains provenaient d’études séparées. Les chercheurs ne disposaient pas d’informations sur les aliments consommés par les participants. Ils ne pouvaient donc pas établir que les séquences intestinales provenaient des laitues analysées, ni même que les participants avaient mangé de la laitue.
La détection de matériel génétique ne prouve pas non plus que les microorganismes étaient vivants. Elle ne démontre pas qu’ils avaient survécu à la digestion ou qu’ils s’étaient installés durablement dans l’intestin. Leur présence dans un échantillon fécal, à elle seule, ne permet pas d’établir une colonisation.
Enfin, les laitues provenaient d’une seule région et d’une seule année. Le lavage domestique ou les traitements après récolte peuvent modifier les microorganismes présents sur les feuilles. Ces limites invitent à distinguer une association observée d’un transfert alimentaire démontré.
Ce que cette recherche change, et ce qu’elle ne change pas, pour les consommateurs
L’étude attire l’attention sur une composante souvent moins visible des aliments frais : leurs microorganismes. Elle ne modifie pas pour autant les conseils habituels de préparation, et elle ne permet pas de qualifier la laitue de probiotique.
Les microbes présents ne sont pas tous des probiotiques
Le terme probiotique désigne des microorganismes vivants qui, administrés en quantité adéquate, procurent un bénéfice pour la santé. Pour revendiquer un tel effet, il faut identifier les microorganismes concernés et disposer de preuves adaptées.
La laitue porte une communauté variable, dont l’étude n’a pas établi les effets chez les consommateurs. Même lorsque certains genres bactériens comprennent des espèces étudiées pour leurs propriétés potentielles, cela ne permet pas d’attribuer ces propriétés à toutes les bactéries du même genre présentes sur une feuille.
Les résultats ne justifient donc ni une promesse de santé intestinale ni la consommation de laitue non lavée dans le but d’absorber davantage de microbes. Ils décrivent d’abord des profils microbiens et des associations statistiques.
Le lavage reste une mesure de préparation
Pour préparer une laitue fraîche, rincez les feuilles sous l’eau courante potable avant de les consommer. Retirez les parties abîmées et évitez d’utiliser du savon ou du détergent sur les aliments. Le lavage réduit une partie des saletés et des microorganismes, sans garantir leur élimination complète.
Les produits prêts à consommer portant une mention indiquant qu’ils ont déjà été lavés n’ont pas besoin d’un nouveau rinçage. En cuisine, des mains et des ustensiles propres contribuent aussi à limiter les contaminations croisées.
Le lavage peut modifier l’exposition aux microbes de la laitue. Cependant, l’étude coréenne n’a pas comparé de méthodes de lavage domestique et n’a pas mesuré leurs effets sur la santé. Il serait donc imprudent d’en déduire qu’une méthode particulière favorise le microbiote intestinal.
Les études nécessaires pour aller plus loin
Des essais alimentaires contrôlés permettraient de suivre des participants avant et après la consommation de laitue, avec des informations précises sur leur régime. Les chercheurs pourraient ainsi comparer les résultats à ceux d’un groupe témoin et examiner l’effet du lavage.
Des analyses à l’échelle des souches, plus précises que le regroupement à 97 % de similarité, aideraient également à relier un microorganisme trouvé sur une feuille à celui détecté chez une personne. Il faudrait ensuite déterminer s’il est vivant, combien de temps il persiste et s’il influence les bactéries déjà présentes.
Ces travaux pourraient distinguer un passage temporaire dans le tube digestif d’une installation durable. Ils seraient aussi nécessaires pour déterminer si les associations observées ont des conséquences mesurables sur la santé.
Une piste à confirmer au-delà des nutriments
La communauté microbienne de la laitue varie selon la saison, du moins dans les conditions observées à Daejeon. Certaines bactéries associées aux feuilles sont également liées à une plus grande diversité bactérienne dans les échantillons intestinaux étudiés.
Leur transfert par la laitue et leurs éventuels effets sur la santé restent à confirmer. La recherche rappelle néanmoins qu’un légume frais peut être étudié pour ses microorganismes autant que pour ses fibres et ses nutriments.
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