Diabète et régime alimentaire planétaire : le cas de l’Europe du Sud qui rejoins les mauvais chiffres

Auteur: François Lehn

relu par Dr Muriel Dodin

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Diabète et régime alimentaire planétaire : le cas de l’Europe du Sud qui rejoins les mauvais chiffres
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L’Europe du Sud présente une offre alimentaire plus proche du régime de santé planétaire que les trois autres régions européennes étudiées. Pourtant, la prévalence estimée du diabète chez les adultes y est passée de 6,4 % en 2011 à 9,3 % en 2024.

Cette proximité est relative : elle ne signifie pas que les habitants suivent ce régime, ni que leur alimentation explique à elle seule leur état de santé. Pour comprendre ces résultats, il faut distinguer les aliments disponibles, les habitudes individuelles et les nombreux facteurs associés au diabète.

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Pourquoi l’Europe du Sud mange-t-elle le plus près du régime planétaire ?

Le régime de santé planétaire est un modèle alimentaire conçu pour concilier la santé humaine et les limites environnementales de la production alimentaire. Il accorde une place importante aux aliments végétaux, tout en prévoyant des quantités plus modestes de certains produits d’origine animale.

Ce modèle ne prescrit pas un menu unique. Il fournit plutôt des proportions de référence que différentes cuisines peuvent interpréter selon les aliments disponibles. Les travaux sur l’alimentation et la santé planétaire tiennent compte à la fois de ce que nous mangeons et de la manière dont les aliments sont produits.

Dans l’étude publiée en 2026 dans Sustainability, les chercheurs ont comparé la part des calories disponibles par groupe d’aliments aux proportions recommandées. Leur classement renseigne donc sur la composition de l’offre alimentaire régionale.

Une proximité relative, pas une alimentation parfaitement conforme

Parmi les quatre régions comparées, l’Europe du Sud affichait la plus faible distance globale par rapport aux recommandations. L’Europe de l’Ouest en était la plus éloignée. Cette position favorable indique une meilleure correspondance relative, mais elle ne signifie pas que l’offre du Sud respectait toutes les cibles.

Certaines différences restent importantes à l’échelle européenne. Les chercheurs ont calculé une moyenne des parts caloriques des quatre régions, sans pondération entre elles. Les légumineuses et les fruits à coque représentaient respectivement 0,8 % et 1,3 % des calories disponibles, contre une cible de 11,5 % pour chacun de ces groupes.

À l’inverse, les parts du lait et du beurre, de la viande ainsi que du sucre et des édulcorants dépassaient les proportions recommandées. Pour le sucre et les édulcorants, la moyenne atteignait 12 % des calories disponibles, contre 4,8 % dans le modèle.

Le résultat dépend aussi du groupe considéré. En Europe du Sud, les huiles végétales insaturées fournissaient 17,4 % des calories disponibles, au-dessus de la référence de 14,8 %. Une proximité globale peut donc coexister avec des écarts dans plusieurs catégories.

Les chiffres décrivent l’offre alimentaire, pas les habitudes de chacun

Les chercheurs ont utilisé les données de disponibilité alimentaire de la FAO pour 62 pays entre 2010 et 2023. Les bilans alimentaires de la FAO décrivent les ressources alimentaires et leurs utilisations à l’échelle nationale. Ils donnent une vue d’ensemble de ce qui est potentiellement disponible pour l’alimentation humaine.

Ces données ne suivent cependant pas les achats ou les repas des personnes. Elles ne disent pas non plus quels aliments une personne remplace par d’autres, ni comment l’offre se répartit entre les ménages. Les pertes et le gaspillage peuvent également créer un écart entre disponibilité et consommation.

Les catégories statistiques ont leurs limites. Dans cette analyse, les données sur les céréales ne permettaient pas de distinguer les grains complets des céréales raffinées. Or, cette distinction compte lorsqu’on examine la qualité d’une alimentation.

Enfin, l’image d’une cuisine traditionnelle ne décrit pas nécessairement les repas pris chaque jour. Les traditions culinaires du Sud de l’Europe sont diverses, tout comme les habitudes et les conditions de vie de leurs habitants.

Pourquoi le diabète reste-t-il élevé malgré cette proximité alimentaire ?

La comparaison régionale ne permet pas d’isoler les causes de l’augmentation du diabète. Les chercheurs ont rapproché des données sur l’offre alimentaire, les températures et la prévalence de la maladie, sans suivre individuellement les personnes concernées.

Un régime alimentaire peut influer sur le risque de diabète, mais une moyenne régionale ne décrit pas l’exposition de chaque habitant. Elle ne permet pas non plus de mesurer séparément l’effet de l’âge, du poids ou des soins reçus.

La hausse du diabète ne suit pas partout celle des températures

Chez les adultes de 20 à 79 ans, la prévalence estimée du diabète en Europe du Sud est passée de 6,4 % en 2011 à 9,3 % en 2024. Cela correspond à une hausse de 2,9 points de pourcentage. La région affichait aussi la prévalence la plus élevée parmi les quatre en 2024.

Sur la même période, l’estimation est passée de 5,3 % à 6,5 % en Europe de l’Ouest, et de 4,7 % à 6,2 % en Europe du Nord. En Europe de l’Est, elle a diminué d’environ 7,3 % à 6 %, même si des limites de déclaration peuvent avoir influencé ces chiffres.

Les tendances de température ne suivent pas toujours ces variations. L’Europe de l’Est s’est réchauffée alors que sa prévalence estimée diminuait. À l’inverse, l’Europe du Nord a connu une hausse de la prévalence, tandis que la tendance de sa température moyenne était légèrement négative sur la période climatique étudiée.

Les périodes ne sont pas identiques : la comparaison des températures régionales porte sur les moyennes annuelles de 2014 à 2024, tandis que les estimations du diabète comparent 2011 et 2024. Ces données montrent des tendances observées, pas un effet du climat sur la maladie.

L’âge, le poids, l’activité et l’accès aux soins comptent aussi

La prévalence indique la proportion de personnes vivant avec un diabète dans une population à un moment donné. Elle ne mesure pas uniquement les nouveaux cas. Elle peut varier avec le vieillissement, la durée de vie des personnes atteintes et la capacité des systèmes de santé à détecter la maladie.

L’analyse régionale n’a pas ajusté ses résultats pour plusieurs facteurs pertinents, dont l’âge, l’obésité, l’activité physique et l’accès aux soins. Or, leur répartition peut différer entre régions et évoluer dans le temps.

Le diagnostic mérite une attention particulière. Une amélioration du dépistage peut augmenter le nombre de cas connus, même si elle ne suffit pas à expliquer une tendance donnée. À l’inverse, des personnes atteintes peuvent rester non diagnostiquées et ne pas apparaître de la même façon dans les données.

La Fédération internationale du diabète publie des estimations destinées à décrire l’ampleur de la maladie. Leur interprétation demande néanmoins de tenir compte des sources et des méthodes utilisées. Dans l’étude européenne, les différences observées ne permettent pas d’attribuer une part précise de la hausse à l’alimentation ou au réchauffement.

Ce que l’étude sur l’Italie et le réchauffement permet vraiment de conclure

L’étude de 2026 est une analyse exploratoire : elle met en regard plusieurs séries de données pour repérer des relations à examiner. Elle ne constitue pas un essai permettant de déterminer ce qui a causé l’augmentation du diabète.

L’Italie fournit un cas d’étude distinct au sein de cette comparaison. Son offre alimentaire était plus proche des recommandations planétaires que la moyenne européenne, tandis que sa température moyenne et sa prévalence du diabète ont augmenté au fil du temps.

En Italie, une corrélation modérée ne prouve pas un lien causal

Les chercheurs rapportent, pour l’Italie, une corrélation de r = 0,6 entre température moyenne et prévalence du diabète, calculée sur 11 observations annuelles. Ce coefficient décrit une association positive modérée dans les données analysées : les deux indicateurs ont eu tendance à augmenter ensemble.

Il ne mesure toutefois pas la part du diabète attribuable à la chaleur. Deux variables peuvent progresser pendant une même période sous l’effet de facteurs différents. Le vieillissement de la population, les changements de mode de vie ou les pratiques de diagnostic doivent notamment être pris en compte avant de tirer une conclusion causale.

Le nombre limité d’observations appelle également à la prudence. Des mesures relevées d’une année à l’autre peuvent partager une tendance temporelle, sans établir ce qui relie les phénomènes. Une analyse plus approfondie devrait examiner ces facteurs et leur évolution sur une période adaptée.

Les données italiennes de prévalence proviennent de l’ISTAT, l’institut national de statistique. L’étude utilise aussi des données italiennes de température issues de cet organisme. Pour l’analyse des quatre régions européennes, elle s’appuie sur une autre source climatique, ce qui appelle à distinguer les deux niveaux de comparaison.

La chaleur et la durabilité méritent d’autres recherches

La prudence sur cette corrélation ne signifie pas que le climat est sans effet sur la santé. L’Organisation mondiale de la santé décrit plusieurs effets sanitaires du changement climatique, notamment ceux associés aux fortes chaleurs. Leur étude exige toutefois des données adaptées à chaque risque et à chaque population.

Les auteurs appellent à examiner ensemble les dimensions sociales, environnementales et sanitaires. Une telle démarche pourrait aider à concevoir des mesures de prévention des maladies et d’adaptation au changement climatique, en tenant compte des conditions de vie des populations.

La cuisine italienne apporte, pour sa part, un contexte culturel. En décembre 2025, l’UNESCO l’a inscrite sur sa liste du patrimoine culturel immatériel. Cette reconnaissance de la cuisine italienne concerne des traditions, des pratiques et des savoir-faire transmis entre générations.

Elle ne démontre pas qu’un plat particulier prévient le diabète, ni que tous les repas consommés en Italie correspondent au régime planétaire. L’intérêt culturel d’une cuisine et ses effets éventuels sur la santé sont deux questions qui demandent des preuves différentes.

Ce que ces résultats nous disent

L’Europe du Sud était la région la plus proche des recommandations alimentaires étudiées, mais cette mesure portait sur les proportions de calories dans l’offre. Elle ne décrit pas directement les repas des habitants et n’explique pas, à elle seule, la hausse estimée du diabète.

Pour comprendre cette évolution, il faut des données sur les habitudes individuelles et des analyses tenant compte des facteurs sociaux, médicaux et climatiques. C’est à cette condition que les liens observés pourront être distingués de leurs causes possibles.

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