La paresse : comprendre et remédier

Beaucoup de sociétés valorisent le travail acharné et l’activité. Pourtant la paresse et la procrastination gagnent de nombreuses personnes. Des chercheurs ont étudié le phénomène.
Traiter quelqu’un de « paresseux » est une insulte. Pourtant, beaucoup de gens sont prêts à se coller à eux-mêmes cette étiquette et, encore plus, sur les autres. On estime qu’environ 1,8 milliard d’adultes, soit 31 % de la population mondiale, n’étaient pas assez actifs physiquement en 2022, un chiffre qui pourrait grimper à 35 % d’ici 2030.
Parallèlement, un sondage Gallup a révélé que 62 % des employés dans le monde ne se sentent pas impliqués dans leur travail, ce qui peut contribuer à une baisse de productivité et à un sentiment consécutif de paresse. De plus, 75 % des étudiants se considèrent comme des procrastinateurs habituels.
Plutôt que de considérer la paresse comme un défaut individuel (un manque de volonté), certains experts l’analysent comme une réaction à la société. La croyance culturelle que les gens sont paresseux au fond d’eux-mêmes et doivent être brutalisés pour être productifs est très ancienne et a des racines profondes, explique Devon Price, docteur en psychologie sociale et professeur clinicien associé à l’université Loyola de Chicago. Cela remonte aux Puritains et à leur conviction que le travail acharné était le signe qu’une personne était moralement intègre.
En plus de l’accent actuel mis sur la productivité, le Dr Price affirme que l’évolution des pratiques de travail et les technologies mobiles omniprésentes ont élargi notre conception de la paresse. Nous ne sommes même plus libres pendant notre temps libre car on attend de nous d’être constamment de parfaits modèles professionnels, explique-t-il. Cela pèse lourdement sur le psychisme et expose à un risque massif de burn-out, au-delà d’une simple fatigue.
Devon Price expose son point de vue dans son livre Laziness Does Not Exist (La paresse n’existe pas) : le concept de paresse, tel que les gens le comprennent, est une idée fausse. Quand ils semblent manquer de motivation, c’est parce qu’ils sont épuisés, traumatisés, qu’ils ont besoin de soutien, ou qu’ils ne voient aucune incitation logique à participer à une tâche, affirme-t-il.
D’autres experts sont moins catégoriques. Certains disent que la paresse est liée à la procrastination, un phénomène que la psychologie a clairement défini et étudié. Ces recherches révèlent comment, quand et pourquoi les gens peuvent se livrer à des actes apparents de paresse, et ce qu’ils peuvent faire si c’est un problème pour eux.
Qu’est-ce que la paresse ?
La paresse n’est pas un terme clinique formel dans le domaine de la psychologie (ou de la médecine). Personne n’est diagnostiqué paresseux. Le concept de paresse n’apparaît pas non plus fréquemment dans la recherche en psychologie.
Cependant, certains psychologues ont tenté de définir la paresse comme elle est perçue dans la culture populaire. Selon une étude, la paresse implique souvent un manque de motivation, une préférence pour le confort ou l’évitement de l’effort pour accomplir quelque chose.
Suivant cette définition, un étudiant qui ne peut pas faire son travail à cause d’un trouble de l’attention ne répondrait pas à l’acception de paresseux, alors qu’un autre, capable de faire le travail mais choisissant de ne pas le faire, y correspondrait.
Le concept de paresse suit de près un phénomène connexe bien étudié : la procrastination. Les deux mots sont utilisés pour désigner une aversion aux efforts, et sont utilisés dans le langage quotidien pour critiquer les autres, selon Tim Pychyl, docteur en psychologie, chercheur sur la procrastination et ancien professeur à l’université Carleton d’Ottawa.
Mais procrastination et paresse ne sont pas tout à fait interchangeables, du moins pas pour un psychologue, précise le Dr Pychyl :
- la procrastination est le retard volontaire d’un acte prévu malgré l’attente d’en subir les conséquences négatives. Une personne doit avoir l’intention de faire quelque chose, puis décider de ne pas le faire, pour que l’acte soit qualifié de procrastination.
- la paresse est le comportement d’une personne qui n’a jamais voulu ou eu l’intention de faire quelque chose et qui ne répond pas à la définition de la procrastination pour un psychologue. Nous remettons tous des choses à plus tard et la procrastination est une forme unique de retard, autodestructrice et sans aucun avantage intrinsèque.
Les recherches ont montré que jusqu’à 25 % des adultes et jusqu’à 80 % des étudiants estiment lutter contre la procrastination. S’il est souvent facile d’identifier les moments où quelqu’un procrastine, il est beaucoup plus délicat de cerner des exemples de paresse. Il est important de faire ces distinctions car même les personnes les plus infatigables et diligentes procrastinent parfois.
Le fait de procrastiner ne fait pas un paresseux. Personne ne travaille non-stop. Tout le monde fait des pauses pour dormir ou se reposer, s’adonner à des passe-temps agréables ou réparateurs plutôt que productifs.
Quand l’absence de travail est-elle exactement qualifiée de paresse ? C’est très difficile de répondre à cette question car la paresse est toujours une perception subjective, selon les conclusions des travaux de Michael Jacobsen, professeur de sociologie à l’université d’Aalborg au Danemark.
Quelles sont les causes de la paresse ?
Presque toutes les recherches sur ce qu’on appelle « paresse » se concentrent sur la procrastination dont les causes identifiées sont : un mécanisme de défense, l’âge, l’habitude, l’environnement, l’énergie, la personnalité, la distraction.
La paresse est une expression profane et une opinion relative, subjective. La paresse perçue chez quelqu’un peut en réalité représenter un effort pour cette personne. Si l’on a l’intention de faire quelque chose que l’on ne le fait pas, on peut appeler cela de la paresse, qui sera qualifiée par un psychologue de procrastination. Celle-ci a été étudiée et est associée à 6 causes :
Un mécanisme de défense
Les gens pensent que la procrastination est un problème de gestion du temps, mais c’est en réalité un problème de gestion des émotions, explique Tim Pychyl.
L’idée d’accomplir une tâche suscite de l’anxiété ou une aversion générale, si bien que la personne peut se débarrasser de ces émotions négatives en remettant la tâche à plus tard. La procrastination est un mécanisme de défense logique et temporairement efficace pour faire face à des sentiments désagréables.
Par exemple, le travail scolaire : pour la plupart des enfants, c’est une demande contre-nature qui les oblige à participer à des exercices d’apprentissage construits culturellement, ne correspondant pas à leurs impulsions ou intérêts. C’est pourquoi tant de jeunes étudiants attendent la dernière minute. La procrastination est une réaction tout à fait rationnelle à une situation désagréable.
L’âge
Tim Pychyl explique que cela peut être dû en partie au développement du cerveau, qui ne devient adulte que vers les 30 ans.
Le cortex préfrontal, moteur de la planification, prise de décision et concentration, ne mûrit complètement qu’à la vingtaine. Comme c’est la région du cerveau qui aide à contrôler les impulsions émotionnelles, il n’est pas étonnant que les jeunes aient tendance à procrastiner davantage que les adultes.
Le facteur d’habitude
La procrastination peut devenir habituelle.
Les habitudes naissent de la répétition constante d’actions qui procurent un plaisir immédiat, explique Wendy Wood, chercheuse sur les habitudes. Remettre à plus tard des corvées désagréables apporte un sentiment de soulagement agréable : ce plaisir rend plus probable la répétition du comportement.
L’environnement
D’autres chercheurs ont noté que les gens ont une tendance naturelle à l’économie d’effort, mais voir les autres être moins paresseux peut réduire cette tendance.
Énergie, volonté et sommeil
Le manque d’énergie et de volonté peut aussi provoquer de la procrastination.
Des chercheurs ont montré que si des travailleurs postés manquent de sommeil, leur capacité d’autorégulation chute et ils deviennent plus susceptibles de procrastiner.
Caractéristiques de la personnalité
Des traits de personnalité comme une faible conscience professionnelle (personnes peu organisées ou peu respectueuses du devoir) et l’impulsivité peuvent contribuer au phénomène.
Même certaines formes de perfectionnisme peuvent aussi rendre les tâches si lourdes émotionnellement qu’elles mènent à la procrastination.
Distraction
La distraction est un moteur majeur de procrastination.
Les technologies sont vraiment problématiques : ce sont des « armes de distraction massive » alerte Tim Pychyl. Les notifications, les réseaux sociaux et autres sollicitations rendent difficile le commencement d’une tâche ardue et la concentration sur celle-ci.
Être paresseux est-il mauvais pour la santé ?
Il n’y a pas beaucoup de recherches sur l’impact de la paresse sur la santé. La procrastination peut empêcher d’adopter de nouveaux comportements bénéfiques comme l’exercice ou une alimentation saine.
Chez les personnes troublées par leur procrastination, remettre les choses à plus tard peut causer une détresse psychologique importante, menant à l’anxiété ou à une baisse du bien-être.
Selon Devon Price, ceux qui se considèrent comme paresseux sont souvent ceux à qui l’on demande trop. Si la liste de choses à faire compte 20 sujets mais qu’on n’a l’énergie que pour 10, on se sentira toujours paresseux même en repoussant ses limites.
Quels sont les 6 conseils pour se sentir/être moins paresseux ?
Faire moins, être spécifique, rendre la tâche amusante, faire une chose à la fois, résister aux distractions, avoir conscience de ses habitudes et être indulgent(e) avec soi :
- faire moins : ne pas essayer de tout caser, identifier l’essentiel et diminuer la liste de choses à faire de moitié,
- être spécifique : au lieu de dire « je le ferai ce week-end », fixer un moment et un lieu précis. La clarté favorise l’action,
- rendre la tâche amusante : associer l’action pénible à quelque chose de plaisant (écouter de la musique ou un podcast pendant une séance de sport),
- se concentrer sur une seule chose à la fois et faire des pauses sans écrans : éloigner son téléphone. Commencer par 15 minutes de travail sans distraction et augmenter progressivement,
- être plus conscient : connaître ses pensées et habitudes de retardement sans se juger,
- être indulgent(e) avec soi-même : les recherches montrent que les étudiants qui se pardonnent d’avoir procrastiné sont moins susceptibles de recommencer que ceux qui s’en veulent. L’auto compassion permet d’avancer.
Sources :
RAIS Journal for Social Sciences : au-delà de la paresse
Frontiers : conséquences négatives passées d’un retard inutile comme marqueur de la procrastination
Science Direct : développement et validation d’une échelle de la paresse
Cet article a été élaboré avec le soutien d’un outil d’intelligence artificielle. Il a ensuite fait l’objet d’une révision approfondie par un journaliste professionnel et un rédacteur en chef, assurant ainsi son exactitude, sa pertinence et sa conformité aux standards éditoriaux.
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