Deuxième grossesse: des changements significatifs dans le cerveau des femmes liés à la dépression post-partum
Une deuxième grossesse modifie aussi le cerveau maternel, avec une empreinte qui diffère de la première, surtout dans les réseaux de l'attention et du sensorimoteur

On entend souvent que le cerveau ne change qu’à la première grossesse, comme si tout était déjà « programmé » ensuite. Or, des données récentes racontent une autre histoire. Une deuxième grossesse laisse, elle aussi, une empreinte mesurable dans le cerveau maternel.
Début 2026, une grande étude publiée dans Nature Communications a suivi des femmes avant la conception, puis après la naissance, avec des IRM répétées. Les chercheurs ont comparé des premières mamans, des secondes mamans, et des femmes non enceintes. La question est simple, et très concrète pour les familles, à quoi servent ces changements, et quel lien ont-ils avec l’humeur et le lien au bébé ?
Ce que les chercheurs ont vraiment observé sur une deuxième grossesse
L’intérêt de ce travail tient à sa méthode. Les équipes ont suivi les participantes dans le temps, au lieu de comparer des groupes à un seul moment. Les femmes ont passé une IRM avant de retomber enceintes, puis une autre après l’accouchement (avec aussi un suivi plus tardif chez une partie d’entre elles). En face, un groupe contrôle a été scanné à intervalle comparable, sans grossesse entre les deux.
Les résultats montrent des baisses de volume cortical après une deuxième grossesse, à grande échelle. Les chiffres aident à se repérer, la diminution médiane du volume cortical dans les zones concernées atteint environ 2,8 % pour une deuxième grossesse. Pour une première grossesse, elle est proche de 3,1 %, et l’étendue des zones touchées est plus large, d’environ 79 %. Autrement dit, la première grossesse reste le « grand chantier » le plus visible, mais la seconde n’est pas une simple répétition.
Les chercheurs ne se sont pas limités à un seul type d’IRM. Ils ont combiné imagerie anatomique (structure), imagerie au repos (réseaux qui se synchronisent spontanément), et diffusion (substance blanche, les « câbles » qui relient les régions). À partir des motifs de changement, une analyse statistique a même réussi à distinguer, au-dessus du hasard, une première d’une deuxième grossesse. Chaque grossesse laisse donc une signature détectable, comme une écriture différente sur la même page.
Ce point change la lecture classique, la multiparité n’efface pas l’effet cérébral de la grossesse, elle le transforme.
Des baisses de volume cortical pendant la grossesse, puis une remontée partielle après
Ces variations sont observées entre l’état pré-conception et le post-partum précoce. Les analyses ne montrent pas de « gains » nets de volume cortical dans les mêmes modèles, l’effet dominant reste la diminution. Pour beaucoup de lectrices, le mot peut inquiéter. Pourtant, une IRM ne dit pas « bien » ou « mal ». Elle mesure une plasticité globale, c’est-à-dire une réorganisation, pas un jugement de valeur.
Après la naissance, on observe une remontée partielle des volumes dans les régions concernées, sans retour immédiat au niveau d’avant grossesse. Cette trajectoire ressemble à un élastique qui se retend sans revenir tout à fait à sa forme initiale, au moins à court terme. En pratique, cela rappelle que le post-partum n’est pas un instant, c’est une période de transition, avec sommeil fragmenté, charge mentale, et ajustements hormonaux.
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Pourquoi on parle d’effets durables, même si le cerveau continue d’évoluer après
Le mot « durable » ne veut pas dire « figé ». Certaines mesures fonctionnelles semblent revenir vers une ligne de base au fil du temps, tandis que des traces structurelles peuvent persister plus longtemps. D’autres travaux, menés sur des années, suggèrent que des modifications liées à la grossesse restent visibles bien au-delà de la première année.
Il faut rester prudent sur l’interprétation. Les trajectoires varient selon les personnes, et beaucoup de facteurs peuvent compter (âge, sommeil, soutien, allaitement, type d’accouchement). L’étude de 2026 rappelle surtout une idée simple, le cerveau maternel continue de s’ajuster quand la vie familiale change. Et une deuxième grossesse n’est pas un « copier-coller » neurobiologique.
Première vs deuxième grossesse, les réseaux du cerveau ne bougent pas au même endroit
Le cerveau fonctionne par grands réseaux. Certains se mobilisent quand on pense à soi et aux autres, d’autres quand on planifie, et d’autres quand on réagit à l’environnement. L’étude de 2026 met en avant un point clair, les deux grossesses touchent des réseaux proches, mais pas avec la même carte.
Lors d’une première grossesse, les changements sont plus marqués dans le réseau du mode par défaut (souvent lié aux pensées internes, à la représentation de soi, et aux processus sociaux) et dans le réseau frontopariétal (planification, contrôle, organisation). Pendant une deuxième grossesse, les modifications sont moins centrées sur l’introspection, et plus présentes dans des réseaux orientés vers l’extérieur, comme l’attention et le sensorimoteur (réagir, bouger, gérer plusieurs signaux).
Cette différence parle à l’expérience vécue. La première maternité peut ressembler à l’apprentissage d’une nouvelle langue. La deuxième ressemble parfois à une journée où l’on doit parler cette langue tout en répondant à mille sollicitations.
À la première grossesse, le cerveau semble surtout se recalibrer pour la vie sociale et le rôle de mère
Le réseau du mode par défaut attire l’attention, parce qu’il intervient dans la façon dont on se perçoit, et dont on comprend autrui. Dans l’étude, les premières mamans montrent des changements structurels plus étendus dans ces zones. En imagerie au repos, les chercheurs rapportent aussi une augmentation de la cohérence du réseau du mode par défaut après une première grossesse, alors que ce signal n’apparaît pas de la même façon après une deuxième.
Une lecture possible est celle d’un « réglage initial » du rôle maternel. Le cerveau pourrait affiner des compétences liées à l’interprétation des besoins du bébé, au lien affectif, et à la place de soi dans une relation nouvelle. Cette hypothèse reste une hypothèse, mais elle cadre avec l’idée d’un apprentissage majeur lors du premier enfant.
À la deuxième grossesse, le cerveau s’ajuste plus aux demandes externes, attention, signaux, mouvement
Quand un aîné est déjà là, l’environnement devient plus bruyant. Les résultats vont dans ce sens, les secondes mamans montrent davantage de plasticité dans des réseaux liés à l’orientation de l’attention et au sensorimoteur. Les données de diffusion, qui renseignent indirectement sur l’organisation de la substance blanche (les connexions entre régions), soutiennent aussi cette différence.
Un faisceau revient dans les analyses, le faisceau longitudinal supérieur, impliqué dans la communication entre régions frontopariétales et temporales, et lié à des fonctions cognitives comme le langage. Les changements y semblent plus marqués lors de la première grossesse. À l’inverse, un signal plus présent lors de la deuxième grossesse apparaît dans le tractus corticospinal, une grande voie liée aux fonctions sensorielles et motrices. Les auteurs décrivent, par exemple, une baisse de la diffusivité moyenne dans ce tractus après une deuxième grossesse, un indice compatible avec une micro-organisation différente, sans qu’on puisse en déduire une « performance » meilleure ou pire.
Côté métabolites cérébraux (mesurés par spectroscopie), l’étude ne met pas en évidence d’effet robuste après correction statistique. En clair, s’il existe des variations, elles restent difficiles à conclure avec certitude à ce stade.
Lien avec le moral et le lien au bébé, ce que l’étude suggère sans dramatiser
Le résultat le plus sensible, pour beaucoup de familles, touche à la santé mentale périnatale. Les chercheurs observent des associations entre certains changements de volume cortical et des scores de dépression ou de détresse psychologique, mesurés avec des outils courants (EPDS pour les symptômes dépressifs du post-partum, K10 pour la détresse). Ce sont des liens statistiques. Ils ne prouvent pas qu’un changement cérébral cause une dépression, ou l’inverse.
Un point ressort sur le calendrier. Après une première grossesse, les associations avec l’humeur apparaissent plus nettement en période post-partum. Après une deuxième grossesse, elles ressortent davantage pendant la grossesse. Les auteurs évoquent une explication possible, pendant une deuxième grossesse, la charge quotidienne peut être plus lourde, car il faut déjà s’occuper d’un enfant. Dans leur échantillon, les niveaux moyens de stress et de dépression ne différaient pas fortement, ce qui invite à rester mesuré, mais la temporalité des liens n’est pas la même.
Attachement et comportements maternels, un signal plus net chez les premières mamans
L’étude relie aussi les changements de volume cortical à des mesures d’attachement et de comportements maternels. Ces associations existent après une première et une deuxième grossesse, mais elles semblent plus étendues chez les premières mamans. Une explication simple tient au caractère inaugural du premier enfant. Beaucoup de repères affectifs se mettent en place pour la première fois, pendant la grossesse puis après la naissance.
Il est utile de le rappeler, ces questionnaires évaluent des dimensions variées (attachement prénatal, lien mère-bébé après la naissance, difficultés relationnelles). Ils ne résument jamais une relation à eux seuls. Le message central est plus sobre, le cerveau qui change pendant la grossesse s’inscrit dans une histoire émotionnelle, qui varie d’une femme à l’autre.
Dépression périnatale, quand surveiller le plus selon qu’il s’agit du premier ou du deuxième bébé
Pour la prévention, le détail temporel compte. Si c’est le premier bébé, la vigilance doit rester forte après l’accouchement, quand la fatigue et la chute de soutien peuvent se conjuguer. Si c’est le deuxième, il peut être utile d’ouvrir plus tôt la discussion, pendant la grossesse, parce que la logistique familiale peut déjà peser.
Dans les deux cas, les signaux d’alerte restent les mêmes, tristesse durable, anxiété qui déborde, perte d’intérêt, irritabilité intense, ruminations, ou pensées envahissantes. Quand ces signes durent, en parler à une sage-femme, un médecin, ou un psychologue n’a rien d’excessif. C’est un geste de santé, au même titre qu’un suivi de tension.
En quelques mots
Une deuxième grossesse modifie aussi le cerveau maternel, avec une empreinte qui diffère de la première, surtout dans les réseaux de l’attention et du sensorimoteur. L’étude publiée début 2026 relie ces changements, chez certaines femmes, au lien mère-bébé et à la dépression périnatale, avec un timing qui varie entre premier et deuxième enfant. Pour l’avenir, la priorité est claire, mieux suivre les mères dans le temps, et parler tôt du sommeil, du soutien, et de l’humeur, dès que quelque chose s’installe.