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Les risques sanitaires liés au changement climatique augmentent plus vite que les réponses apportées, selon le rapport 2026 du Lancet Countdown. Dix ans après l’Accord de Paris, les dommages progressent malgré des bénéfices déjà mesurables des politiques climatiques.
Ce constat place la prévention au premier plan : face à la chaleur et aux perturbations de l’eau, les auteurs demandent de réduire les émissions, d’adapter les soins et de mieux soutenir les populations exposées.
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Comment le changement climatique intensifie les risques sanitaires mondiaux
Piloté par University College London, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce dixième rapport mobilise 146 chercheurs. Ils représentent plus de 100 institutions dans plus de 30 pays. Le Lancet Countdown suit 54 indicateurs et compare les décennies 2006 à 2015 et 2016 à 2025.
Cette comparaison décrit des tendances mondiales. Elle ne signifie pas que chaque événement météorologique résulte uniquement du réchauffement. L’exposition des populations, leurs conditions de logement et l’accès aux soins modifient aussi les conséquences sanitaires.
La chaleur cause davantage de décès et fragilise les travailleurs
Entre 2016 et 2023, la chaleur a été associée à environ 540 800 décès par an, en moyenne. Les chercheurs attribuent 68 % de ces décès au changement climatique d’origine humaine, contre 55 % durant la décennie précédente.
En 2023, année la plus chaude de cette période, le bilan estimé atteint 710 000 décès. Ces calculs distinguent les effets de la chaleur de la part supplémentaire attribuable au réchauffement. Ils reposent sur des estimations, plutôt que sur un décompte des certificats de décès.
La chaleur réduit aussi la capacité à travailler. En 2025, le manque à gagner potentiel est évalué à 1 070 milliards de dollars américains. L’agriculture et le bâtiment concentrent respectivement 38 % et 29 % de ces pertes. Leurs activités physiques, souvent extérieures, exposent directement les travailleurs.
Sécheresses, pluies extrêmes et tensions sur l’eau menacent les populations
En 2025, 51,8 % des terres ont connu au moins un mois de sécheresse extrême. Lorsque l’eau manque durablement, les récoltes peuvent diminuer. L’approvisionnement alimentaire, l’hygiène et l’accès à une eau sûre deviennent plus difficiles.
À l’autre extrême, les précipitations très intenses ont touché chaque année 17,2 % des terres en moyenne entre 2016 et 2025. Cette proportion atteignait 14,8 % durant la décennie précédente. Ces pluies augmentent les risques d’inondations, de glissements de terrain et de contamination de l’eau.
L’OMS décrit ces conséquences sanitaires, qui peuvent se cumuler. Une récolte détruite et un réseau d’eau endommagé fragilisent davantage des populations déjà privées de soins réguliers.
Des mesures climatiques apportent déjà des bénéfices pour la santé
Le rapport documente aussi des progrès concrets. Une énergie moins polluante et des services de santé mieux préparés protègent déjà des populations. Leur déploiement reste cependant trop lent pour compenser l’augmentation des dommages.
Les énergies propres réduisent la pollution de l’air
Les investissements mondiaux dans l’énergie propre ont atteint 2 100 milliards de dollars en 2025. Ce montant dépasse de 82 % les investissements dans les énergies fossiles. L’indicateur du rapport consacré à la part d’électricité renouvelable passe de 5,5 % en 2016 à 13,5 % en 2023.
Les bénéfices sanitaires ne dépendent pas uniquement des effets futurs sur la température. Réduire la combustion du charbon, du pétrole et du gaz diminue aussi l’exposition aux polluants atmosphériques. Les maladies respiratoires et cardiovasculaires font partie des conséquences de cette pollution.
Selon le rapport, la baisse de la pollution fossile a permis d’éviter environ 323 000 décès par an dans au moins 77 pays. Les travaux du Lancet Countdown sur la pollution atmosphérique et la santé suivent ces effets. Les combustibles fossiles fournissent pourtant encore plus de 80 % de l’énergie mondiale, un ensemble plus large que la seule production électrique.
Les systèmes d’alerte et les plans de santé se développent
Parmi les 194 États membres de l’OMS, 56 disposent désormais d’un plan national d’adaptation sanitaire au climat. Ils étaient 14 en 2015. Ces plans préparent les établissements et les professionnels aux besoins liés aux conditions climatiques.
Par ailleurs, 75 pays sur les 145 ayant répondu déclarent disposer d’au moins un système d’alerte sanitaire intégrant des informations climatiques. Cela représente plus de la moitié des répondants, mais pas nécessairement la moitié des pays du monde.
Le rapport associe ces dispositifs à une hausse moins rapide des décès pendant les événements météorologiques extrêmes. L’adaptation des systèmes de santé suppose toutefois davantage qu’une prévision : l’alerte doit atteindre les personnes exposées et déclencher une réponse organisée.
Pourquoi le financement et la baisse des émissions restent insuffisants
Les progrès observés ne suffisent pas à réduire l’ensemble des risques sanitaires. Deux limites persistent : les moyens consacrés à l’adaptation restent faibles, tandis que les projets fossiles entretiennent les émissions futures.
L’adaptation des services de santé manque de ressources
Quarante-huit pays en développement ont chiffré leurs besoins de financement pour l’adaptation sanitaire. Leur estimation atteint au moins 3,3 milliards de dollars par an. Ce montant constitue un minimum, car il ne couvre pas l’ensemble des pays concernés ni tous les besoins possibles.
En 2024, environ 1,1 milliard de dollars a été engagé, soit près d’un tiers de cette somme. Un engagement financier ne correspond pas nécessairement à des fonds déjà versés. Le manque de ressources peut donc persister au moment de mettre les projets en œuvre.
Le financement et les effectifs disponibles constituent les principaux obstacles signalés à l’application des plans nationaux. Un programme adopté ne suffit pas sans professionnels formés, équipements et budgets durables. Ces difficultés pèsent particulièrement sur des pays peu responsables des émissions historiques, mais fortement exposés aux dommages. Elles limitent aussi leur capacité à maintenir les soins courants pendant une crise.
Les projets fossiles contredisent les objectifs de santé et de climat
Les projets des 100 plus grandes entreprises pétrolières et gazières restent éloignés des objectifs climatiques. Ils pourraient conduire, en 2040, à produire environ 150 % de combustibles fossiles de plus que le niveau compatible avec une limite de réchauffement de 1,5 °C.
Ce chiffre compare une production projetée à une trajectoire climatique. Il ne décrit pas une hausse de 150 % par rapport à la production actuelle. Cette distinction permet de comprendre l’écart mesuré sans lui donner un autre sens.
L’expansion fossile agit sur la santé par deux mécanismes distincts. Les polluants issus de la combustion affectent directement les organismes. Les gaz à effet de serre renforcent le réchauffement et les risques associés. Une amélioration locale de l’air peut donc protéger rapidement la santé, alors que limiter l’accumulation des émissions réduit les dommages climatiques à plus long terme.
Ce que le rapport demande aux gouvernements pour protéger la santé
Les auteurs demandent que le changement climatique soit reconnu et traité comme une urgence sanitaire mondiale. Cette demande constitue une recommandation du rapport, et non l’annonce d’une déclaration déjà adoptée par l’OMS. Ils souhaitent également un nouvel instrument de l’organisation pour coordonner la réponse internationale. Cette coordination doit soutenir les pays plutôt que leur imposer une réponse uniforme, sans rapport avec leurs besoins.
Placer la santé au cœur des décisions climatiques implique d’évaluer leurs conséquences sur les populations. Les choix énergétiques, les objectifs d’émissions et les financements devraient intégrer la qualité de l’air, la mortalité évitable et l’accès aux soins. La stratégie de l’OMS sur le climat et la santé souligne l’importance d’évaluer les risques et de préparer des plans nationaux d’adaptation.
Le rapport appelle à réduire rapidement et équitablement les émissions de gaz à effet de serre. L’équité concerne les responsabilités historiques, les ressources disponibles et la protection des ménages. Elle suppose aussi un soutien accru aux territoires où les risques sanitaires sont élevés et les capacités de réponse limitées. L’adaptation et la réduction des émissions répondent à des besoins complémentaires : protéger face aux dangers présents et limiter leur aggravation.
Les auteurs défendent des financements sanitaires sous forme de dons plutôt que de prêts. Les pays bénéficiaires pourraient adapter leurs services sans alourdir leur dette. Des ressources durables doivent couvrir la mise en œuvre des plans, les personnels et le fonctionnement des dispositifs de surveillance.
La recherche doit également être mieux soutenue et mieux répartie. Selon le rapport, 84 % des financements de recherche sur le climat et la santé vont aux chercheurs des pays les plus riches. Renforcer les travaux dans les régions très exposées permettrait de mieux connaître leurs besoins et d’évaluer les réponses adaptées.
À retenir
Les dommages sanitaires liés au changement climatique s’aggravent, mais les actions utiles existent déjà. Un air moins pollué, des alertes opérationnelles et des soins mieux préparés apportent des bénéfices mesurables.
Leur changement d’échelle repose sur une prévention mieux financée, accompagnée d’une réduction rapide des émissions. Les deux efforts doivent avancer ensemble, car l’adaptation seule ne peut compenser une aggravation continue du réchauffement.
Le rapport appelle à donner davantage de moyens aux populations les plus exposées. La protection de la santé dépend autant des décisions climatiques prises aujourd’hui que de la capacité des services à répondre aux risques présents.
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