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Pollution de l’asphalte : ce que vos rues cachent à vos poumons et à votre cœur

L’asphalte des routes émet en continu des composés toxiques, surtout en période de chaleur. Un risque sous-estimé pour le cœur, les poumons et le cerveau.

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Nos rues ne sont pas aussi inertes qu’elles en ont l’air. Sous la chaleur, l’asphalte libère des polluants qui peuvent nuire au cœur, aux poumons et même au cerveau.

Un revêtement omniprésent, loin d’être inoffensif

Dans une ville comme Phoenix, aux États‑Unis, les chercheurs estiment que les routes, parkings et autres surfaces bitumées couvrent environ 40% de la surface urbaine, l’équivalent de recouvrir quatre fois une ville comme San Francisco si l’on regroupait tout cet asphalte au même endroit. Longtemps considéré comme un simple support inerte pour la circulation, ce revêtement est en réalité un acteur à part entière de la pollution atmosphérique.

Des travaux publiés dans le Journal of Hazardous Materials et Science of the Total Environment montrent que l’asphalte émet en continu un cocktail de composés organiques volatils (COV), certains responsables de la formation de particules fines et d’ozone troposphérique. Ces émissions ne concernent pas seulement les chantiers ou la pose de revêtements neufs : même les chaussées en service, parfois âgées de plusieurs années, continuent à relarguer des substances chimiques dans l’air, avec une intensité qui augmente lorsque les températures montent. Pour les habitants des grandes villes, cela signifie que l’asphalte sous leurs pieds contribue, silencieusement, à la pollution de fond qu’ils respirent au quotidien.

Quand la chaleur transforme les routes en sources de pollution

La chaleur joue un rôle central dans cette pollution cachée. Selon une équipe de l’université d’Arizona et d’autres groupes internationaux, les températures élevées agissent comme un accélérateur : plus il fait chaud, plus les COV s’échappent de l’asphalte, avec des émissions pouvant être multipliées par un facteur important lors des journées très ensoleillées.

Des travaux publiés dans Science Advances ont montré que l’asphalte peut devenir une source majeure de particules fines de type PM2,5 en été, au point que, dans certaines conditions, les émissions d’aérosols secondaires issus de l’asphalte soient comparables à celles du trafic routier dans une grande agglomération comme Los Angeles.

Une étude récente menée par une équipe européenne a quantifié ces émissions dans plusieurs villes et a estimé qu’à Paris, les chaussées en asphalte pourraient représenter plus de 20% des émissions de COV liées au transport routier, et jusqu’à près de 4% des particules fines PM2,5 d’origine secondaire. Avec le réchauffement climatique et les îlots de chaleur urbains, ces phénomènes risquent de s’aggraver, en particulier dans les villes denses, minéralisées et très dépendantes de la voiture, où les nuits restent chaudes et ne permettent pas au revêtement de refroidir correctement.

Des composés toxiques qui pénètrent profondément dans l’organisme

Les COV et particules issues de l’asphalte ne sont pas des polluants anodins. Des analyses détaillées, rapportées par des chercheurs dans ACS Central Science et d’autres revues, montrent la présence d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), de composés soufrés et d’aromatiques oxygénés, certains connus pour leur potentiel cancérogène ou leur capacité à endommager les cellules.

Une synthèse publiée en 2024 sur les risques sanitaires des émissions d’asphalte souligne que ces substances peuvent irriter les yeux, le nez et la gorge, provoquer des maux de tête, des vertiges, une gêne respiratoire et, à long terme, favoriser des atteintes hépatiques, neurologiques ou une altération des fonctions reproductives.

Des études de modélisation citées récemment estiment que les particules ultrafines formées à partir des COV de l’asphalte, suffisamment petites pour traverser les barrières biologiques, peuvent pénétrer dans le système vasculaire, atteindre les artères et même certains organes, avec un risque particulier pour les personnes âgées, les femmes et les sujets déjà fragilisés par une maladie respiratoire ou cardiovasculaire. Pour les ouvriers du BTP, l’exposition peut être encore plus intense : des chercheurs collaborant avec la Mayo Clinic ont lancé des travaux pour mieux comprendre l’impact de ces vapeurs sur la santé respiratoire des travailleurs et des riverains, afin de proposer de nouvelles normes de protection.

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Un enjeu majeur pour les grandes villes, souvent ignoré dans les plans air

À ce jour, la plupart des plans de lutte contre la pollution de l’air se concentrent surtout sur les véhicules, l’industrie et le chauffage domestique. Pourtant, les données accumulées par plusieurs équipes de recherche montrent que l’asphalte est un maillon manquant dans de nombreux inventaires d’émissions, alors qu’il contribue de manière significative aux COV précurseurs d’ozone et de particules.

Des chercheurs européens ont montré que les émissions des chaussées, jusqu’ici négligées, devraient être intégrées aux modèles de qualité de l’airutilisés par les autorités, sans quoi l’impact réel de certaines mesures reste sous‑estimé. Dans des villes très chaudes et très minéralisées comme Phoenix, les scientifiques parlent même d’« alarme sanitaire » pour les décennies à venir, en raison de l’augmentation combinée des températures, des canicules et de la surface pavée.

Des travaux de synthèse, déposés notamment sur la plateforme Zenodo, rappellent que les émissions liées à l’asphalte ne sont pas ponctuelles, mais chroniques, ce qui en fait une source constante de pollution de fond, même en dehors des pics de circulation. Pour les habitants souffrant d’asthme, de BPCO, d’insuffisance cardiaque ou de maladies coronariennes, vivre à proximité d’axes très bitumés, de grands parkings ou de zones industrielles pourrait donc représenter un facteur aggravant, encore mal pris en compte dans les messages de prévention officiels.

Quelles pistes pour réduire l’impact de l’asphalte sur notre santé ?

Face à ces constats, des équipes travaillent déjà à des solutions pour limiter l’impact de l’asphalte sur la santé publique. Des chercheurs en matériaux développent des formulations d’asphalte “plus propres”, en modifiant la composition chimique des liants pour réduire les émissions de COV, tout en cherchant à abaisser l’empreinte carbone de ces revêtements. Une étude récente évoque des pistes comme l’intégration d’additifs absorbants ou la mise au point de revêtements capables de libérer moins de composés toxiques, même par forte chaleur.

D’autres équipes, comme celles de l’Arizona State University, explorent des approches originales, par exemple des systèmes associant micro‑algues capables de capter une partie des polluants, en utilisant des eaux usées pour favoriser leur croissance à proximité des zones routières. Pour les autorités locales, les leviers ne se limitent pas à la formulation des routes. Les travaux sur les îlots de chaleur montrent que le verdissement urbain, la création d’espaces ombragés, la réduction des grands parkings à ciel ouvert et la promotion de modes de transport doux peuvent contribuer à refroidir les surfaces et, par ricochet, à diminuer les émissions de COV issues de l’asphalte.

Pour les citoyens, la marge de manœuvre est plus limitée, mais certains gestes restent utiles : privilégier les parcours arborés lors des fortes chaleurs, éviter l’activité physique intense le long des grands axes par temps caniculaire, et rester attentif aux bulletins de qualité de l’air pour adapter ses sorties, surtout en cas de maladie respiratoire ou cardiaque.

En quelques mots

L’asphalte, omniprésent dans nos villes, n’est pas un simple décor minéral : c’est une source continue de composés organiques volatils et de particules fines, surtout lors des épisodes de chaleur. Ces émissions contribuent à la pollution de fond, aggravent les risques pour le cœur, les poumons et le cerveau, et touchent plus fortement les personnes déjà fragiles, les seniors et les riverains d’axes très bitumés.

La recherche commence à proposer des réponses – nouveaux revêtements, meilleure prise en compte dans les modèles de qualité de l’air, solutions fondées sur le verdissement urbain – mais cet enjeu reste largement méconnu du grand public. Dans un contexte de réchauffement climatique, repenser nos rues et nos parkings devient un élément à part entière de la prévention des maladies cardiovasculaires et respiratoires en ville.

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